Actualités: blasphème, protestants et francs-maçons, Union rationaliste, Belgique

Pour sauver le président des Humanistes du Nigéria; l'action de Humanists International; protestants et francs-maçons; les Cahiers rationalistes; Véronique de Keyser présidente du Centre d'Action Laïque...

 #ACTUALITES

Pour la libération de Moubarak Bala, président de l’Association humaniste du Nigéria

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Moubarak Bala est né dans l’État de Kano, dans le Nord du Nigeria en 1984. Il est ingénieur chimiste de formation. Et président de l’Humanist Association of Nigeria. Celle-ci anime notamment un groupe sur Facebook. Elle est membre (comme trois autres associations nigérianes) de l’ONG Humanists International, qui regroupe une centaine d’organisations laïques dans le monde. Dans l’Etat de Kano une version de la charia s’applique depuis 2000, concurremment avec le droit coutumier. En 2014 Moubarak Bala a été interné en hôpital psychiatrique. Le motif ? Un «changement de personnalité» car, ayant été élevé dans une famille musulmane, il est désormais athée ! Il s’agir en fait d’un pseudo délit de « blasphème ». Il lui est également reproché ses critiques sur le sort des 'Almajiri, enfants des rues recrutés par les écoles coraniques. Humanists International et son avocat ont pu le faire libérer au bout d’une semaine. Le 28 avril dernier Moubarak Bala a été arrêté à son domicile par deux policiers. Il est toujours en détention au moment où sont écrites ces lignes, à la mi-juin. Son lieu de détention est inconnu. Le 24 juin 2020, un tribunal a rendu une ordonnance exigeant que l'équipe juridique de Moubarak Bala soit autorisée à rencontrer son client. Toutefois, depuis le 3 juillet, le commissaire de police n'a toujours pas reçu l'ordonnance du tribunal qui enclencherait le processus. Humanists International a lancé une campagne pour sa libération immédiate. Son site internet détaille les procédures à engager : diffusion de l’information, sensibilisation des gouvernements, collecte de fonds
https://humanists.international/

 

Rapport sur la liberté de penser dans le monde

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Le cas de Moubarak Bala est loin d’être unique. Humanists International publie chaque année un rapport sur la liberté de pensée. C’est une enquête mondiale unique par son ampleur et sa précision. Elle est menée dans chaque pays, sur la discrimination et la persécution contre les humanistes, les athées et les non-religieux… Sur la base des informations collectées, une grande campagne est lancée, à l’intitulé explicite : « End blasphemy laws ». Elle est plus que jamais d’actualité. En 2013, Reporters Sans Frontières publiait un rapport très documenté intitulé « Blasphème : l’information sacrifiée sur l’autel de la religion ». Il reprenait notamment l’inventaire fait par le Pew Research Center,  un centre de documentation statistique américain. Selon celui-ci, 94 pays sur 198 sont dotés d’une législation réprimant le « blasphème », l’ « apostasie » ou la « diffamation des religions ». Evidemment le taux d’application de ces lois est variable suivant les époques et les gouvernements. Mais, dans huit pays, la condamnation à mort est possible. La dernière édition du Rapport sur la liberté de penser est accessible en ligne (en anglais). La France est bien classée, avec un bémol sur l’absence d’application des lois laïques en Alsace et en Moselle.

 

Protestants et francs-maçons en pays de France

Le professeur Yves Hivert-Messeca est une sommité internationale en matière de sociologie et d’histoire de la franc-maçonnerie. Il y a consacré plus de 150 livres, articles, contributions à des colloques… Il anime un blog d’érudition maçonnique. Il a publié en trois imposants volumes « L’Europe sous l’acacia. Histoire des franc-maçonneries européennes » aux éditions Dervy.  C’est dans cette même maison d’édition qu’il nous offre aujourd’hui un livre consacré à un sujet à la fois peu connu et objet de fantasmes « Protestants et francs-maçons en pays de France ». Dans une préface incisive, Valentine Zuber, directrice d’études à l’EPHE section des sciences religieuses, souligne que l’adhésion massive des protestants à la franc-maçonnerie sous l’ancien régime, est moins vraie que l’adhésion des huguenots expatriés avec ensuite une influence sur leur pays d’origine. Yves Hivert-Messeca détaille cette aventure et ses suites avec sa méticulosité habituelle.

