Journée de l'Europe 2018 : télescopage des mémoires à la Mairie du 2e secteur

Organisée par Comité Européen Marseille, la journée de l'Europe (9 mai) a été célébrée par la mairie des 2e et 3e arr. avec les petits violonistes de l'École Internationale de Musique de Provence et une conférence sur le Brexit par Jean-Gérard Lieberherr. En télescopage avec une exposition sur la folie meurtrière des nazis. Et leur vision dogmatique de l'Europe et du genre humain.

Le 9 mai, c'est la Journée de l'Europe ! © Parlement Européen Le 9 mai, c'est la Journée de l'Europe ! © Parlement Européen
 

Cette journée de l'Europe 2018 à la mairie du 2e secteur a opposé de manière implicite deux conceptions de l'Europe. Totalement antinomiques. Cette opposition est toujours et plus que jamais d'actualité. En 2016, une semaine avant le référendum sur le Brexit, la député européenne Jo Cox a été assassinée par un sympathisant néo-nazi... par pur dogmatisme politique d'extrême droite ! Il ne faut jamais relâcher la garde. "Démocrates européens de tous pays et de toutes tendances, unissez-vous !" C'était avant sa mort tragique, le sens de l'appel lancé par cette Britannique, députée du parti travailliste.

À deux pas du Mucem (Musée de l'Europe et des Civilisations de la Méditerranée), la mairie du secteur (2e-3e arr.) a célébré mercredi 9 mai la journée de l'Europe en présence d'un public populaire, en provenance notamment du quartier de Saint-Mauront (3e arr.).
Sur les murs du salon d'honneur Antoine Giannattasio*, une exposition retraçait les souffrances et les sacrifices des victimes de la folie meurtrière des nazis et de leurs « collaborateurs » du régime fasciste, dit de « l'État français », qui traquèrent et déportèrent juifs et résistants, tout en affamant et pillant la France.
Comme en fait foi le carton d'invitation, cette exposition était organisée par l' « Association des amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation » (Délégation territoriale / France – Bouches-du-Rhône). Elle s'achevait normalement le 8 mai au soir. La mairie du 2e secteur a finalement choisi de jouer les prolongations. Un choix judicieux.
Mme Lisette Narducci, maire du 2e secteur de Marseille, ne fait pas mystère de ses préférences : «  l'Europe, l'Education et la Jeunesse., la Justice et la Liberté... » Elles sont aussi celles du Mouvement Radical Social-Libéral auquel elle adhère, comme tous les membres de son club.
Cette exposition, véritable point d'orgue de la commémoration du 8 mai, « le dernier jour de la Seconde Guerre mondiale », s'est donc télescopée avec la journée de l'Europe du 9 mai, « premier jour de la paix », comme l'a souligné Monique Beltrame, la présidente du Comité Européen Marseille, lors de son discours pour expliquer l'origine de la journée de l'Europe - la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Et introduire la conférence sur le Brexit par Jean-Gérard Lieberherr, de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe à Lausanne (Suisse) et du mouvement « Stand up for Europe ! »

Les enfants cobayes ou l'Europe des nazis et de leurs complices, "collaborateurs" du régime de l'État dit Français. © Philippe Léger Les enfants cobayes ou l'Europe des nazis et de leurs complices, "collaborateurs" du régime de l'État dit Français. © Philippe Léger

Sous des photos d'enfants, victimes des bourreaux nazis, les petits violonistes de l'École internationale de Musique de Provence ont joué l'hymne européen et des rythmes entraînants. Sous les regards émus et admiratifs du public, et particulièrement de MM. Guillermo Martínez-Correcher García de Los Salmones, Consul Général du Royaume d'Espagne, Eric Jacquemin, Consul Général du Royaume de Belgique, ainsi que de hautes personnalités, d'élus municipaux et de dirigeants d'association, dont Mme Marie-Juliette Labarre, Présidente du Comité de Marseille/Bouches-du-Rhône de l'Association France Etats-Unis, Me Michel Pautot de l'association Legisport... 

