L’Empire US  contre le Droit International( III)

Ainsi que Mme Thatcher l’avait « prédit » ,la première Guerre du Golfe brisa les reins du  régime de Saddam Husseïn ,détruisit le potentiel industriel de l’Irak et se poursuivit  sous forme de  tracasseries diverses dans le but d’empêcher l’Irak, terrassé, de se remettre sur pied.

 

                                             Genèse du chaos  Moyen–Oriental (Suite 2).

 [Article précédent, lien :https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/100117/genese-du-chaos-moyen-oriental-suite]

 B. L’Empire US  contre le Droit International.

  I-  les retombées de la première guerre du golfe.

 Ainsi que Mme Thatcher l’avait « prédit » , à M. Evgueni Primakov - Missi Dominici de Gorbatchev, en 1990https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/100117/genese-du-chaos-moyen-oriental-suite- la première Guerre du Golfe brisa les reins du  régime de Saddam Husseïn ,détruisit le potentiel industriel de l’Irak et se poursuivit  sous forme de  tracasseries diverses dans le but d’empêcher l’Irak, terrassé, de se remettre sur pied. Une mise « en quarantaine » diplomatique et des sanctions économiques draconiennes lui furent infligées avec la volonté intraitable de le maintenir  économiquement, politiquement et militairement  dans un état d’impuissance.

  L’objectif de la résolution 678 du conseil de sécurité de l’ONU était pourtant atteint : l’Irak avait quitté le Koweït. Pour l’ONU et la Communauté Internationale, l’affaire était close ; pas pour la vindicte des USA  et du Royaume Uni. En avril 1991, à l’issue de la première guerre du golfe, deux zones d’interdiction de survol  furent imposées à l’aviation irakienne, l’une au nord et l’autre au sud du pays. Elles furent rapidement  transformées en zones interdites pour l’armée de Saddam Hussein : tout mouvement militaire y était aussitôt puni. On fit montre d’un trésor de vexations, de surveillances intrusives, de menaces et d’attaques préventives périodiques. Pendant 12 ans, sous un prétexte ou un autre,  l’Irak fut bombardée : plus de 200 sorties aériennes pour la zone nord, plus de 150 pour la zone sud, une pluie de missiles de croisières tombait régulièrement sur les infrastructures civiles et militaires bagdadiennes .Personne ne sut le nombre exact de victimes de la première guerre du golfe ni de ces 12 années de « pax americana ».

  Bill Clinton, successeur de  G.H.Bush (Bush Père), en janvier 1993,  à la Maison Blanche ,se fit le champion des opérations militaires ponctuelles, sous un prétexte ou un autre, qu’il qualifiait de «  fermes et proportionnées ». Il finit par susciter des critiques, tant ces opérations confinaient au peu de sérieux.

  En décembre 1998, l’Opération « Désert Fox », renforça cette impression  de légèreté. Pour punir l’Irak d’avoir  «  refusé de coopérer avec les Inspecteurs des Nations Unies » , les forces aériennes et navales américaines, durant 4 jours, bombardèrent l’Irak , tuant entre 1500 et 2000 Irakiens  et détruisant à profusion - sans le moindre  dommage pour les USA , tant l’impuissance de l’Irak était manifeste  . Renforcement des  « zone d’interdiction de survol », la « no-Fly zone » nord, à partir de la Turquie et la zone sud à partir de l’Arabie Saoudite. Depuis le Koweït, les troupes US faisaient des incursions régulières au sud de l’Irak. La cinquième Flotte de la Marine US- dont le quartier général  était à Bahreïn- croisait dans le Golfe Persique et décochait ses missiles « tomawak »à satiété. Washington ne semblait connaître que la coercition et rien n’était excessif dans sa volonté d’assujettir le Moyen-Orient pétrolier.

  « Plutôt que simplement contenir Saddam Husseïn, il est impératif de le renverser. Le but est la libération de l’Irak » déclara devant le Congrès, en 1998, Paul Wolfowitz pour qui l’Irak, l’Iran et la protection d’Israël tournaient à l’obsession.

