Ce drame fait partie de la légende française. Symbole de la République assassinée, le député Alphonse Baudin a longtemps été, bien après sa mort, honoré par tous les républicains. Et la construction d'une statue en sa mémoire a pendant des années été un point de ralliement des républicains. Cela a été le combat du journaliste Charles Delescluze, qui, dans son journal Le Réveil, avait lancé une première souscription, pour ériger cette statue ; cela a été le combat du tout jeune avocat Léon Gambetta qui avait assuré la défense du journaliste ; et de tant d'autres encore...

Las ! Si les cendres d'Alphonse Baudin furent transférées au Panthéon en 1889 et si sa statue fut finalement érigée en 1901, avenue Ledru-Rollin, non loin du lieu de son assassinat, celle-ci fut détruite par le gouvernement de Vichy en 1941, sur pression de l'occupant nazi, et à la différence de beaucoup d'autres, elle n'a ensuite jamais été reconstruite. Triste oubli...

En ces temps de crise économique et démocratique, sans doute la France est-elle confrontée à d'autres urgences que la reconstruction d'une statue. L'urgence par exemple de faire reculer la misère dans un pays où l'on compte plus de 8,2 millions de pauvres. L'urgence aussi de refonder la démocratie, pour sortir de ce système de monarchie républicaine qui gangrène le pays ; pour sortir enfin du système du « coup d'Etat permanent » qui, du Second Empire jusqu'à aujourd'hui, constitue une déplorable exception française.

Mais précisément, Alphonse Baudin, le médecin des pauvres de Nantua, le député courageux qui brava le coup d'Etat, est le symbole de tous ces combats à la fois. Le symbole d'une République authentiquement démocratique et sociale, résolument généreuse et fraternelle.

Historiens ou élus du 12ème arrondissement de Paris, les soussignés :

- en appellent donc au Maire de Paris et aux élus de la capitale, pour qu'ils décident de reconstruire la statue d'Alphonse Baudin à proximité du lieu de son assassinat.

- prendront toutes les initiatives nécessaires, de la constitution d'une association jusqu'au lancement d'une souscription, pour y parvenir.

Les premiers signataires:

Maurice Agulhon (historien, professeur honoraire au Collège de France)

Sylvie Aprile (historienne, professeur en histoire contemporaine

Université de Lille 3)

Jean-Pierre Azéma (historien, professeur émérite à l'IEP),

Catherine Baratti-Elbaz (Maire-adjointe du 12ème arrondissement, en charge de la voirie)

Patrick Bloche (député PS de la 7ème circonscription de Paris, Maire du 11ème arrondissement)

Michèle Blumenthal (Maire du 12ème arrondissement de Paris, PS, Conseillère de Paris)

Alexis Corbière (conseiller de Paris PG, premier adjoint du 12e arrondissement)

Michel Cordillot, (historien, professeur Université Paris 8, collaborateur du Maitron)

Vincent Duclert (historien, professeur à l'EHESS)

Philippe Darriulat (historien, IEP de Lille)

Marc Ferro (historien, directeur d'études à l'EHESS)

Alain Garrigou (professeur de science politique à l'Université de Paris X- Nanterre, auteur de Mourir pour des idées, la vie posthume d'Alphonse Baudin)

Jacques Girault (professeur émérite d'histoire contemporaine Université de Paris 13)

Philippe Joutard (historien, professeur à l'EHESS)

Raymond Huard, (historien, professeur émérite d'histoire contemporaine Université P.Valéry, Montpellier)

Claude Latta (historien)

Claude Lelièvre (historien, Professeur à l'université Paris Descartes - CERLIS)

Jean-Luc Mayaud (historien, Professeur à l'Université Lyon 2)

Sandrine Mazetier (députée de Paris PS, 8ème circonscription)

Jean-Yves Mollier (professeur d'histoire contemporaine, universite de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

Fabrice Moulin (maire-adjoint PRG du 12ème arrondissement)

Rémy Pech (historien, Professeur des universités émérite, Histoire contemporaine et Chaire Jean Monnet, Université de Toulouse II le Mirail)

François Pellegri (Maire adjoint du 12ème arrondissement, chargé de l'urbanisme)

Claude Pennetier (chercheur au CNRS, directeur du Maitron)

Christophe Prochasson (historien, professeur à l'EHESS)

Michèle Riot-Sarcey (historienne, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris VIII-Saint-Denis).

Jean-Louis Robert (historien, Président des Amis de la Commune, président de l'Association des Amis du Maitron)

Benjamin Stora (historien, professeur à l'Université de Paris XIII),

Vanessa Thomas (Maire-adjointe du 12ème arrondissement de Paris, en charge du logement)

Jean Vigreux (historien, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Franche-Comté)

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VAR,

Un des rares monuments dédiés aux insurgés de 1851 contre les factieux napoléoniens a été érigé à AUPS, dans le Haut-Var. région de mon enfance.

Une colonne de Républicains partis de Toulon se battit jusqu'à Aups où ils furent rattrapés et massacrer par les gendarmes.

E Zola l'a fort bien raconté dans un de ses Rougon-Macquart.

Sur ce monument sont inscrits entr'autres, le nom de Martin Bidouret qui aprés avoir été fusillé a dù être définitivement tué par deux coups de grâce ! Une pièce de théâtre en langue provençale lui a été consacrée. Un autre nom de résistant sur ce monument : " Citoyen Jambe de bois ", lui avait perdu son nom en même temps que la vie.

Vers 1975 un fosse commune de fusillés de 1851 avait été découverte prés de Salernes 83, village proche d'Aups.

Depuis 1851 jusqu'à il n'y a pas longtemps ce terroir demeura une terre de Républicains tendance rouge sang, depuis.......

Dernièrement, en faisant l'arbre généalogique de Jacqueline Bouvier l'épouse de Marcel Pagnol, j'ai relevé les minutes du procés à Nîmes de son Arrière-Gd-Père qui, Maire de Ribaute-les-Tavernes 30, avait dirigé la résistance au coup d'état. Il fut déporté en Algérie.

Merci à Laurent Mauduit pour cet article indispensable au souvenir républicain.