Bernard Cassen, Daniel Mermet et un certain "T.I.N.A"..

Il est question ici, bien sûr, du "T.I.N.A linguistique", assez largement méconnu dans ses causes et conséquences. Cet acronyme évoque (on le sait) la phrase martelée par Margaret Thatcher sur l'impossibilité d'une alternative. Et de même, bien peu de gens imaginent qu'il puisse y avoir une alternative viable à l'anglais.    Bernard Cassen est agrégé d'anglais, et il critique la domination anglophone. Bernard Cassen a créé le prix de la Carpette Anglaise, "récompensant" chaque année les personnalités les plus serviles vis-à-vis de la langue impériale.Bernard Cassen défend la diversité linguistique et l'intercompréhension entre langues voisines (en l'occurence les langues romanes, mais il cite aussi l'exemple des langues scandinaves...). Fort bien.Daniel Mermet est un journaliste critique, estimé et même respecté de la majorité de ceux qui déplorent l'état du monde, luttent contre les injustices, contre la connerie humaine, contre les oppressions...  Je fais partie de ceux-là, et j'écoute assidûment "Là-bas si j'y suis".

Il est question ici, bien sûr, du "T.I.N.A linguistique", assez largement méconnu dans ses causes et conséquences. Cet acronyme évoque (on le sait) la phrase martelée par Margaret Thatcher sur l'impossibilité d'une alternative. Et de même, bien peu de gens imaginent qu'il puisse y avoir une alternative viable à l'anglais.   
Bernard Cassen est agrégé d'anglais, et il critique la domination anglophone.
Bernard Cassen a créé le prix de la Carpette Anglaise, "récompensant" chaque année les personnalités les plus serviles vis-à-vis de la langue impériale.
Bernard Cassen défend la diversité linguistique et l'intercompréhension entre langues voisines (en l'occurence les langues romanes, mais il cite aussi l'exemple des langues scandinaves...). Fort bien.
Daniel Mermet est un journaliste critique, estimé et même respecté de la majorité de ceux qui déplorent l'état du monde, luttent contre les injustices, contre la connerie humaine, contre les oppressions...  Je fais partie de ceux-là, et j'écoute assidûment "Là-bas si j'y suis".
Mais voilà...
Aussi bien Bernard Cassen que Daniel Mermet ont encore quelques certitudes (*) qu'ils ne sont pas prêts à examiner, encore moins à remettre en cause.   Comme beaucoup de gens.
Car, savez-vous, ce sont des gens sérieux, eux, pas des rigolos dans le genre des...  espérantistes. Ah ah ah!!!  

Démonstration ci-dessous  (dans les deux extraits sonores)
Le 10 janvier 2005, l'émission mensuelle de "Là-bas si j'y suis" était consacrée au dernier numéro du "Diplo", et voici ce qu'on y entendit:
1er extrait sonore:     

Quelques secondes de mépris feutré © LBSJS

L'auditrice qui avait téléphoné sur le répondeur, c'était... moi!
Mais (malheureusement) le message ne fut pas retenu pour passer à l'antenne.
Je ne me rappelle plus exactement ce que j'y disais.  Bien entendu, je ne prétendais pas le moins du monde apporter une solution "magique", comme une sorte d'illuminée (ce que laisse pourtant entendre, en creux, le commentaire de Mermet. C'est facile d'ironiser, en déformant ce qui a été dit, quand on ne cite pas l'intégralité d'un énoncé).
En fait, je désirais sans doute faire remarquer que parmi tout ce qui était analysé ou évoqué dans le numéro de janvier du "Diplo" de janvier 2005, un  des aspects de cette question linguistique était tout simplement absent, gommé, ignoré. Un aspect qui cependant aurait pu avoir son importance, donner un petit "coup de pouce" (voire même un grand) à l'intercompréhension...