 Né à New York, Paul Wolfowitz est le fils du mathématicien juif polonais Jacob Wolfowitz, immigré aux États-Unis en 1920. En 1979, sous la présidence Carter, il fut propulsé à la tête du RDJTF- organisme chargé du montage des plans prévisionnels des opérations militaires  dans le cadre de la Doctrine Carter. Quand  le RDJTF se  transforma en CENTCOM, en 1983, sous l’ère Reagan, Paul Wolfowitz en devint le patron, avec les mêmes prérogatives. Durant la  Présidence G.H.Bush (Bush père), 20/01/89 au 20/01/93 - sous les ordres de Dick Cheney, il devint sous-secrétaire d’état. Le CENTCOM , enfin libéré de la pression du bloc communiste, avait les mains libres pour se consacrer à la raison d’être de la Doctrine Carter : s’assurer définitivement du contrôle du pétrole du Moyen-Orient, garantir la protection de  l’Arabie Saoudite et d’Israël , déstabiliser les autres pays https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/281216/moyen-orient-genese-du-chaos-et-si-y-regardait-de-plus-pres.

  En février 2001, Paul Wolfowitz revint aux affaires - au poste de  secrétaire adjoint à la Défense - sous les ordres de Donald Rumsfeld. Il se fit la cheville ouvrière de l'invasion militaire de l'Irak dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Attentats que, du reste, il  qualifiait d' «  opportunité pour la mise en place d'une nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient ».

  Quoi qu’il en soit, douze ans  après la fin de la première guerre du golfe, le peuple irakien était  toujours martyrisé au quotidien : ni l’Allemagne, hier encore nazie, de l’après-guerre, ni la Corée communiste, ni le Japon - tous autrement coupables avant et durant les conflits - n’eurent droit à de tels traitements inhumains et  irresponsables. Il devenait manifeste que l’agonie du souffre-douleur irakien, savamment entretenue pendant des années, servait d’exemple pour que  le monde – amis et ennemis - se souvînt qu’il n’y avait plus  qu’une puissance désormais hégémonique : les USA.

  Ce traitement  infligé à des Arabes à partir du territoire  des lieux saints de l’Islam - l’Arabie Saoudite-  mit , par son excès, la haine en ébullition dans le cœur des hommes  , même de  ceux qui – comme Bin Laden- avaient servi la cause US en Afghanistan . Un ressort d’humiliation, de rancune et de rancœur emmagasinait peu à peu une formidable énergie potentielle dont la libération, cataclysmique,  s’effectua le 11 septembre 2001 et se poursuivit, par soubresauts, depuis,  sous une forme ou une autre : de la négation de leur vie propre naquit, chez certains d’entre eux, la négation de celle des autres, tant pis pour l’innocence.

  Quand Bill Clinton  devint président des USA, en janvier 1993, la Doctrine Carter  entrait dans sa 14ième année.Il s’évertua néanmoins à détourner  l’attention de son électorat et celle de l’opinion mondiale des véritables problèmes : en bon joueur de bonneteau lexical, Il focalisa sur « les conflits ethniques et le  nation building » », les « états voyous », les « armes de destruction massives », la «  destruction à large échelle de l’environnement due à la croissance rapide de la population ». Voilà  des  défis auxquels l’Amérique devrait faire face, disait-il à ceux qui voulaient l’entendre.

