2010 en livres

Rétrospective à la subjectivité assumée. Les livres de mon année 2010, un best of en quelque sorte : 5 romans français, 5 romans étrangers, 5 poches et 5 livres "manqués".

Rétrospective à la subjectivité assumée. Les livres de mon année 2010, un best of en quelque sorte : 5 romans français, 5 romans étrangers, 5 poches et 5 livres "manqués".

(cliquez sur les titres pour retrouver les articles publiés dans le Bookclub, Les Mains dans les Poches, Quais du polar ou ailleurs)

5 romans français :

Geneviève Brisac, Une année avec mon père, L’Olivier : « J’aimerais pouvoir écrire ce récit à la manière des gens qui se souviennent de tout. J’aimerais avoir accès à la manière circonstanciée, aux faits, aux preuves, mais j’oublie, il ne me reste que des miettes. Une sensation de virage, une odeur de voiture et d’hôpital, une nausée permanente, une branche jaune, un panneau routier, une publicité pour Mobalpa à l’embranchement du funérarium. Tout se mêle. Le lit d’hôpital où s’agite faiblement papa et la morgue où repose le corps de maman. Parfois je ne sais plus très bien qui est où, et pour quoi faire, et c’est risible, irréel et risible ».

Fanny Chiarello, L’Eternité n’est pas si longue, L’Olivier : « Je ne fais pas une dépression, le monde s’effondre. Je me permets d’y voir une nuance ».

Hédi Kaddour, Les Pierres qui montent, Gallimard : « L’imparfait comme passé, comme inachèvement, comme serpent, comme démon. * Comment conserver le ʺmurmure de l’imparfaitʺ dans un journal ? ».

Emmanuelle Pagano, L’Absence d’oiseaux d’eau, P.O.L : « Je sais comment je te tiens, par les mots et par le sexe ».

Thomas B. Reverdy, L’Envers du monde, Seuil : « (…) deux ans plus tôt un énorme pied invisible avait foulé le sol de l’Amérique, il avait laissé une empreinte large comme un quartier entier. Un trou, si profond qu’on aurait dit que les tours s’étaient comme retournées dans le sol, un simple creux, mais qui était comme l’envers du monde. Et maintenant, il fallait reconstruire, redescendre en cet enfer et le redresser vers le ciel, dans la chaleur écrasante d’août ».

5 romans étrangers :

Rodrigo Fresán, Le Fond du Ciel, Seuil : « Chaque question, on le sait, cache trop de réponses possibles. Et, en quelque sorte, toutes sont justes même si elles sont incorrectes. La vérité est fractale. Elle tombe en morceaux et se disperse dans d’infinies directions. Alors comment l’atteindre… ».

Nicola Keegan, Nage libre, L’Olivier : « Le passé c’est le passé, l’avenir c’est l’avenir, mais à l’intérieur, tout coexiste ».

Leonard Michaels, Sylvia, et Le Club, Christian Bourgois : « Nous nous étions rencontrés une heure plus tôt, et pourtant, il semblait que nous étions ensemble, dans la plénitude de ce moment, depuis toujours. (…) Cette histoire a commencé sans début » (Sylvia).

Lionel Shriver, Double faute, Belfond : « Double faute étant moins un roman sur le tennis que sur le mariage – un sport un peu différent ».

Gonçalo M. Tavares, Apprendre à prier à l’ère de la technique, Viviane Hamy : « Lenz prit la décision d’abandonner complètement la médecine – il n’avait plus rien à conquérir dans ce domaine – et d’entrer dans le monde de la politique. […] Il était las d’avoir à traiter avec des hommes individuels et d’être lui-même un homme individuel ; il voulait opérer la maladie d’une ville entière et non d’un seul être vivant insignifiant ».

5 poches :

Don DeLillo, L’Homme qui tombe, Actes Sud, Babel : « La lumière se vida et mourut, étouffant la journée ensoleillée ».

Junot Diaz, La Brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao, 10/18 : « Comme vous devez vous en douter, j’ai moi aussi une histoire de fukú. J’aimerais dire que c’est la meilleure d’entre toutes – un fukú de première, mais non. La mienne, c’est pas la plus flippante, la plus éloquente, la plus douloureuse, ni la plus belle. C’est juste celle qui a enroulé ses doigts autour de ma gorge ».

Claire Fercak, Rideau de verre, J’ai lu : « Dans le miroir c’est à peu près la même, autrement dit, pas tout à fait ».

Edouard Levé, Suicide, Folio : « Tu es le grand présent. Tu es un livre qui me parle quand je le veux. Ta mort a écrit ma vie ».

Carlotto Massimo et Abate Francesco, J’ai confiance en toi, Métailié, « Suites », Noir : « J’avais besoin d’un restaurant. D’abord parce que je voulais un endroit sûr où manger. A force de trafiquer des saloperies, j’étais devenu un parano de la bouffe. Et puis, parce que j’avais besoin d’une couverture, d’une double couverture même ».

5 livres dont j'aurais aimé parler dans le Bookclub :

Breat Easton Ellis, Suite(s) Impériales, Robert Laffont

Don DeLillo, Point Omega, Actes Sud

Roland Barthes, Mythologies, Seuil

Marilyn Monroe, Fragments, Seuil

Et, lecture des lectures de l'année, empreinte, abîme et abandon : Just Kids de Patti Smith, Denoël : « A cet instant, Tosca a commencé la sublime aria Vissi d’arte. J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art. J’ai fermé les yeux et joint les mains. La providence décidait des termes de mon adieu ». Tellement fort, tellement intime que j'ai été incapable d'écrire une ligne dessus.

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