Ecole publique et laïque. Etat des lieux à l'attention du parent lambda

La charge de garantir l'équilibre des droits , des devoirs et des prérogatives des citoyens incombe aux lois de la République .La charge de former les citoyens de demain «toutes classes confondues, sur les mêmes bancs » incombe à l'Ecole publique et à l'Ecole privée sous contrat.

 Ecole publique et laïque.Etat des lieux pour le parent lambda

«S’il n’existe dans l’Etat une juste compensation de droits, de devoirs et de prérogatives, de manière à donner assez de puissance aux magistrats, assez d’influence aux délibérations des grands, assez de liberté au peuple, cette forme de gouvernement ne peut se conserver immuable »Cicéron, La République, livre2, page 132.

L’instruction publique vue comme la garantie de l’avenir de la République

Pour Jules Ferry et ses contemporains,[1] l’instruction publique gratuite et obligatoire était la condition nécessaire et suffisante pour la consolidation de la République et l’affranchissement de l’Ecole de la prégnante tutelle de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine ( les autres religions, à dire vrai, n’avaient pas droit au chapitre , mais la loi du 09 décembre1905 fut une libération pour elles aussi ) . Selon la volonté de ses pères, la laïcité de l'Ecole publique, c’est « affranchir les consciences de l'emprise de l'Église et fortifier la patrie en formant les citoyens, toutes classes confondues, sur les mêmes bancs ». Jean Zay est venu, par la suite, dire « sanctuarisons l’Ecole », préservons nos enfants des querelles des adultes.

Depuis, l’Eglise a accepté, de guerre lasse, sa nouvelle condition. Il ne demeure donc de cette mission première de l’Ecole laïque que « fortifier la patrie en formant les citoyens, toutes classes confondues, sur les mêmes bancs » et« sanctuarisons l’Ecole ».

Le constat est déprimant. Faute de Fraternité et d’Egalité, la fabrique citoyenne est en panne. Les querelles des adultes impactent l’Ecole. Elles sont de natures diverses : aux luttes des écuries politiques s’ajoutent celles nées des propagandes permanentes des lobbies particularistes [2] qui sèment les grains de la discorde pour que prospèrent leurs causes respectives.

Aspirants au pouvoir politique ou à l’influence particulariste, voulez-vous prendre ou reprendre la main ? Brassez les cartes du jeu socio-politique pour le rendre illisible. Rallumer la mèche de la guerre scolaire est assurément la voie royale pour y parvenir.

De bonnes volontés inscrites dans la discontinuité.

Ceux qui sont conscients de ce qui se joue et du danger qui menace la France, essaient bien de l’en protéger. Mais immuablement, ils rencontrent l’échec. Le découragement qui s’ensuit constitue, à chaque fois, un surplus d’inertie qui s’ajoute à l’existant. Le temps passant, la tâche n’en est devenue que plus colossale.

Quoi qu’il en soit, l’impulsion donnée par une équipe ministérielle n’est que rarement et chichement entretenue par la suivante.

Et si on faisait confiance – même sous microscope, mais discret, mais distant, mais respectueux- pour un temps du moins, aux professionnels pour trouver une solution qui réponde au cahier des charges établi par les pères de la laïcité ? Nous pourrions reconstruire l’Ecole publique républicaine qui instruit, émancipe, ancre dans les esprits l’Egalité, la Fraternité et la Liberté.

Utopie ! s’insurgent les fielleux et ceux qui veulent que rien ne change pour que perdure leur pouvoir dérisoire et l’aubaine qui en émane et les engraisse directement ou indirectement.