  Mais d’autres défis l’obnubilaient : rendre les USA plus forts, plus sûrs et surtout les sortir d’une  spirale de déficit qui durait depuis 1973 en jouant sur 2 leviers :

 - le premier , chargé  d’installer le désordre dans les petits pays  de la périphérie , escomptant des réactions limitées qui feraient de ceux-ci, à peu de frais, les épouvantails nécessaires et suffisants pour impulser la peur qui tétanise l’esprit des électeurs et en écarte les vraies questions ; le président Bill Clinton fit adopter par le Congrès ,en 1998, une loi « Iraq Liberation Act »qui appelait de ses vœux et concourait à faciliter le changement de régime à Bagdad , sans toutefois oser s’affranchir des règles onusiennes [ dans les mains de  G.W.Bush , cette loi «  Iraki Libération Act » va se révéler lourde de conséquences pour le Droit International , pour l’ONU et pour l’honneur de l’Amérique ]

 -le deuxième, la globalisation  qui, sous -tendue  par la révolution de l’information et Internet, devrait rendre à l’Amérique son pouvoir économique.

  Bill Clinton proclama dans sondiscours http://www.institut-strategie.fr/pub_bruno_colson_straeu_4.html  «  stratégie nationale de sécurité », de 1995, un nouveau credo : le rôle de l’Amérique est d’« exporter la démocratie » et de « répandre l’économie de marché, sources de stabilité politique, de résolutions pacifiques des conflits, et de plus de dignité et d’espoir pour les peuples ».

 La transduction dans les faits de ce message se révéla décevante. La politique d’intervention tous azimuts multiplia les ennemis  et l’insécurité ;   la mondialisation profita plus aux BRICS. A cet égard, le succès de la Chine, en Amérique latine – « pré carré » des USA -  est impressionnant  d’insolence : à  bourse déliée, elle y investit et  y prête, érodant  l’assise économique et financière des USA : les échanges Chine-Amérique latine sont passés  de 13 Milliards de dollars en 2000  à  262 milliards de dollars, en 2013.

  Quant au Moyen-Orient pétrolier - poule aux œufs d’or, objet de la jalouse attention du CENTCOM- il est en proie à une violence protéiforme, en perpétuelle mutation qui nourrit un sentiment d’anti-américanisme exacerbé - dans tous les pays musulmans-  et génère l’activisme terroriste, arme ultime des petits.

 Les groupes et organisations  se multiplièrent. La gestion calamiteuse de l’après-guerre de l’Afghanistan contre l’URSS,  la destruction de l’Irak, en 1991 et les années suivantes  - à partir de l’Arabie Saoudite, terre sacrée de l’Islam -  l’abandon des musulmans de Bosnie-Herzégovine, sans défense, aux exactions de la Serbie et le lancinant  mépris des droits du peuple palestinien, conjointement, ont généré  Al Qaeda. L’abandon de l’Afghanistan à son sort- car devenu inutile une fois l’URSS renvoyée dans ses frontières - vit tarir aussitôt l’aide américaine  au moment où, justement, il fallait remettre le pays en état. Les seigneurs de la guerre, chacun pour son clan sinon pour lui-même, entreprirent alors  de se tailler des fiefs sur la dépouille de leur pays : la guerre civile s’intensifia et accoucha des Talibans .La  génération de cette mouvance n’a rien de spontané : c’est le résultat d’une longue gestation dans le ventre de la guerre afghane  et d’une instruction non négligeable chez le voisin et mentor, le Pakistan.

  L’honnêteté force à constater - une fois nos œillères écartées -  que les agissements de ces mouvances islamistes ont été sans grand mal pour les USA et les Occidentaux mais assurément  destructeurs pour les peuples de la région.

  II –L’élimination des anciens clients Moyen-Orientaux de feue l’Union Soviétique

 Ceux qui considèrent les attentats du 11 septembre comme l’origine de la «  guerre que les Islamistes nous feraient» se trompent. En prélude aux bombardements américains contre l’Afghanistan, en 1998, Mme Madeleine Albright, secrétaire d’Etat, déclarait, déjà, que les USA sont  « impliqués, ici, dans une lutte de long terme (…) c’est la guerre du futur ».Le Président Clinton ajouta « nos efforts contre le terrorisme ne peuvent ni ne doivent finir avec  les frappes ; nous devons nous préparer pour une longue bataille ».

