Crédit Agricole : des sociétaires généreux sans le savoir

La question de la gouvernance et de la transparence... du respect de la loi, du respect de la charte de l'ACI et des sociétaires... concerne toutes les grandes coopératives. A commencer par les banques coopératives.

La question de la gouvernance et de la transparence... du respect de la loi, du respect de la charte de l'ACI et des sociétaires... concerne toutes les grandes coopératives. A commencer par les banques coopératives.

Très proche de la question des privilèges que s’octroie l'oligarchie (cf Laurent Mauduit le 13/12 « Le plan de carrière emblématique d'une oligarque de Bercy »).

La situation du Crédit Agricole est au-delà de toutes les anomalies. « Structure bicéphale », « groupe baroque », « banque hybride »... les formules tournent autour du pot. Après quarante années d'enquête sur le terrain, je préfère parler de mascarade.

Ce qui se passe aujourd'hui est un sommet dans la bouffonnerie comme l'explique assez bien Véronique Chocron dans Les Échos du 11 décembre : « Comment Crédit Agricole SA va renforcer sa solvabilité ».

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Eh, oui ! Comment ? En continuant à mutualiser les risques et à privatiser les profits. A prendre dans la poche des sociétaires, à complexifier, à faire de la macédoine.

Les risques pris par la société anonyme cotée en bourse sont, explicitement, transférés aux propriétaires des caisses régionales, à savoir les caisses locales... et donc aux millions de sociétaires.

Des sociétaires auxquels personne n'a demandé leur avis ! Auxquels rien ne sera expliqué et qui sont pris en otage, dont les parts sociales se retrouvent quasiment séquestrées. Voire démonétisées.

Un homme, une voix ? Tu parles ! Fiction démocratique et confiscation du bien commun. Vendre des parts sociales comme placement financier, c'est tromper les clients, les acheteurs (« des parts sociales à prendre avec des pincettes »). Ce n'est plus des pincettes qu'il faut mais une longue fourche pour dîner avec le diable.

C'est surtout trahir la coopérative. Utiliser le capital social – et les excédents – pour rendre solvable une filiale cotée en bourse (!), c'est de la folie. Les excédents doivent alimenter la réserve impartageable puis être redistribués au prorata de l'activité de chacun avec la coopérative. De la démutualisation aux forceps ?

La « loi Hamon » vise (en pratique) à diluer les principes, à relativiser les valeurs, à escamoter les responsabilités... à faire (en réalité) de l’Économie Sociale et Solidaire la roue de secours du capitalisme.

A rendre moins choquantes les situations baroques et à mettre hors de contrôle les banques coopératives et donc tout le système bancaire français. Terrifiant....

Vente de parts sociales en tant que placement financier... loi sur l'ESS faisant danser les fondamentaux de l'oeuvre du Conseil National de la Résistance, dont l'article 1er de la loi fondamentale du 10 septembre 1947... tout cela sort du même tonneau.

Le pire est de présenter comme une avancée, un progrès (une révolution positive !) ce qui n'est qu'un abandon du terrain.

Totale perte du sens ! Totale. Au nom du bon sens ?

Reste à admirer les virtuoses du bonneteau.

Elle est où ma coopérative ? Elle est où ma vedette du CAC 40 ?

Sociétaires ! Si vous saviez...

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