Est-ce le tocsin ? ou bien le glas de notre démocratie ? ( 4ième partie)

De l’intégration républicaine et de la nation . Quand les "disous" ne sont pas des "faisous"

L’intégration républicaine minorée. Un atavisme ?

Ne  nous racontons pas de « salades » : les musulmans n’ont  jamais été les bienvenus en France ; pas même avant 1914, quand leur nombre n’atteignait pas  5000.

Mais ils sont là, du fait de l’histoire récente. Et l’histoire récente,  c’est nous qui l’avons écrite, les armes à la main. Nous nous sommes  imposés à eux en 1830. Puis nous avons  usé de notre droit de conquête ; certains en ont même abusé.

Depuis 1989 et l’affaire du foulard du CES de CREIL [1], l’opinion est comme  coupée en deux par  un sujet artificiellement entretenu. Ce sujet   date, en réalité, du Jurisconsulte de Napoléon III qui faisait des indigènes d’Algérie des Français  et que  le lobby colonial, le code de l’indigénat aidant,  a maintenu - malgré tous les efforts des militaires des Bureaux Arabes - à l’état de MUSULMANS, sujets  français, sans droits civiques. Sedan fut la fin du Second Empire. Cette débâcle emporta les rêves de Napoléon III et les espoirs  des musulmans d’Algérie quant à la prise en compte  de leurs  droits élémentaires.

 Après la première guerre mondiale  (1914/1918), les Turcos (c’était le titre des soldats indigènes magnifiés par leurs exploits sur le front)  étaient la « coqueluche » du peuple français.  De retour en Algérie, ils firent  prendre conscience que l’indigène, jusque-là sous-homme au bled, pouvait être regardé comme un homme à part entière en Métropole. Germa alors, dans l’esprit des uns et des autres, l’idée d’émigration. Pour les tenants du lobby colonialiste, c’était là une idée subversive au plus haut point : elle menaçait leur toute puissance et la  santé économique et financière  de leurs exploitations. Cette dernière était (à  l’exception  de celle des  très grands domaines coloniaux) pour le moins précaire, et en particulier depuis 1930   (cf. Daniel Lefeuvre, Chère Algérie, chez Flammarion).  Aussi, partager avec la Métropole la masse salariale à très bon marché, c’était organiser sa raréfaction et  se condamner à la ruine : la main-d’œuvre était très bon marché  parce que justement  pléthorique.

Nota : cette politique se révéla catastrophique. 1935-1945 fut une période au cours de laquelle l’Algérie  déplora une succession d’années de grande sécheresse. Les conséquences en furent une chute de la production agricole et en particulier celle du blé (élément de base de l’alimentation des indigènes). Il s’ensuivit une raréfaction du travail agricole et une famine. Cette dernière poussa à l’exode, à partir de 1937, des cohortes d’affamés (voir Misère en Kabylie et chroniques algériennes, d’Albert Camus) qui vinrent s’agglutiner dans des bidonvilles qui ceinturèrent  peu à peu les grandes villes.

 Le lobby « coloniste » qui, en 1871, avait  brisé l’espoir né des réformes impulsées par Napoléon III, récidiva dans l’après-guerre 14/18. Fort de  ses journaux, de ses députés, de son entrisme, il usa de son  influence de part et d’autre de la Méditerranée  et de son pouvoir in situ - une antécédence têtue, à peu près insensible au mouvement tectonique de l’histoire -  pour revenir à l’équilibre d’avant-guerre.

C’est ainsi qu’il obtint du  Gouverneur Général Jonnard  une loi interdisant aux indigènes  la sortie d’Algérie. Cette loi permit la mise en place d’une trouvaille, pour le moins perverse, consistant à  imposer aux candidats à l’émigration une enquête de mœurs confiée aux administrations locales et une visite médicale au terme desquelles la quasi - totalité des demandes d’émigration étaient refusées. C’est ainsi que les Turcos, héros d’hier, redevinrent des musulmans, des bicots, des melons,   qui plus est syphilitiques et tuberculeux, violeurs et voleurs, qu’il fallait contenir, coûte que coûte, dans leurs douars.