À l'occasion de cette commémoration, on a pu mesurer les progrès extraordinaires enregistrés en 70 ans par les pays qui participent aujourd'hui à la construction européenne. Mais l'intolérance, la sauvagerie, la négation de l'humanité et de la civilisation sont toujours à nos portes ! Le virus du nationalisme est toujours virulent et n'épargne pas toujours des États membres de l'UE. Autant de menaces de désintégration pour l'UE... et pour les États, comme le prouve le Brexit qui ouvre des perspectives affolantes, remettant en cause l'unité du Royaume-Uni, comme l'a montré Jean-Gérard Lieberherr, un Européen convaincu mais sans illusion. Il sait de quoi il parle ; il a plongé dans la marmite il y a bien longtemps : il est le gendre d’un des pères-fondateurs des institutions européennes, Jean Monnet. 

Vidéo : le conférencier Jean-Gérard Lieberherr. Au centre : Lisette Narducci, maire du 2e secteur. À droite : Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille. © Philippe Léger

Les faits, hélas ! lui donnent raison. L'Angleterre veut s'approprier la part du lion en rapatriant en faveur du Parlement de Westminster des compétences actuellement détenues par Bruxelles dans des domaines comme l'agriculture, la pêche ou encore l'environnement. C'est un casus belli pour le Parlement écossais qui entend bien récupérer ses pouvoirs. Il l'a fait savoir pas plus tard que le 15 mai, au moment où nous mettions notre billet sur le marbre. Dans la cuisine politicienne, le torchon brûle entre Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni, et  Nicola Sturgeon, Première ministre indépendantiste de l'Écosse...

Irlande du Nord : la poudrière du Brexit...

Le Brexit est avant tout une poudrière qui pourrait faire exploser l'actuel Royaume-Uni de Grande-Bretagne... et d'Irlande !
Le problème irlandais a ressurgi brutalement avec ce maudit Brexit. Après 20 ans de paix, il ravive le spectre de la restauration d'une frontière entre les deux parties de l'île.
Le problème irlandais est insoluble, d'abord sous son aspect économique. Des dizaines de milliers de camions franchissent chaque année la frontière, autant de contrôles à effectuer... c'est mission impossible. Le rétablissement de la frontière serait aussi synonyme de chômage, pauvreté et discrimination à l'emploi. Elle contraindrait de nouveau les Irlandais catholiques à la pauvreté et à l'émigration ou à cuire dans leur jus selon la recette mijotée par les loyalistes protestants.
Un report de cette frontière en mer d'Irlande ne résoudrait pas le problème. Il équivaudrait au maintien de l'Irlande du Nord dans une union douanière avec l'UE... avec le risque qu’un vote populaire ne précipite la réunion de la province irlandaise du Nord avec la République d'Irlande. Ce risque a été accepté par Londres (accord de paix signé le 10 avril 1998, dit « accord du Vendredi Saint »). Inacceptable pour les loyalistes !
Le Brexit condamne les Irlandais à un dilemme. Quelque soit la solution retenue, elle sera forcément dangereuse pour la paix.
En 25 ans, grâce à l'Europe, le taux de chômage est passé en Irlande du Nord de 26,5% à 2% et les  discriminations ont fortement reculé. Aujourd'hui, beaucoup d'Irlandais, d'obédience catholique ou protestante, se sentent avant tout Irlandais. Et Européens.
Pour beaucoup d'entre eux, rétablir la frontière, c'est lâcher la bride aux extrémistes. C'est le retour assuré vers l'enfer.
Il faudrait alors beaucoup de patience et de sagesse aux Irlandais... sinon de larmes, pour éteindre le feu allumé par les Brexiters.

Le 29 mars 2017, Tim Barrow, représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l'Union européenne, a remis la lettre actant le déclenchement de l'article 50 à Donald Tusk, président du Conseil européen. Ce déclenchement a marqué le point de départ du processus de négociations conduisant à la sortie du pays de l’UE. Les négociations officielles entre Londres et l'Union européenne doivent s’achever deux ans après, le 29 mars 2019, comme prévu par les traités.