Quant à M Bernard Cassen, voici ce qu'il défendit ce 10 janvier 2005 à l'antenne:
2 ème extrait sonore :

Courte présentation (chez Daniel Mermet à France-Inter) du dossier "Un monde multilingue pour échapper à la tyrannie de l'anglais", dans le Monde Diplomatique de janvier 2005. © LBSJS

Absent, donc, l'espéranto, dans le "Diplo" de janvier 2005. Ce ne fut pas le cas, un peu plus tard, dans le "Manières de voir" consacré à la "Bataille des langues"  en 2008.


diplo bataille des langues 

Alors.... cette fois-là, l'espéranto eut droit à quelques lignes en page 42, sous forme d'un encadré intitulé  "Sur la Toile", à la fin du chapitre "Le dépassement d'un "moi" divisé". Certes, on a dans cet encadré les urls de l'association mondiale d'espéranto (UEA), de sa branche française  (Espéranto-France), de l'association SAT (Sennacieca Asocio Tutmonda), qui vise à utiliser l'espéranto pour l'émancipation sociale...  Mais tout ceci est livré sans explication aucune, au même titre que des liens vers des sites consacrés aux quelques 300 langues construites, dont le volapük, qui est présenté (de manière totalement erronée) comme "l'ancêtre de l'espéranto" (**). Cela ne semble pas très sérieux.

encadré comportant quelques urls sur les langues construites © Monde Diplomatique encadré comportant quelques urls sur les langues construites © Monde Diplomatique

 Dans ce "Bataille des langues", pas un mot du rapport Grin,   "L'enseignement des langues étrangères comme politique publique", paru l'été 2005 et remis au HCEE, puis chichement commenté par la presse à l'automne  de la même année (Le Figaro, l'Humanité, et peut-être Le Monde???).

Ce rapport d'un économiste spécialisé dans l'économie des langues soutenait pourtant des idées proches de celles de Bernard Cassen et de ses amis, sur la possibilité d'un polylinguisme des peuples. Mais "pas que"!

Son seul "tort" si j'ose dire, est que le professeur Grin non seulement y déconseillait formellement qu'on mette tous les moyens éducatifs sur l'enseignement de l'anglais (afin de ne pas renforcer une prépondérance qu'il jugeait dangereuse à maints égards), mais en outre, il manifestait son sceptiscisme vis-à vis de la "doxa" actuelle prônant le polylinguisme de tous par le renforcement d'un enseignement des langues étrangères. 
En effet,  François Grin soulignait que, sans l'aide de l'espéranto, un équilibre visant à la diversité serait très difficile à atteindre et très instable.  Il conseillait donc d'informer les populations, afin d'introduire progressivement cette langue construite comme propédeutique et facteur protecteur de la diversité!!!


Dans ses conclusions, François Grin affirmait même que si beaucoup de gens rejetaient cette langue construite, c'était avant tout par ignorance et sur la base de préjugés.


Ceci n'a pas retenu l'attention du "Diplo", ni  par la suite, du célèbre journaliste de France-Inter.

Il reste que tout de même, le "Diplo" autorise quelques espérantophones passionnés et militants à traduire une bonne partie des articles paraissant chaque mois, et qui sont publiés sur le site "Le Monde Diplomatique en espéranto" également cité dans le fameux encadré.

L'écoute des deux extraits sonores ci-dessus est tout à fait intéressant.
En effet, là, on n'est pas du tout dans l'interrogation, l'examen critique de solutions, le dialogue, l'argumentation "pour" ou "contre".
On est dans la fin de non-recevoir, l'ironie et, disons-le carrément, le déni absolu.
Voilà donc, où en étaient deux grandes figures de la presse libre (***), au début de ce millénaire de tous les dangers.

Bien entendu, ils sont tous deux conscients des mécanismes de fascination pour la langue dominante, ou de manipulation par cette langue, et on écoutera avec intérêt cette émission de "Là-bas si j'y suis"... Mais ce nonobstant ils restent bloqués sur la possibilité d'une langue véhiculaire neutre, commune à toute l'Humanité (ce qui, martelons-le, n'empêche nullement d'en apprendre et pratiquer d'autres, plus "historiques" ou "ethniques"!).

m-à-j du 8 août 2013: Bernard Cassen a fait une remarque assez intéressante sur la solidarité linguistique des pays anglophones, qui dynamise la surveillance exercée par les USA. Lire ici "Cinq yeux, une seule langue"

Cela pourrait être pire, car on peut aussi se passer d'eux et d'ailleurs, malgré cela, l'idée espérantiste progresse dans nombre de milieux militants...  Il reste qu'aux yeux de certains, dont je suis, c'est tout de même un peu décourageant, ce genre d'aveuglement.

