Billet de blog 11 oct. 2012

Refuser le TSCG pour refonder l'Europe

« Quand on ne peut plus défendre un projet [le TSCG] autrement qu’en ayant recours à la peur, (...) la décision la plus sage, est, à défaut de se taire, de faire une pause. Pour réfléchir autrement, et faire de l’Europe un acteur capable de mettre en œuvre une réponse sociale, écologique et démocratique à la crise économique, financière et climatique ». Par Geneviève Azam, Amélie Canonne, Maxime Combes, Véronique Dubarry, François Gèze, Nicolas Haeringer, Stéphane Lavignotte, Aurélie Trouvé, répondant à une tribune publiée dans Le Monde.

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« Quand on ne peut plus défendre un projet [le TSCG] autrement qu’en ayant recours à la peur, (...) la décision la plus sage, est, à défaut de se taire, de faire une pause. Pour réfléchir autrement, et faire de l’Europe un acteur capable de mettre en œuvre une réponse sociale, écologique et démocratique à la crise économique, financière et climatique ». Par Geneviève Azam, Amélie Canonne, Maxime Combes, Véronique Dubarry, François Gèze, Nicolas Haeringer, Stéphane Lavignotte, Aurélie Trouvé, répondant à une tribune publiée dans Le Monde.


 Depuis la victoire du «non» au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen, la cause est entendue: l’invective, la mauvaise foi et les incohérences sont du côté de celles et ceux qui s’opposent aux traités européens –aux traités et à leur novlangue délicieusement bureaucratique, à leur technicisation accrue d’une Europe qui se coupe ainsi de ses citoyens et se range inexorablement du côté de l’austérité et tourne le dos à la transition écologique, tout en érigeant des remparts toujours plus élevés pour s’isoler du monde et refuser les migrations.

À l’inverse, la raison, la modération, et, in fine, le sens de l’Histoire, bref, la vérité, seraient de l’autre côté. Les discussions, les mobilisations citoyennes (meetings, pétitions ou manifestations) sont des péripéties dont nos dirigeants aimeraient bien pouvoir se passer. Après tout, puisque l’Histoire est en jeu, il n’est pas illégitime de chercher à contourner l’expression démocratique, et il n’est pas moins normal de renier des engagements de campagne (François Hollande avait annoncé qu’il renégocierait les textes du TSCG et qu’il consulterait les Français): les technocrates et les dirigeants sont persuadés que l’Histoire peut se faire sans le «peuple».

De ce point de vue, 2012 ne tranche pas avec 2005, bien au contraire. Nous, opposants europhiles à cette Europe bureaucratique et abstraite, sans vision et sans âme, ne serions rien d’autre que des militants d’extrême droite qui s’ignorent, animés d’un désir caché de revenir aux frontières nationales, à notre bonne vieille monnaie et nos pittoresques douaniers.

Et pourtant…

Les lignes qui suivent ne sont pas issues d’une tribune cosignée par des militants du NPA, du Front de Gauche, ou d’Attac, à deux doigts de faire leur coming out et d’adhérer au Front National. Elles émanent de deux élus d’EE-LV, favorables au TSCG –dont l’un fût directeur de cabinet de Pierre Mauroy– qui évoquent, dans une tribune du Monde « Écologistes, nous devons ratifier le traité européen » parue le 1 octobre 2012, le chaos que provoquerait, selon eux, un rejet du traité.

« Ce grand renversement pourrait porter de graves effets aux valeurs dites occidentales, auxquelles nous sommes viscéralement liés –particulièrement nous Français, héritiers de 1789: nos valeurs pourraient se trouver englouties. Le monde qui se dessine risque en effet de passer par pertes et profits le respect des personnes, la liberté et la laïcité, de même que les multiples formes d'égalité et le souci premier de la dignité humaine. »

Ne reculant devant aucun effet de dramatisation, les auteurs poursuivent:

« On ne peut compter que sur l'Europe, berceau de cette civilisation et praticienne éprouvée des droits qui la fondent. Il faut que l'Europe reste en scène, c'est le sens de l'Histoire qui est en jeu. (…) Les erreurs d'ordre économique qui entachent le TSCG ne sont pas du même rang que la menace sur notre civilisation que provoqueraient la division et l'affaiblissement de l'Europe. »

Passons sur l’argument qui ouvre leur tribune, à savoir que l’Europe est un facteur de paix. Il serait recevable, mais à la condition d’oublier les Balkans, les guerres dans lesquelles les pays de l’UE sont engagées hors territoire européen, et de refuser de prendre en compte la guerre menée contre les migrants, dont Frontex et Schengen sont le bras armé.

Ainsi, l’Europe, et, en son sein, la France qui occupe une position si particulière dans l’Histoire de la civilisation occidentale (c’est-à-dire, pour L. Aïchi et R. Lion, du monde), serait menacée. Par un islam que nos églises (chrétiennes, bien entendu) ne seraient (malheureusement, faut-il le préciser) plus en mesure de contenir. Par une Afrique dont les habitants finiraient par être trop nombreux et ne pourraient faire autre chose que nous envahir. Par une Asie (comprendre «les Chinois») à l’économie galopante. Un vrai choc des civilisations: musulmans, Africains et Asiatiques formeraient ensemble une sorte de tsunami qui  menacerait «d’engloutir» nos valeurs.

L’Europe, celle en laquelle nous croyons, mérite mieux que ça. Quand on en arrive à ce niveau d’argumentation, quand on ne peut plus défendre un projet autrement qu’en ayant recours à la peur (et quelle version dégradée de l’heuristique de la peur, chère aux écologistes, nous offre-t-on là !) et à l’évocation des valeurs éternelles et universelles de la civilisation occidentale, la décision la plus sage, est, à défaut de se taire, de faire une pause. Pour réfléchir autrement, et faire de l’Europe un acteur capable de mettre en œuvre une réponse sociale, écologique et démocratique à la crise économique, financière et climatique –une réponse qui ose, par exemple, faire un audit de la dette, publique comme privée, et organiser leur annulation.

Dire «non» au TSCG, c’est précisément demander que cette pause soit possible. C’est affirmer qu’il est encore temps de réorienter la construction européenne, de retrouver cet espoir et ce souffle qui présidait à ses débuts. Celui de construire une Europe, porteuse de sa riche histoire, assumant sa part sombre (coloniale, par exemple), déterminée à rester ouverte sur le monde tel qu’il est, plutôt que de la concevoir comme une citadelle assiégée, qui appellerait la construction d’une forteresse bureaucratique et policière.

Geneviève Azam, économiste, Attac
Amélie Canonne
, militante altermondialiste, Aitec
Maxime Combes, économiste, Aitec
Véronique Dubarry, adjointe écologiste au maire de Paris
François Gèze, directeur des éditions La Découverte
Nicolas Haeringer, membre du comité de rédaction de la revue Mouvements
Stéphane Lavignotte, pasteur, militant écolo, Front de Gauche
Aurélie Trouvé, Attac

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