Jean-Max Sabatier
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Cantate pirate

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Billet de blog 15 janv. 2021

Il ne faut respecter la loi que si elle respecte les gens

Le couvre-feu est stupide. Je peux rentrer chez moi à l’heure que je veux sans faire courir de risque, ni à moi ni aux autres. Je vais le transgresser. Je le transgresse déjà. Mais à présent, je vais mettre mon gilet jaune. En effet, je suis en danger, et je suis invisible.

Jean-Max Sabatier
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Hier soir, le premier ministre Jean Castex a annoncé un couvre-feu avancé à 18 heures. Cette mesure est stupide. Outre le fait qu’elle va de nouveau compliquer et restreindre la vie, elle va contraindre à une plus grande concentration dans les transports, dans les commerces, partout.
Comme on ne sait pas gérer les mauvais comportements de certains, on opprime tout le monde. C’est le coup bien connu du prof qui punit toute la classe parce que le coupable veut pas se dénoncer. Le totalitarisme, c’est ça : simplifier, englober, punir tout le monde pour ne pas rater le coupable. Les innocents châtiés ? Pas grave.
La loi non pensée, révélée, assenée, l’arbitraire. Alors qu’il suffit de palabrer sous l’arbre. Mais Paris règne sur le pays. Des gens médiocres et vénaux, psychopathes addicts à un pouvoir dont ils ne comprennent pas la vanité, ou dont ils se moquent, car il leur apporte des jouissances simples et malsaines.
Comment se fait-il que le pouvoir soit incompétent, de plus en plus incompétent au cours des décennies, et de plus en plus incompétent au cours des mois covidiens ?

J’ai une petite idée, nous sommes déjà assez nombreux à avoir notre petite idée là-dessus. Mais à présent, je ne le supporte plus.
Je vais transgresser le couvre-feu. Ma désobéissance sera citoyenne, doublement :

Primo, elle ne mettra personne en danger, ni les autres ni moi. Ne pas respecter la loi, en l’occurrence, n’est ni immoral, ni illégitime, tout au contraire. Elle ne concernera que le fait de quitter mon travail et rentrer chez moi, en vélo, en moto ou en voiture, entre 20 heures et 20 heures 30, comme je le fais d’ordinaire. (en fait, je transgresse déjà le couvre-feu de 20 heures en arrivant chez moi après 20 heures. Mais ce faisant, je ne rencontre personne, ne parle à personne, ne risque aucune contamination, ni dans un sens ni dans l’autre. Interdire de bouger est une absurdité, en plus d’être une privation de liberté.

Secundo, devant l’absurdité, devant l’incompétence, la sottise, le mensonge des gens qui sont payés comme des rois pour exercer des fonctions de gestion, la soumission est incivile. La lâcheté est dangereuse. Le mutisme est tragique. Jamais le cocktail incompétence-mépris de nos dirigeants n’avait été à ce point visible, flagrant, toxique. C’est donc la désobéissance qui est citoyenne et rationnelle.

Je n’ai pas manifesté avec les gilets jaunes. Le samedi est une des journées importantes quand on fait du soutien scolaire. Et maintenant, les samedis sont devenus déserts. Mais moi, je vais mettre mon gilet jaune pour rentrer le soir, donc après l’heure du couvre-feu. J’aurai sur moi un papier exposant mes raisons pour le donner aux flics. Avec de la chance, ils comprendront et ne verbaliseront pas. Avec encore plus de chance, ils verbaliseront, et alors je ferai du foin, refusant le paiement, allant en justice, invoquant la constitution, je ne sais. Il n’y a pas de raison objective pour que je me laisse manipuler par d’outrecuidants incompétents tels que Macron, Castex, Darmanin, etc. Cette clique a donné toutes les preuves de son ineptie, et donc, elle a donné tous les motifs objectifs pour désobéir.

Voici un article de François Ruffin qui vient d’arriver sur le Club pour nous parler de Sanofi, Macron, Griveaux, et de l’état dans lequel se trouve la recherche française, la santé française, les victimes de la dépakine française, pour nous parler de la déréliction française. Ruffin explique clairement l’impuissance publique.

En voici un  de Juan Branco, autre cleubien célèbre, qui nous parle de celui qui a un temps été "qualifié" pour porter la "parole" du "pouvoir".