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Plus de 1000 personnes et autant de Loges sont ainsi situées. A commencer par un des principaux fondateurs de  l’ordre maçonnique à Londres en 1717 : Jean-Théophile Desaguliers, né à La Rochelle. Les compositions de « loges de terroir », suivant l’heureuse expression de l’auteur, sont scrutées. Les protestants qui y sont affiliés sont divers, même si une certaine aisance et une culture avérée sont de mise. Le cas de l’Alsace, avec la très huppée Loge La Candeur et une dizaine de maçons porteurs du nom Kœchlin, fait l’objet d’un chapitre.  A Marseille, c’est la fameuse Loge Saint Jean d’Ecosse, qui est  peuplée de négociants protestants. En parcourant les riches heures de cette minorité dans la minorité, nous relevons quelques noms. La Tierce, un des premiers historiens de la « Très Vénérable Confraternité des Francs-Maçons », Boissy d'Anglas, promoteur du décret du 3 ventôse an III instituant la première séparation des Églises et de l'État, François Guizot, Eugène Pelletan, ministre et sénateur fondateur d’une dynastie de républicains, Eugène Réveillaud, converti au protestantisme et homme politique promoteur de la loi de 1905, Jules Steeg et son fils Théodore Steeg, bâtisseurs de la République et de son Ecole... Jean Zay, de père juif et de mère protestante, est évoqué. Assassiné comme juif par la Milice, il fut pourtant baptisé, marié et enterré comme protestant.    

Frédéric Desmons est longuement présenté. Sa photo orne, à juste titre, la couverture du livre. Député du Gard, il est encore pasteur au moment où il gère en 1877 au sein du Grand Orient l’abandon de la mention de  «l’existence de Dieu, l’immortalité de l’âme » dans l'article 1 de sa Constitution. La présence continue de protestants au sein de la franc-maçonnerie ne fut pas toujours un long fleuve tranquille. A l’antiprotestantisme de la droite catholique faisait parfois écho une méfiance de libres penseurs patriotes. Le frère Victor Augagneur, gouverneur de Madagascar, s’oppose ainsi aux missionnaires protestants.

Yves Hivert-Messeca s’aventure à donner des chiffres qui sont plutôt des ordres de grandeur. En 1789 on peut estimer le nombre de francs-maçons à 50.000, parmi lesquels 1000 à 2000 protestants.  En 2020 les francs-maçons sont environ 200.000 parmi lesquels 10.000 protestants, jusqu’à 20.000 si on décompte tous ceux qui se réfèrent à une culture protestante plus ou moins vécue. Le paysage protestant français ayant beaucoup changé, avec notamment la croissance des évangéliques. Ceux-ci sont issus d’églises anglo-saxonnes parfois très critiques de la maçonnerie de leurs pays, allant jusqu’à affirmer l’incompatibilité. La postface de Jacques-Noël Pérès, professeur honoraire à la faculté de théologie protestante de Paris et ancien passé maître (président) de la Loge de recherche Villard de Honnecourt à la Grande Loge Nationale de France réfute cette position. Le bon vieux protestantisme français et laïque reste illustré par des personnes de qualité qui auraient sans doute mérité d’être mentionnées. Il a moins d’influence au sein des institutions protestantes actuelles…

Protestants et francs-maçons en pays de France Yves Hivert-Messeca Editions Dervy

 

# MOUVEMENT LAIQUE

La laïcité dans les Cahiers rationalistes

Jacqueline Costa-Lascoux Jacqueline Costa-Lascoux
Les Cahiers rationalistes sont publiés par l’Union rationaliste. Le numéro de janvier-février 2020 (n° 664) propose notamment deux articles de qualité sur la laïcité. Jacqueline Costa-Lascoux traite de « La laïcité au regard des femmes ».  Cet article est le texte de la conférence prononcée par l’auteure devant le Cercle Condorcet des Alpes maritimes le 18 novembre 2019. Jacqueline Costa-Lascoux a notamment été présidente de la Ligue de l’enseignement, directrice de recherche au CNRS, directrice de l’Observatoire des statistiques de l’immigration et de l’intégration. Elle a écrit une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels « Les trois âges de la laïcité », « Le voile, que cache-t-il ? » (ouvrage de débat collectif), « La laïcité à l’école : un principe, une éthique, une pédagogie » (avec Jean-Louis Auduc).

La laïcité et son rôle dans la construction de  l’égalité entre femmes et hommes est devenue un sujet crucial. Il est régulièrement traité dans la présente édition avec des comptes-rendus d’ouvrages « La religion de la laïcité » de Joan Scott, « l’Art du féminisme », l’organisation de Rencontres laïques, la présentation des engagements et des actions de la Ligue de l’enseignement dans ce domaine. Dans cet article synthétique, Jacqueline Costa-Lascoux scrute « le miroir déformant de la différence », l’obsession de la sexualité dans les religions monothéistes et détaille longuement la laïcité comme culture de l’égalité. Elle souligne opportunément « Disons-le clairement, ce n’est pas la laïcité qui pose problème, ni telle ou telle confession, ce sont les pratiques dogmatiques qui jouent sur la visibilité sociale, la volonté de séparer les fidèles des impies, les barrières dressées entre le pur et l’impur ». Elle dissipe en conclusion la confusion entre l’identité et la citoyenneté.