 Non .Les attentats du 11 septembre 2001 ne sont pas une déclaration de guerre : c’est une inflexion donnée à une guerre qui sévit, depuis 1979 résultat de la mise en application de la Doctrine Carter - pour l’amarrage définitif du Moyen-Orient pétrolier à la remorque des USA, au bénéfice de leurs intérêts bien compris.

  Le  Général Wesley Clark - humilié  de  ce  que  l’on  faisait  au  nom  de  son  pays  et  à son pays- déclara https://www.youtube.com/watchv=CobsDw3qBfQ : «j’ai rencontré Paul Wolfowitz, en 1991, je lui ai demandé : M. le Secrétaire d’état, vous devez être  content de la performance des troupes engagées dans l’opération «Desert Storm » ? Il m’a répondu:« Pas   vraiment ,  parce  qu’en   vérité  nous   devions  foncer sur Saddam  Husseïn  et  nous  ne  l’avons  pas  fait »- cétait juste après le soulèvement chiite, au sud de lIRAK,  en mars 1991 soulèvement  que nous avons provoqué et durant lequel nous avons laissé nos troupes  sur  le  côté , larme  au  pied Paul Wolfowitz a ajouté : «  s’il  y  a  une  chose que nous avons apprise,  c’est  que  nous  pouvons utiliser désormais nos forces armées dans la région du Moyen-Orient  et  les  soviétiques  n’essaieront plus de nous empêcher - Dieu merci,  pendant  les   5  ou 10 ans à venir -  de  nettoyer  le  Moyen-Orient  des  vieux  clients  de  l’Union   Soviétique – en  particulier  l’Irak   et   la  Syrie – et   ce ,  avant  que  de  nouveaux  superpouvoirs ne viennent établir la  concurrence » . Pensez-vous que ce soit  dans les prérogatives des militaires de déclarer la guerre, de changer les gouvernements, et de se livrer à ce genre de manipulations qui nous amène à envahir des pays ()? Ce pays(les USA) est dans les mains dun groupe composé de  Wolfowitz, Cheney, Rumsfeld et une demi-douzaine dautres collaborateurs du « projet pour un nouveau siècle américain» , ils veulent que nous déstabilisions le Moyen-Orient, que nous le renversions cul par-dessus tête , que nous le prenions sous notre contrôle. Ces agissements, dont je vous parle, se déroulent depuis 1991, en avons-nous jamais entendu parler? Y a-t-il eu un débat national ? Les sénateurs et les membres du Congrès ès qualités se sont-ils levés pour lancer le débat concernant ce plan? Absolument pas! Et, ce nest toujours  pas  à  leur agenda().Ce nest pas dans ce but que G.W.Bush a été élu : il avait fait campagne pour une  politique étrangère humble : nous  avons la plus arrogante politique étrangère de lhistoire des USA .Il a fait campagne pour soustraire lAmérique aux ingérences répétées  comme le  «  nation building »   [ référence  à  la  pagaille, née de la volonté de mettre à la tête de la Somalie des hommes favorables  aux  USA  et  à  leur  base  militaire  de  Berbera  ] . Démocrates  ou  républicains, si vous êtes américains, vous devriez être concernés par la  stratégie des USA dans cette région. Quel est notre but ? Quel  est notre projet? Pourquoi sommes-nous là-bas? Pourquoi des Américains meurent-ils dans cette région ?»

 Jusqu’au 11 septembre 2001, les Américains étaient bien à l’abri, loin des retombées des malheurs que leurs gouvernements successifs semaient. On leur disait que c’était pour la paix dans le monde, pour exporter la démocratie, pour répandre la modernité, pour potentialiser les énergies par  la mondialisation, bref, que c’était dans l’intérêt du monde et  des USA. Certains l’ont cru ;  d’autres ont fait mine de le croire ; tous se sont tus, puisque c’était dans l’intérêt des USA. Le chauvinisme ethnocentrique vint à point nommé rendre inaudible les opinions discordantes et  assurer la continuité du récit selon lequel l’Amérique était attaquée à cause de ses valeurs de liberté et de démocratie.