Surtout quand on assiste à un début de délitement de l'Union Européenne, et qu'on a conscience des mécanismes qui y conduisent.
Au nombre de ceux-ci:

  • une méconnaissance mutuelle des peuples de l'Europe,
  • un repli sur soi,  la résurgence de "nationalismes" xénophobes,
  • les pesanteurs de l'acculturation anglophone et consummériste
  • le pire sans doute: des processus de décision NON démocratiques
  • pour "chapeauter" le tout, une incapacité des forces de gauche à fédérer leurs luttes à l'intérieur et au-delà des frontières;

    l'absence de langue commune facilement accessible n'y est pas pour rien. (****)

J'appelle donc tous ceux et celles qui souhaitent une Europe des Peuples, une Europe émancipatrice, non "ultra libérale", à s'informer sur cette alternative linguistique.

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Pour prolonger:

Sur Mediapart

Les "moulins à vent" et le "storytelling"
Histoire résumée (et critique) de la concurrence anglais/espéranto
D'un siècle à l'autre, les oppressions se ressemblent, et aujourd'hui, se complètent.   
Les Indignés en marche vers Athènes se comprennent-ils?  
DONNER LA PAROLE AU PEUPLE AU-DELÀ DES FRONTIÈRES  
TV i-Monde, merci!!!  
Emancipation humaine: Le Manifeste de Prague

 Aux chiottes l'espéranto! (Abouadil)

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ailleurs sur la Toile:

L'article de Wikipedia sur l'espéranto:  
http://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9ranto
Portail esperanto:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Esp%C3%A9ranto

"Lernu", portail d'information et de découverte (éventuellement d'apprentissage):
http://fr.lernu.net/

Esperanto-France:
http://esperanto-france.org/
SAT-amikaro: 
http://esperanto-sat.info/

Le site consacré à Claude Piron:
http://claudepiron.free.fr/
Sur ce site, les liens vers 10 mini-conférences de 10 mn chacune "Les langues, un défi"
http://claudepiron.free.fr/enregistrements.htm  (tout en bas de la page)

Une collection de liens sur la question linguistique, ICI

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NB:

Je compte rédiger prochainement un argumentaire esquissant la possibilité d'une politique peu coûteuse et efficace d'introduction d'espéranto dans le système scolaire, comme propédeutique à l'apprentissage d'autres langues.

 * (on peut même, en ce cas, parler de "croyances" ou de "représentations mentales")

** (Le Volapük, lancé en 1879, soit 8 ans avant l'espéranto, ne saurait être "l'ancêtre" de ce dernier, dans la mesure ou le jeune Zamenhof, créateur de la seule langue auxiliaire internationale véritablement parlée (l'espéranto), avait commencé à élaborer son projet dès le milieu des années 1870, en ignorant alors totalement la création de l'Allemand Johann Martin Schleyer. Même si, par la suite, le jeune homme a sans doute eu vent du "Volapük", il est à peu près certain que l'un ne découle pas de l'autre, mais que ces deux créations étaient simultanées.)

*** (j'avais croisé Cassen à Niort, en 2005, lors d'une réunion d'information à propos du référendum sur TCE. Lui disant deux mots au sujet de l'Eo, je m'étais entendu répondre: "Oh, vous, les espérantistes, vous êtes emmerdants!!!")

**** (Mais hélas, le storytelling sur "les langues" (euphémisme courant pour désigner l'anglais) et d'autres facteurs du même genre ont très bien fonctionné, de sorte que chacun croit que les autres étant "meilleurs" en anglais que soi, la honte bloque les prises de parole, spécialement celle des citoyens de l'Europe Latine.

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24 mars 2014: Je fais "remonter" ce billet, car (malgré son aspect polémique) je crois qu'il convient de ne pas perdre de vue cette question. L'actualité est centrée sur la déculottée du PS aux municipales, mais je crois qu'on peut et doit élargir la perspective aussi à des questions de société et de culture.  S'il existe un "TINA" économique et politique, ce n'est pas le seul, et tous les "TINAs" se complètent et se renforcent...

 

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