Non. Si on excepte les périodes de guerre, le musulman n’a  jamais était le bienvenu en France.

De la nation

D’aucuns, en roue libre sur les routes de la haine de l’autre,  l’habitude aidant, voudraient qu’on  claquât, au nez de nos compatriotes musulmans, la porte des Mairies, de l’Assemblée Nationale, du Sénat. N’est-ce pas M. Pupponi ?  N’est-ce pas Mme Pécresse ?

En surface globale, le territoire français, avec ses Dom, ses TOM et autres possessions, arrive en deuxième position derrière celui des  USA. Par la force des choses, le Français de métropole est  d’origines européenne, maghrébine et africaine ;  il est black, blanc, beur, avant même que ne tombe sur lui la grâce du Dieu Zidane et la bénédiction de ses apôtres de l’équipe de France de football. Le Français est également d’extraction guyanaise, antillaise, tahitienne, malgache, mahoraise, kanak, caldoche, réunionnaise (donc un mélange de  blacks, d’indo-pakistanais, d’arabes, de sahéliens). Bref, la France est multiple par ses territoires, elle ne peut qu’être multiple par les cultures, coutumes et religions de ses citoyens.

Que cesse donc l’exigence suicidaire de nos suprématistes blanc-blanc-blanc. Dans leur  schizophrénie, le slogan  «  la France républicaine et athée » se  le dispute au slogan « un pouvoir, une croyance »,  hérité des incuries de Louis XIV. Rappelons que ces  dernières accouchèrent de la révocation de l’Édit de Nantes, accueillie  aux cris de « un pouvoir, une croyance » (le « on est chez nous »  d’alors)  qui vida la France de ses protestants, et ce faisant,  eut pour résultat l’exploit insigne d’appauvrir durablement le royaume.

 La France est bleu-blanc-rouge ; ses valeurs sont Liberté, Égalité, Fraternité (autant de valeurs qui en appellent aux valeurs cardinales qui sont la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force). Elles sont gravées dans le marbre constitutionnel et inscrites dans son principe de laïcité, dogme fondamental de   la République.

Certains d’entre nous s’estiment, à juste titre du reste, chez eux partout où le drapeau français flotte. Mais ,comme par autisme , ils refusent même d’envisager l’idée qu’un Français «  coloré » de métropole ou d’outre-mer puisse être, en France métropolitaine, maire, député ,ou seulement s’inscrire sur les listes électorales ; ( la charmante Mme Taubira , à qui je rends hommage , traitée de «  guenon » dans le cadre  de ses fonctions de députée , ne me contredira pas) . Pourtant, ce sont là autant de privilèges que la citoyenneté confère, de plain-pied, au Français « coloré » aussi. Révoltants également  ces gens  qui estiment que ce Français « coloré » ne  peut se mouvoir , en France  métropolitaine , que sur la pointe des pieds et faire  «profil bas » ;  dans le cas où il viendrait à l’oublier,  les contrôles au faciès, pléthoriques , ne manqueraient pas de le lui rappeler . (Selon le Défenseur des Droits, il y a 20 fois plus de contrôles d’hommes «  colorés » que d’hommes  «  blancs »).

Et si on arrêtait cette folie ? Le respect mutuel et  la politesse, son corollaire, sont le lubrifiant des rouages de la mécanique sociale. En ce domaine, je ne suis indulgent qu’avec les fautes de la jeunesse, aucunement avec celles des manœuvriers institutionnels, les Paul Bismuth, « Karchériseur Karchérisé »,  et leurs suppôts.