  Dans son discours du 20 septembre 2001, https://www.youtube.com/watch?v=l_t8yCldqTcle Président G.W.Bush déclara «  Urbi et Orbi » [pour faire court, allez à : minute 14.23.00] : « l’Amérique se demande pourquoi  «  ils » nous haïssent  ?  «Ils » nous haïssent  pour ce qu’ils voient, ici, dans cette chambre : un gouvernement démocratiquement élu. Leurs leaders sont autoproclamés. « Ils » haïssent nos libertés, la  liberté de cultes, la liberté d’opinions, la liberté de voter et d’élire une assemblée et de ne pas être d’accord les uns avec les autres.  « Ils » veulent renverser les gouvernements existants dans de nombreux pays musulmans comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie. « Ils » veulent bouter  Israël hors du Moyen-Orient. « Ils » veulent chasser les juifs et les chrétiens d’Asie et d’Afrique. Ces terroristes tuent non seulement pour tuer  mais pour détruire un mode de vie .Avec chaque atrocité « ils espèrent » installer la peur dans le cœur des Américains et les contraindre à se retirer du monde, abandonnant leurs amis. Ils se dressent  contre nous parce que nous leur barrons la route .Nous ne sommes pas déçus par leur  fausse piété. Nous avons vu leur genre  avant. « Ils » sont les héritiers de toutes les idéologies meurtrières du 20ième siècle. En sacrifiant des vies humaines pour satisfaire leurs visions radicales, en abandonnant toute valeur à l’exception de la puissance du pouvoir, « ils » s’inscrivent dans les pas du fascisme, du nazisme et du totalitarisme (…) ».

  L’auditeur et lecteur  retiendra que le réquisitoire de Bush désignait comme responsables Oussama Bin Laden et son organisation ; ce qui, du reste, était conforme aux conclusions de la CIA.

 Pourtant, au grand dam de celle-ci (cf.  Michael Scheuer, responsable de département de la CIA dans son livre : « l’Amérique se crée  ses propres ennemis »https://www.youtube.com/watch?v=cLjZoA3GaVE  ) les faucons de la Maison Blanche , derrière le Président Bush , ne tardèrent pas à  désigner à la vindicte du peuple américain Saddam Husseïn et l’Irak.

  Rappelons que l’Irak de Saddam Husseïn fut une dictature, certes, mais foncièrement « laïque » et la mosaïque irakienne , constituée d’une ribambelle de minorités ,chrétiennes, musulmanes et Bahi , cohabitait sous la protection du régime bonapartiste Baasiste. Les islamistes comme les autres activistes – les Kurdes en particulier- étaient pourchassés par l’omniprésente Sécurité Militaire.

   Par ailleurs, l’Irak du moyen-âge avait été la colonne vertébrale de l’expansion de l’Islam vers l’Orient. Le régime de Saddam Hussein aurait pu, en toute légitimité, se prévaloir de cette aura, mais il  avait choisi, en  guise de mythe fondateur de l’Irak moderne, l’héritage  babylonien et assyrien. Le message était clair : l’Irak était  d’abord irakien avant d’être arabe ou musulman.

  Une fois son régime mortellement blessé par la première guerre du golfe, quêtant l’aide d’où qu’elle vînt,  Saddam Hussein se souvint qu’il était musulman. C’est ainsi que, sans transition, on vit  apparaître les signes de l’Islam sur le drapeau de l’Irak  et Saddam Husseïn - lors de la prière du vendredi- user de ses genoux, pour la caméra, les tapis des mosquées de Baghdâd.

  Donald Rumsfeld, secrétaire d’état à la défense, ouvrit la marche au président G.W.Bush .Dès le 18 septembre 2001 - lors de la conférence de presse donnée au Pentagone - pointant du doigt le choc des civilisations , il  déclara : «  nous avons un choix à faire, changer notre façon de vivre - ce qui est inacceptable- ou bien changer leur façon de vivre   : nous avons choisi de changer  leur façon de vivre ».