La puissance publique m’étrangle depuis dix ans. L’auto-entrepreneur que je suis cotise pour sa retraite en ne validant que très rarement un trimestre, pour cause de résultats trop modestes. Cotise pour le chômage en n’y ayant pas droit. Et doit payer une taxe foncière et une CFE associées au local professionnel que j’ai acheté pour y exercer mon activité, que j'ai embelli, cassant ma tirelire. C’est au prix des économies de vingt ans que j’ai pu créer mon emploi, et malgré de très faibles revenus, tenir quand-même ma librairie-école. Mais la puissance publique n’en tient pas compte. Si tu es un particulier, tu n’as plus de taxe d’habitation, mais si tu es une entreprise, si. Et tandis que jusqu’à son abolition, la taxe d’habitation était proportionnelle aux revenus, la CFE, c’est à dire la « taxe d’habitation » des entreprises, ne l’a jamais été. Si tu es trop faible entreprise, meurs donc. Salaud d’entrepreneur pauvre.
8000 € de chiffre d’affaire annuel, 5000 de revenu. Et 2600 € de charges fiscales sur mon outil de travail. Comme c’est inique, jusqu’à présent, depuis huit ans, je demande un dégrèvement sur la CFE. C’est à chaque fois la croix et la bannière. Les impôts, c’est une administration dans toute sa splendeur, avec ses dysfonctionnements, ses lenteurs, sa paperasse, ses incuries, son incapacité à traiter des cas un peu trop particuliers (acheter son local professionnel ! Que c’est étrange !) J’obtenais jusqu’à il y a deux ans, environ 75 % de dégrèvement. Cela signifie que ma demande est légitime. Mais cela pose un problème au fisc : le dégrèvement « à titre gracieux » est exceptionnel. On me le répète à chaque fois, de façon plus pressante. Et l’année dernière ou ma situation ayant encore empiré, à cause du projet décidé par la puissance publique, de destruction du quartier Paul Brard, et donc de mon local, ce qui a suscité de ma part dépression et mobilisation chronophage, j’ai osé demander à la fois le dégrèvement sur la CFE et sur la taxe foncière.
Résultat : au lieu d’obtenir 75 % de dégrèvement, je n’en ai obtenu que 50%. Et rien sur la taxe foncière. Ils se sont repassé la patate d’un service à l’autre, ont laissé trainer, n’ont rien fait.
Cette année, je redoute de ne rien obtenir. Malgré mes messages d’alerte, tout à été prélevé. Comme je touche une prime d’aide aux entreprises mises à mal par la pandémie, c’est passé juste. Mais je m’endette (cotisations déclarées mais pas prélevées), livret A vide (il est resté aux environs de 1000 € quelques années).

Jusqu’à présent, je m’étais adapté avec bonheur à la pauvreté : vélo, végétarisme et sobriété alimentaire, chambre chauffée à 10°, tout cela, paradoxalement, a contribué à ma santé et à mon bonheur. Le sacrifice des vacances, des sorties, des loisirs ne m'a pas coûté, car en tant que libraire, j’ai le bonheur d’avoir des livres gratuitement. Autre bonheur, les enfants à qui j'enseigne l'art de la pensée. Et encore, le bonheur d’écrire, comme en ce moment même. Croyez pas que la galère soit une galère pour moi. Je suis plus épanoui en lisant et en écrivant, en enseignant, en faisant du vélo et en nageant, qu’en sacrifiant aux rites consuméristes. Justement, mon écriture concerne cette société toxique de la surconsommation. Je connais le bonheur stoïque, épicurien, d’un corps et d’un esprit toujours en marche. (Quelle horreur, cette imposture lexicale LREMienne).

Mais ceci a pris fin. Cela a commencé par une guerre avec les racailles du quartier Paul Brard, où j’ai été assisté par la seule police républicaine. Puis est venu le projet juteux et foncier de la mairie bédiériste de Conflans Sainte Honorine et de GPSO. Première retombée sur le quartier de la criminelle loi Hollande sur les communautés de communes : on veut démolir entre autres le bâtiment qui abrite mon activité.
Puis est arrivé le covid, grand fléau de la mondialisation ultralibérale, ainsi que l’épouvantable incurie française qui s’est révélée à ce moment.

C’en est fini de ma décroissance heureuse. J’entre en pauvreté. Je redoute la misère. Je n’ai pas acheté de vêtements depuis deux ans. Je ferais bien un portfolio sur mes fringues. Je fermerais la porte de la boutique, je me mettrais en slip, et je prendrais en photo pantalon, pompes, chaussettes, gants, tee-shirt, une sorte de bonhomme gisant au sol, un puzzle de la misère reconstituée. (Je sais pas si je vais le faire. Ne serait-ce pas me dévaloriser ? Me faire une contre-pub ?)

Le costard cravate de nos élites est un habit de malandrin. Mon look de pauvre, je vais peut-être avoir le cran de le montrer, car c’est l’habit d’un juste.

Et voici le billet précédent de la cantate pirate, dans lequel je souhaite que vous apportiez d'autres projets de désobéissance civile.

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