Billet de blog 6 déc. 2010

Rythmes scolaires : la lente ouverture d'un débat à Lodève

Comment faire pour changer les rythmes scolaires ? Je me suis posé cette question quelques semaines avant l'entrée en vigueur de la réforme Darcos qui institua la semaine à quatre jours...

Sebastien Rome
directeur d'école
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Comment faire pour changer les rythmes scolaires ? Je me suis posé cette question quelques semaines avant l'entrée en vigueur de la réforme Darcos qui institua la semaine à quatre jours... : « les vingt-quatre heures d'enseignement sont organisées à raison de six heures par jour les lundis, mardis, jeudis et vendredis. » (Article D521-10, du code de l'éducation). Il était possible « d'aménager » le temps scolaire. En juin 2008, sous mon impulsion, la municipalité organisait une commission extra-municipale sur ce sujet. Le but était clairement de ne pas se retrouver dans l'impasse actuelle. Lors de cette réunion, l'institution de l'Education nationale a été très claire : « vous pouvez organiser la semaine comme vous le voulez mais sur quatre jours ». Ni les parents, ni les enseignants, ni la municipalité n'a donc assumé la situation actuelle. Les tribunes dans la presse, dénonçant cet état de fait, se sont succédées dont celles d'Hubert Montagner ou d'Antoine Prost. Il semblait aussi évident que la semaine à quatre jours était une absurdité qu'il était évident que personne n'oserait bouger sur cette question.

A la rentrée 2008, des enseignants entrèrent en « résistance » ou « désobéissance » et insistèrent en priorité sur les journées trop longues des élèves. J'en étais. Il m'a semblé, à ce moment là, que seule l'action nationale pourrait dénouer le problème. Lors d'échanges avec Catherine Belhomme, membre du bureau national de la FCPE, mes idées s'affinaient. La FCPE a, dès 2008, dénoncé les conséquences de la réforme de Xavier Darcos. Il nous semblait évident que pour parvenir à changer la donne, il faudrait à la fois un débat national et des débats locaux, car la problématique était double (et l'est toujours). Il est nécessaire que les parents, les enseignants et les élus municipaux soient informés des données du problème (du point de vue de l'histoire de l'école, de la santé de l'enfant, des « intérêts » en jeu...) et rien ne peut se faire sans que les différents acteurs locaux trouvent un compromis acceptable par tous.

C'est en ce sens que j'ai participé à la rédaction du communiqué rédigé par les enseignants désobéisseurs à la rentrée 2009 sur ce sujet. Il a été envoyé à tous les partis et seuls l'UMP et le PS n'ont pas répondu. Je m'interroge encore de savoir pourquoi le PS n'a pas saisi l'occasion de lancer une campagne nationale à l'époque en demandant à tous les Maires PS, et plus largement de gauche, de lancer le débat dans les conseils d'école. Ces municipalités favoriseraient un rythme plus adapté là où il y aurait consensus. Certes, des villes, la plupart à gauche, ont sauté le pas. Certes le réseau des Villes Educatrices a été en pointe sur cette question. Mais rien n'a été fait pour utiliser ces faits contre le choix du gouvernement. Est-ce par peur du corps enseignant décrit comme frileux sur cette question ? Certainement. Mais la gauche aurait pu s'appuyer sur les enseignants dénonçant la situation. Le résultat est aujourd'hui devant nos yeux : l'UMP a finalement répondu à la lettre des désobéisseurs par Luc Châtel et la conférence nationale sur les rythmes scolaires. On ne peut que saluer l'intelligence du Ministre qu'a su allumer un contre feu avant même que son parti soit mis en difficulté sur ce point.

Changer les rythmes scolaires…à Lodève © Mairie de Lodève

Entre temps j'ai pris la décision d'écrire aux députés membres de la mission parlementaire sur les rythmes scolaires. Localement, j'ai mis à plusieurs reprises le sujet à l'ordre du jour du conseil d'école. J'ai pu entendre les demandes des parents : si du temps libre se libère que cela ne soit pas du temps vide. Les parents préfèrent des journées d'école longues plutôt que des journées courtes avec des temps de garderie, synonyme d'inactivité. Ils ne voulaient pas plus que les activités de leur enfant soient remises en cause. J'ai fait un sondage sur les activités extrascolaires qui a fait apparaître que peu d'enfants ont des activités le mercredi matin. La responsable de la principale structure d'activités pour les enfants m'a confirmé que le mercredi matin ne remplissait pas les salles...

La circulaire de la rentrée 2010 a ouvert un espace. « Les recteurs et les inspecteurs d'académie seront attentifs à la gestion des rythmes scolaires, en relation avec les collectivités locales, les parents d'élèves et les enseignants. En visant avant tout l'intérêt de l'enfant, ils étudieront les formules les plus adaptées aux besoins de l'élève. L'organisation de la semaine en neuf demi-journées (du lundi au vendredi en incluant le mercredi matin) est encouragée chaque fois qu'elle rencontre l'adhésion. ». L'inspection, connaissant mon intérêt pour la question, m'informa qu'elle était prête à faire bouger les horaires. C'est ainsi que j'ai joué « mon réseau social», né au fil de mes billets sur Mediapart et de mon engagement dans les « désobéisseurs ». La municipalité était partante, prête à investir dans ce domaine. Les collègues des écoles voient bien que l'on travaille à l'envers. J'ai même pris contact avec le ministère pour faire venir un membre de la commission nationale sur les rythmes scolaires (j'ai d'ailleurs participé à deux rendez-vous officiels, forts intéressants). Maintenant, nous y voilà. Il me semble avoir suffisamment recherché à toucher le but pour que le reste ne dépend plus de moi...mais aux parents d'élèves, enseignants et élus de Lodève. Cela peut être un vrai moment de « démocratie participative » où les conseils d'écoles auront toute la charge de la décision. Pour participer de manière éclairée, il faut s'informer. Le 9 décembre, l'ouverture du débat sur Lodève aura pour objectif de poser les questions et dégager des pistes de réflexions. Le 14 janvier Hubert Montagner dévoilera les secrets de la psychobiologie de l'enfant et le 21 janvier Antoine Prost offrira sa connaissance de l'histoire de l'école...et Mediapart sera le témoin de ce processus sur le terrain.

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