  L’agonie des Huguenots, après l’abrogation de l’Edit de Nantes, et même la guerre européenne dite de « trente ans », en comparaison, passeraient pour une sinécure. Ni l’Empire Romain, ni aucun des colonialismes  connus, ni les Califats arabes ou turcs n’avaient osé prétendre changer la façon de vivre des peuples à une si grande échelle - il y a 1,6 Milliard de musulmans dans le monde  [ Cf. différentes obédienceshttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/270916/de-la-soi-disant-unicite-de-la-sharia-et-du-pseudo-monolithique-islam].  Et l’administration de G.W.Bush, elle, a osé ; elle, avait déjà la réponse, sans équivoque : appliquer, méthodiquement et sans entraves  la superpuissance militaire US, désormais hégémonique, pour réduire et inspirer la peur à tous.

  Nota : Il y a comme une boucle de logique, que, par lâcheté, nous avons préféré éluder :

     -  si l’Irak était responsable des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi pointer du doigt  l’islamisme et plus tard- une fois l’amalgame    consolidé - l’Islam ?

     -  si Al-Qaeda en était responsable, comme l’affirme la CIA,  pourquoi agonir  davantage  l’Irak ?

  Dès son arrivée au pouvoir, G.W. Bush  s’entoura d’un groupe de vétérans du parti républicain que le Général Wesley Clark nomma  les gens « du projet  pour un nouveau siècle américain »    . Certains se donnaient le titre de groupe Vulcain, du nom du Dieu du feu de la mythologie – parmi eux, Condoleeza Rice, Paul Wolfowitz, Ronald Rumsfeld .Les attentats du 11 septembre leurs donnèrent carte blanche : ils ne s’encombreraient  plus ni de morale, ni des Droits de l’Homme, ni même des propres lois américaines, mises sous le boisseau, à chaud, en octobre 2001, par  le «  Patriot  Act » - une négation des droits fondamentaux.

  Les USA étaient en guerre et le Président G.W.Bush n’hésita aucunement à parler de croisadedans son discours « Urbi et Orbi » .Le 20ième Siècle a été- aux yeux de beaucoup d’Américains- le siècle qui a vu les USA « victorieux »  des Allemands, des Japonais, des Coréens mais aussi des Soviétiques dans différentes  guerres  froides  ou  chaudes : le 20ième siècle  a donc  été , selon  eux, américain . Le 21ièmeSiècle serait « un nouveau siècle américain » : la victoire dans la «  guerre globale contre le terrorisme » graverait à jamais dans les esprits le message selon lequel  la capacité de la force de frappe US est désormais  sans rivale.

   Affuter la force de frappe  et ensuite lui lâcher la bride : c’était l’obsession de Donald Rumsfeld, secrétaire d’état à la défense. Déjà avant les attentats du 11 novembre 2001, il s’était  lancé, bille en tête, dans un programme de réforme militaire qualifié pudiquement de « Transformation ».  Par son avancée technologique,  la « Transformation » devait augmenter les capacités des forces militaires des USA et les rendre plus rapides et  plus efficaces.  Cette amélioration qualitative consacrerait pour longtemps l’hégémonie américaine et en imposerait  aux vrais adversaires de demain : la Chine bien sûr et peut-être la Russie, si jamais un jour elle reprenait pied. Pour cela, cette avancée technologique devait être éblouissante, radicale, sans précédent dans l’histoire.

  Rumsfeld se souvenait de la joie, immense, qui résulta  du lancement du programme «  guerre des étoiles » de l’administration Reagan : quelle  perspective  fantastique de domination du monde, pour les siècles des siècles ! Malheureusement, l’URSS moribonde trouva, dans son agonie, le moyen de doucher cet espoir insensé : les satellites tueurs de satellites. En effet, sans la maîtrise de l’espace, sans satellites,  la « guerre des étoiles » devenait une guerre d’aveugles, aussi dangereuse, sinon plus,  pour l’expéditeur des missiles que pour son ennemi. Quelques années, plus tard, la Chine démontrait, elle aussi, sa capacité de juguler une éventuelle « Guerre des étoiles » par élimination de satellites.

