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L'escarbille

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Billet de blog 12 nov. 2017

Finkielkraut , une boucle de logique (épisode 6)

Non content d’avoir « infecté », aux yeux de Finkielkraut, l’Allemagne, voilà que notre Habermas se répand sur la France. si la France devient, elle aussi, réfractaire au chantage, c’est tout un pan de l’intelligentsia française (les lobbies S.H.A.F. en premier) qui se retrouve au chômage. D’où l’aversion du sieur Finkielkraut. L’homme est en train de ruiner « une affaire qui roule »

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 Episode précédent: https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/111117/finkielkraut-une-boucle-de-logique-episode-5

(

épisode 6

)

6-Pourquoi la détestation d'Habermas 

Qui est Jürgen Habermas ?

Habermas, ancien assistant d’Horkheimer puis son successeur à la tête de l’Institut de Francfort, devint, dès la fin des années 60, la figure de proue de la seconde génération de l’École de Francfort.

Pour les conservateurs, l’École de Francfort aurait forgé « les instruments destinés à saper les fondements des sociétés traditionnelles allemandes et à permettre, d’une manière aussi volontariste qu’expérimentale, l’émergence de nouvelles élites intellectuelles et politiques ». Les tenants de l’Ecole de Francfort, appuyés sur une partie des intellectuels allemands, sur la politique de Willy Brant et surtout sur la persuasion des USA (l’Oncle Sam cultivait la culpabilité allemande, en soufflant par alternance le chaud et le froid) se vivaient comme la colonne vertébrale de la démocratie de la RFA .Ils se donnaient pour mission d’éloigner l’Allemagne de ses vieux démons en impulsant l’inflexion nécessaire et suffisante pour éloigner la politique de sa tradition expansionniste et belliqueuse.

Afin de faire barrage à un retour possible d’un pouvoir autoritaire - teutonique dit-il - Habermas préconisa la culture du débat permanent qui devrait, selon lui, empêcher les dérives : "Les évolutions politiques doivent se dérouler graduellement sans brusqueries ni hâtes ".
Le retour du national chauvinisme mettrait en danger, aux yeux d’Habermas, la démocratie de la RFA et la construction européenne déjà entamée. La seule alternative serait de remplacer le nationalisme par un « patriotisme constitutionnel », préférable, selon lui, « aux béquilles pré-politiques que sont la nationalité et l’idée de la communauté de destin » qui caractérisaient l’ancienne Allemagne. Ce disant, Habermas n’invente rien : il plaide l’existant : la politique de Willy Brant, la reconnaissance solennelle de ce dernier, des frontières résultant de la seconde guerre mondiale et donc la détente avec l’URSS.

Interviewé par Odile Benyahia-Kouider de l’Obs.  http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/la-crise-grecque/20150729.OBS3369/jurgen-habermas-la-reaction-abrupte-de-l-allemagne-a-ete-indigne.html , Jürgen Habermas, ulcéré, tant il est choqué par la façon "brusque et teutonique", selon lui, dont le gouvernement allemand a traité les Grecs : « l'Allemagne post-nazie avait ruiné en une nuit soixante-dix ans d'un long et patient travail de reconquête des cœurs européens ». « Pendant des décennies, jusqu'en 1989, la "vieille" République fédérale d'Allemagne a été parcourue par des débats d'idées très polarisés, puis une forme d'esprit libéral s'est imposée comme courant principal dans la population. Même les turbulences de la réunification et l'intégration de 17 millions de citoyens est-allemands, dont la socialisation politique avait été très différente, n'ont en rien modifié cette attitude. Après la réunification, l'Allemagne s'est d'abord occupée de ses propres problèmes et puis, ayant pris conscience de sa normalité retrouvée d'état-nation, elle s'est en quelque sorte reposée sur la satisfaction d'elle-même.

Depuis l'arrivée de Gerhard Schröder au pouvoir, ce changement de mentalité a aussi été encouragé par la classe politique. A cet égard, le nouveau rôle de la politique extérieure allemande est symptomatique. Depuis le début de la crise bancaire, un rôle de leader incombe à l'Allemagne. Il est vrai que le gouvernement allemand n'a pas cherché à l'endosser. Mais il est vrai aussi qu'il a su parfaitement, ces dernières années, tirer avantage, notamment sur le plan économique, de la perception de ce nouveau rôle, qu'il a en apparence accepté à son corps défendant. Si elle s'était affirmée consciemment en tant que puissance hégémonique, l'Allemagne n'aurait pas pu se cacher derrière ses partenaires mais aurait été contrainte d'essayer d'accorder plus fortement ses intérêts avec ceux des autres ».

Habermas est manifestement un homme qui force l’empathie : on a envie de lui serrer la main. Alain Finkielkraut ne l’entend pas de cette oreille ; pour lui, il y aurait « photo » entre l’autisme qui caractérise l’histoire coloniale allemande vue par Thomas Nipperdey et la position de Jürgen Habermas selon laquelle «affirmée consciemment en tant que puissance hégémonique, l'Allemagne n'aurait pas pu se cacher derrière ses partenaires mais aurait été contrainte d'essayer d'accorder plus fortement ses intérêts avec ceux des autres » ?

Surtout que Jürgen Habermas http://www.philomag.com/lactu/breves/emmanuel-macron-adoube-par-jurgen-habermas-a-berlin-22306 aggrave son cas ,aux yeux de notre « menhir de l’Académie Française » : il étend son champ d’investigation à la France : « La candidature d’Emmanuel Macron, à l’extérieur de tout parti institué, constituera, si elle aboutit à une victoire, une véritable rupture dans l’histoire de la République française depuis l’après-guerre. Cette initiative pourrait bien faire voler en éclats toute une configuration politique, qui s’est sclérosée au fil du temps, entre gauche et droite. Si une prétention supra-partisane sous-tendait cette initiative, en homme de gauche je m’en inquièterais : celui qui se croit au-dessus des partis n’est pas apolitique, mais tout simplement dangereux (…) ». Jürgen Habermas soutient que Macron « est l’homme qui se démarque du rang des hommes politiques européens dans la mesure où il a le courage de dire ce que la France peut faire aujourd’hui à l’intérieur de son pays pour faire avancer le débat européen » . Pensant au rôle du partenaire allemand, il conclut en soulignant combien « être le principal bénéficiaire de l’Europe est aussi une malédiction » et quelle responsabilité lui revient.

Non content d’avoir « infecté », aux yeux de Finkielkraut, l’Allemagne, voilà que notre Habermas s’oublie et se répand sur la France. L’homme est en train de ruiner « une affaire qui roule » : si la France devient, elle aussi, réfractaire au chantage, c’est tout un pan de l’intelligentsia française (les lobbies S.H.A.F. en premier) qui se retrouve au chômage. D’où l’aversion du sieur Finkielkraut.

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