Les descendants de ces indigènes d’hier sont aujourd’hui nos concitoyens – d’abord et surtout du fait de notre expansionnisme. Ils sont ingénieurs,  médecins, infirmiers,  entrepreneurs, boulangers, techniciens de surfaces, caissiers. Dans toutes nos guerres, comme le rappelle, à juste titre, Jean-Luc Mélenchon,  nous les avons mêlés : Ils n’ont jamais manqué à l’honneur et  ont su  faire la place à la loyauté et à la parole donnée. Bref,  ils ne nous ont jamais manqué ; nous leurs avons toujours manqué.  Quant à ceci, prêtez l’oreille  à Albert Camus, à Jules Roy et même  au Commandant  Ely de Saint-Marc et au  Général Massu, à la fin de sa vie : c’est édifiant.  Interrogez l’Histoire Comparée : elle est sans pitié pour l’arrogance,  le mépris gratuit, le cynisme,  le manque de reconnaissance  et l’inconséquence dont font et ont fait preuve certains d’entre nous.

Benjamin Stora, historien respectable et estimable, a remis un rapport [2] à ses commanditaires du gouvernement. Ce dossier a été refusé sous prétexte que  «  la France ne peut pas donner dans la repentance …. ».  Je fais juge le citoyen  lecteur éventuel de ce rapport : Benjamin Stora ne fait,  à aucun moment, appel au concept de « repentance » dans sa rédaction.

Et pour cause, ce concept connoté appartient de droit à l’Extrême Droite ;  ce concept ultra est un venin mortel pour notre citoyenneté. En effet, des manœuvriers cyniques, pour la sempiternelle pénultième fois, viennent  fouler aux pieds l’espoir de nos enfants d’extraction franco-algérienne qui  sont français par le sang  - il en est même qui sont français depuis 5  générations   -  et/ou par le Droit du Sol (une loi vieille de plus de 500 ans et toujours en vigueur, n’en déplaise à nos seigneurs du moment).

Rappelons que la Droit du Sol ( Jus Soli) a intégré, tour à tour , sur le territoire métropolitain ,  des Belges, des Italiens, des Portugais ,des Espagnols, des Juifs d’Europe Centrale, des Polonais, des Russes et , dans les départements français d’Algérie , des Maltais , des Yougoslaves , des Grecs , d’autres  Italiens , Portugais  et Espagnols ...

Des outils de gouvernance insoupçonnés

Benjamin Stora est l’homme idoine à même d’instaurer le dialogue urgent entre deux peuples maintenus artificiellement et sempiternellement entre deux fâcheries. Ces fâcheries perdurent parce qu’elles servent les intérêts des pouvoirs en place,  l’ex-colonisateur et l’ex-colonisé : ce sont des outils de gouvernance.

Ceux qui, comme le cabri du Général de Gaulle, sautent en criant « Repentance, Repentance », n’ont-ils donc commandé  un tel rapport  que pour le refuser sur la base d’une aussi puérile déraison ? Cette question, je suis sûr que l’ex-Ministre J-L Borloo, auteur lui-même d’un rapport sur nos banlieues, dédaigneusement et injustement refusé,    ne se la posera même pas.

Il y a une raison suffisante, aux yeux de notre aristocratie du moment : ainsi tourné, ce refus enfle le suspense de la pièce de théâtre d’ombres chinoises qu’ils mettent en scène  « en live » : « la chasse au gibier électoral droitiste ». Ce dernier  se situe, dans le spectre du pré carré, entre le  bleu roi et le brun fasciste.  « Repentance », c’est, somme toute,  le coup de hanche aguicheuse qu’adressent, en désespoir de cause,  les danseuses du ventre  des SHAF, de certains  médias et de la politique, à l’électorat de droite et d’extrême droite.

Pauvres de nous, nous sommes peu de chose…

Où sont passés nos Clémenceau, nos Jaurès, nos de Gaulle, nos Mendes-France ? Nous avons les hommes et femmes politiques que nous méritons. Ce ne sont pas les intérêts de la France et des Français qui les animent mais leur seule élection ou réélection : pour ce faire, ils bi-polarisent  dangereusement  le spectre politique,  poussent les Français les uns contre les autres, usurpent le prestige de la France et foulent, aux pieds de leurs ambitions, ses principes, ses valeurs et sa Constitution 

[1] https://blogs.mediapart.fr/belab/blog/231217/le-foulard-l-ecole-et-les-apprentis-sorciers

[2] Rapport de l’historien Benjamin Stora.https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/278186.pdf

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