  Mais l’URSS était morte, et la Chine n’avait pas encore les moyens militaires d’en imposer aux USA. Rumsfeld n’en démordait pas, de la « Transformation »  découlerait la suprématie militaire que le Pentagone qualifie, aujourd’hui encore, de «full Spectrum dominance ».

  S’exprimant devant les cadets de West-Point, en juin 2002,http://www.globalsecurity.org/military/library/news/2002/06/mil-020601-usia01b.htmle  Président G.W.Bush déclara : « au siècle dernier, la défense américaine, sous l’influence de la doctrine de la guerre froide, consistait à  dissuader et  contenir, mais les nouvelles menaces demandent de nouvelles réponses.(…)aujourd’hui, d’« obscurs réseaux terroristes » et des « Etats faibles », dotés d’armes de destruction massive, veulent « nous faire du chantage et nous faire du mal ».  . Si nous attendons que les menaces se matérialisent complétement, nous aurons attendu trop longtemps .Nous devons garder l’initiative, déranger les plans de nos ennemis, et affronter la menace avant qu’elle ne s’exprime. Dans le monde où nous entrons le seul chemin de la sécurité est le chemin de l’action .Notre nation en a pris acte. »

Rappelons que la CIA avait conclu officiellement à la culpabilité d’Al-Qaeda : aucun Etat constitué n’était impliqué dans cette affaire.

  Ainsi donc, G.W.Bush réclamait pour les USA le droit de se choisir- au doigt mouillé- un coupable en puissance  et de lui déclarer la guerre préventive en violation du droit international.

  Pour avoir imposé l’« Irak Liberation Act » par la force des armes, l’administration G.W.Bush a violé la charte des Nations Unies et partant, la Constitution des Etats Unis qui garantit les textes et traités internationaux paraphés par les USA. En effet, les traités internationaux ratifiés par les USA ont force de loi.  L’article 6 de la Constitution des Etats Unis précise http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/election-presidentielle-americaine-2008/constitution-americaine.shtml:« La présente Constitution, ainsi que les lois des États-Unis qui en découleront, et tous les traités déjà conclus, ou qui le seront, sous l'autorité des États-Unis, seront la loi suprême du pays ; et les juges dans chaque État seront liés par les susdits, nonobstant toute disposition contraire de la Constitution ou des lois de l'un quelconque des États. »

 Mais G.W.Bush n’en avait cure. L’hubris aidant « G.W.Bush fit savoir aux Nations unies qu’elles ne pouvaient se rendre « pertinentes » qu’en approuvant les plans de Washington. Ou alors se résigner à n’être qu’un lieu de débats ». [Source : Le Monde Diplomatique :http://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/CHOMSKY/10300    ].

  On nous objectera : oui, mais l’Irak avait envahi le Koweït le 02 août 1990 ! La réponse du Droit International est sans équivoque: le Conseil de sécurité de l’ONU, par la mise en exécution de sa résolution 678, avait contraint l’Irak à sortir du Koweït ; l’affaire  était donc close, pour ce qui concerne l’ONU et la communauté internationale.

  Quand, 12 ans après, l’administration G.W.Bush entreprenait sa guerre préventive contre l’Irak, et renversait, militairement,  le gouvernement indépendant d’Irak, membre des Nations Unies, l’administration Bush  sortait  du cadre du droit naturel de légitime défense  permis « dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales(…) » tel qu’édicté par l’article 51 de la charte des Nations Unies.

  L’administration Bush a violé, en outre,  l’article 2 alinéa 4 de la Charte des Nations Unies  qui stipule que  «Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies ».

 Imposer la guerre préventive c’est, de facto, revenir à la loi du plus fort, c’est revenir avant la création de la Société des Nations et bien sûr avant celle de l’ONU. 

                                                                                                                                    Belab .

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