Billet de blog 18 déc. 2017

Correspondance Châtelet, un roman de Denis Labayle

Denis Labayle et un écrivain prolifique et généreux : romans, essais, récits, nouvelles, rien ne lui est étranger.

Jacques Teissier
Animateur du collectif un-polar
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Correspondance Châtelet © Denis Labayle

A l’opposé des auteurs qui exploitent un filon jusqu’à la corde en caressant (parfois avec habileté) leur lectorat dans le sens du poil pour lui apporter ce qu’il attend, chacun de ses nouveaux livres est une autre aventure qui commence et lui permet d’explorer ou d’approfondir d’autres sentiers de son univers intérieur.

Avec ce dernier roman, c’est bien d’un approfondissement qu’il s’agit. Alors qu’avec son récit Dans les pas du fils, Denis Labayle nous avait entraînés avec subtilité dans les méandres des relations conflictuelles entre un père et son fils, il renoue avec ce thème à travers la rencontre improbable entre Albert, écrivain sexagénaire et critique littéraire renommé, et Barbara, Afro-Américaine beaucoup plus jeune que lui, qui depuis cinq ans gagne sa vie en chantant dans le métro.

Albert entend cette voix chaude, à la fois puissante et cristalline, aux accents qui lui rappellent Bessie Smith ou Sarah Vaughan, et sa vie va en être bouleversée…

Un tel résumé pourrait laisser présager une sempiternelle histoire à l’eau de rose éventuellement agrémentée de parfum de fleur d’oranger. En réalité, par les thèmes développés et par son écriture, ce roman est aux antipodes de cette présentation à l’emporte-pièce. Car si rencontre il y a, et si le choc (relatif) des cultures et du mode de vie de ces deux personnages constitue bien un des attraits du livre, l’autre thème développé porte bien sur l’impossible relation entre Albert et son fils Paul, disparu dix ans plus tôt alors que ce dernier n’avait que dix-sept ans.

Depuis longtemps Albert recherche son fils là où il pense pouvoir le retrouver : dans le métro, auprès des exclus de la société, des marginaux, des dealers.

Cette disparition l’a brisé. Pourquoi leurs relations ont-elles explosé quand celui-ci était encore adolescent ? Comment le critique désabusé et las de la vie va-t-il parvenir à renouer des liens avec ce fils disparu qu’il n’a jamais désespéré de retrouver ? Quel rôle le chant de Barbara et sa personnalité vont-ils jouer dans sa quête ? C’est ce que nous découvrons au fil des chapitres en même temps que nous effectuons une plongée quasi documentaire dans le monde des chanteurs du métro.

Ce questionnement sur les relations père-fils et la façon de reconstruire ce qui a été brisé est rendu crédible par une écriture naturelle, élégante et fluide comme un nocturne de Chopin ; une écriture artiste, mais sans apprêt. Denis Labayle sait saisir une situation dans ce qu’elle a de plus authentique et trouve les mots pour rendre ses personnages palpables et denses.

Très différents de ses deux autres romans que j’avais également beaucoup aimés : Noirs en blanc et À Hambourg, peut-être… Correspondance Châtelet laissera une trace durable dans ma mémoire de lecteur.

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