Catherine Kintzler Catherine Kintzler
Catherine Kintzler traite de « Laïcité et intégrisme ». Catherine Kintzler est philosophe, spécialiste de l'esthétique et de la laïcité. Agrégée de philosophie, elle a enseigné la philosophie et l’esthétique à l'université Lille III. Elle a écrit une dizaine de livres dont une biographie intellectuelle de Condorcet, "La République en questions", "Tolérance et laïcité", "Qu’est-ce que la laïcité ?", "Penser la laïcité". Elle a reçu le prix de l’Union rationaliste en 2016. Elle a repris le nom d’un personnage secondaire, petit négociateur, d’une pièce de Corneille « Sophonisbe » (reine de Carthage) pour intituler son blog : « Mezetulle ». Celui-ci se veut « résolument intello, raisonneur, rébarbatif… Son principe est simple mais ambitieux : que chaque texte soulève un enjeu pour la pensée ». Cette auto définition sans ambigüité est valable pour toute sa production. L’article « Laïcité et intégrisme » est la dernière version en date d’une réflexion qui en a connu deux autres en 2015 et 2017. D’emblée le cadre est donné : « Le régime politique laïque instaure une dualité libératrice permettant à chacun d’échapper aussi bien à la pression sociale de proximité qu’à une uniformisation officielle d’Etat ». Cette dualité générant une « respiration », une liberté à défendre sans faille non seulement contre les exclusivismes communautaires, mais aussi contre les habits neufs dans lesquels ils se parent : un discours prétendu progressiste et inclusif, dévoiement de l’antiracisme. On le voit : nous sommes là aussi au cœur de débats cruciaux.

La confusion règne autant que dans le combat féministe. Dans chaque « communauté » le nœud entre religion, politique et ethnicité est différent, mais il est de plus en plus prégnant. Le mouvement laïque lui-même est traversé de questions. Catherine Kintzler nous avait proposé une réflexion perspicace « La laïcité face au communautarisme et à l’ultra-laïcisme ». Les travaux de Jacqueline Costa-Lascoux et de Catherine Kintzler sont indéniablement à intégrer dans le vaste et rationnel débat laïque dont l’urgence est croissante.

On trouvera dans ce même numéro des Cahiers rationalistes un communiqué contre le délit de blasphème, la présentation du récipiendaire du Prix 2019 de l’Union rationaliste le neurobiologiste Hervé Chneiweiss, un article d’Hélène Langevin-Joliot sur les femmes et la science, la transcription de deux émissions de radio (l’UR s’exprime sur France culture tous les troisième dimanches de chaque mois à 9h40). L’une porte sur le rôle (abusif ?) des sciences cognitives à l’école. L’autre sur le livre de Sylvain Laurens « Militer pour la science. Les mouvements rationalistes en France (1930-2005) » qui a fait l’objet d’une recension sur la présente édition.

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www.union-rationaliste.org

Le Centre d’Action Laïque a une nouvelle présidente

Le Centre d’Action Laïque (CAL) est une association sans but lucratif qui a pour objectif de défendre et de promouvoir la laïcité en Belgique francophone. Il fédère la plupart des associations laïques dans la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’Assemblée générale du Centre d’Action Laïque, réunie virtuellement le 26 mai 2020, a élu Véronique De Keyser en tant que présidente. Universitaire, psychologue, professeure émérite à l’Université de Liège, elle est l'autrice d'une centaine d'articles scientifiques et de plusieurs ouvrages. Elle a par ailleurs mené une carrière politique et fut notamment députée européenne, socialiste, de 2001 à 2014. Engagée pour les droits des femmes, militante laïque depuis toujours, elle a intégré en 2017 le conseil d’administration du CAL qu’elle préside désormais.  Elle définit ses objectifs dans la vidéo ci-dessous

Véronique De Keyser, nouvelle présidente du Centre d'Action Laïque © Centre d'Action Laïque

www.laicite.be

 

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Les Cercles Condorcet accompagnent la vie intellectuelle et militante des fédérations départementales de la Ligue de l'enseignement, grand mouvement d'éducation populaire laïque. Une cinquante de Cercles rassemblent environ 2.000 personnes. 
Ils animent une édition sur Médiapart Ne manquez pas de la consulter !

 

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