Les Anglais veulent réduire l'Union européenne à une simple  zone de libre échange
Le Brexit ne fait pas que des malheureux parmi les Européens convaincus.
Comme l'a fait remarquer Jean-Gérard Lieberherr, sous la pression de ce référendum britannique à haut risque (lequel a débouché finalement sur le Brexit), l'Union européenne avait fini par faire 3 concessions majeures au Premier ministre Cameron (vidéo)
La première concerne l'immigration. Elle autorise Londres à décréter selon son bon vouloir et sans délai, un moratoire de plusieurs années sur les aides sociales dont jouissent les Européens qui travaillent dans le pays. 
La seconde est une dérogation de taille : plus besoin aux Anglais d'être déterminés « à établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens... C'est l'Europe à la carte ! » s'est exclamé l'orateur. En fait, rien n'empêche d'autres États de formuler la même demande. C'est aussi à terme la réduction redoutée de l'Union européenne... Elle régresserait en zone de libre échange, à la dimension du continent certes, mais avec un moins : celui de la libre circulation des personnes. Elle serait supprimée. Une zone commerciale spécialement taillée pour satisfaire l'appétit vorace des boutiquiers anglais qui interprètent à leur manière le traité de Rome !
La troisième concession relève purement et simplement de l'arrogance : le droit de regard sur la politique de l'euro alors que le Royaume-Uni ne l'a pas adopté comme monnaie !
Il est clair que le Premier ministre Cameron a cru gagner la partie contre l'UE avec deux fers au feu : ce « pac » de trois concessions et le référendum sur le Brexit. Il a fait un pari risqué, remettant en cause l'unité de l'Europe et du Royaume-Uni. Et son avenir politique. Il pourrait être perdant sur tous les tableaux.
À tout le moins, trois horreurs seront effacées d'un coup de balai magique par la bonne fée Europe le 29 mars 2019 à minuit... à moins que la vilaine sorcière Albion ne sorte d'ici là un nouveau lapin de son chapeau pointu... Histoire de faire encore courir le président Junker et faire perdre patience à Michel Barnier, le négociateur en chef valeureux de la Commission chargé de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni. Philippe LEGER

*Antoine Giannattasio : élu du 2e secteur, résolument en faveur de la construction européenne, comme il avait tenu à le souligner lors de journée de l'Europe du 9 mai 2OO5. Il est décédé peu de temps après, des suites d'une maladie brève et brutale, dont il nous avait informé lors de cette journée de l'Europe. Il s'y est confronté avec lucidité et grand courage. 
En 2005, le Comité Européen Marseille et la Galerie « L'Art embellit la vie » (37 rue Grand'Rue) s'étaient associés pour célébrer la Journée de l'Europe dans le quartier du Vieux Port qui, à cette époque,  portait encore les stigmates de sa destruction due à la Seconde Guerre mondiale. L'Europe avait été fêtée sur sur le thème « Unie dans la diversité », sous le patronage de Mme Lisette Narducci, maire du 2e secteur et Vice-Présidente du Conseil Général 13, représentée par son Adjoint, M. Antoine Giannattasio.

NB : Des militants partisans d'une "autre Europe" et d'un "Frexit" (Brexit à la française) se sont exprimés lors du débat public. Il ne semble pas avoir convaincu grand monde, en tout cas pas le conférencier. Le principal mérite de leurs interventions est d'avoir évoqué le déficit démocratique. "On ne le résoudra pas en faisant table rase des acquis mais en tenant compte des réalités institutionnelles. Il s'agit de les faire évoluer ; pas de mettre le feu à la maison", a rappelé le secrétaire général du Comité Européen Marseille lors du verre de l'amitié. Un dialogue s'est établi entre sympathisants européens, notamment avec ceux se déclarant en faveur d'une "autre Europe". Une discussion amicale et ouverte a mis en exergue des points de convergence, notamment la nécessité d'interdire totalement le glyphosate (une molécule chimique, aux puissantes propriétés herbicides, brevetée, fabriquée et commercialisée par la multinationale américaine Monsanto, à partir de 1974, sous la marque Roundup). Ainsi que les néonicotinoïdes dits «tueurs d’abeilles», omniprésents dans l’eau, l’air, le sol, les plantes, jusqu’au contenu de nos assiettes et nos verres. Neurotoxiques, ils agissent sur le système nerveux central des insectes, provoquant une paralysie mortelle. Si, au niveau européen, on a décidé de ne plus jouer à la roulette "ruche", au niveau national rien n'est définitivement acquis. "Malgré la loi biodiversité de 2016 qui prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018, avec des dérogations possibles jusqu’en juillet 2020, rien n’est tout à fait gagné" (article de Coralie Shaub paru dans Libération le 27 avril 2018 : "Néonicotinoïdes : l'Europe cesse de jouer à la roulette ruche" ).
Un sympathisant européen, Maher Baz, a donné rendez-vous au public pour participer dimanche 3 juin au 21e Festival du Palais Lonchamp, où il animera le stand : « L'Europe unit Marseille ».



The International Music School of Provence


 

 

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