Pourtant, une utopie qui a déjà marché n’est plus une utopie. Certes, pour l’instant, elle patine dans une ornière et seule une impulsion volontariste pourrait l’en extirper. Cette impulsion nécessite un courage politique - que la 3ième République naissante avait eu – que nos hommes politiques, nos contemporains, soucieux de clientélisme électoral répugnent à montrer. Aussi, seule une dynamique citoyenne , exigeant l’union nationale autour de cette question, pourrait imposer le consensus nécessaire et suffisant pour libérer – des pièges partisans - des hommes et des femmes au caractère affirmé devenus, par la force des choses, d’une nécessité absolue.

Que vienne donc cette impulsion salutaire. Tendre vers un but fédère les énergies, concentre les esprits, bande les forces à l’unisson, limite les gaspillages et minimise le nombre des laissés pour solde-de-tout-compte de notre indécision. Car faire et défaire, pour l’œil implacable du temps qui passe, n’est qu’indécision.

Cette dilapidation des moyens et des énergies a pour corollaires l’aggravation des inégalités et la colère sociale .Pour se défaire de celle-ci, ne serait-ce qu’un temps, certains hommes politiques lui jettent en pâture les plus pauvres et les plus faibles d’entre nous, car sans défense. Ces sempiternels boucs émissaires semblent d’un effet propitiatoire universel tant ils sont l’objet de toutes les attentions de ces « chamanes » autoproclamés de cette France qui a maladivement peur de l’avenir. Ils sont devenus l’ingrédient incontournable de l’amère « potion magique » censée ressusciter une France introvertie - frileuse, blanche, catholique et claquemurée dans ses frontières - qui pourtant n’a jamais existé, ou alors malgré sa volonté.

Une de ces transitions

Du protocole expérimental socialiste.

La Ministre Najat Vallaud-Belkacem avait mis sur la paillasse, l’expérience de « la refondation de l’École (…) exigeante (…) qui ne laisse aucun enfant aux bords du chemin, (…) qui transmet avec fierté et détermination à notre jeunesse les valeurs de la République (…)sans laisser pour compte un trop grand nombre de jeunes, mal formés et parfois même sans diplôme (…) ».

À l’appui de cette nouvelle donne, Najat Vallaud-Belkacem avait installé « les dispositifs volontaristes pour assurer plus d’égalité dans notre système éducatif et concentrer les moyens nouveaux sur les territoires et pour les publics qui en ont le plus besoin : 1 089 réseaux d’éducation prioritaire, dont 350 REP+[3] ,[selon le classement dit référentiel pour l’ éducation prioritaire [4] bénéficieront de nouveaux moyens et de nouveaux outils (…) Les fonds sociaux sont accrus de 20% pour répondre aux besoins des publics fragiles » .Sont invitées les collectivités territoriales volontaires à « une démarche spécifique favorisant la mixité sociale au collège ».

Notons un point, sur lequel nous reviendrons car il renforce la laïcité à l’école : « les parents d’élèves sont invités à signer la Charte de la laïcité à l’École ».[5] 

Pour le Parti Socialiste au pouvoir, déconsidéré par les décisions des Valls et Hollande -catastrophiques compte tenu de l’héritage du PS - cette réforme venait trop tard et en porte-à-faux : l’adhésion populaire nécessaire à la réalisation du projet (qui de toute façon ne pouvait être conduit en 2 ans) faisait défaut.

Du protocole expérimental macronien.

A priori, les objectifs de la nouvelle équipe sont les mêmes que ceux de la précédente. Néanmoins, une différence s’amorce déjà, quant aux moyens pour y parvenir.

Escomptant des succès en cascade, le nouveau Ministre de l’Education Nationale entend « s’attaquer au problème à la racine » - dès le CP - en apportant l’aide nécessaire à « ceux qui en ont le plus besoin ». À cet effet, la plupart des élèves de CP de REP+ seront concernés par le dispositif des « classes de 12 élèves » - une promesse de campagne du candidat Macron.

Pour leur part, les syndicats s’inquiètent. Peut-être faudrait-il, avant d’enclencher un nouveau processus, finir de recueillir et d’analyser les résultats du dispositif « plus de maîtres que de classes », créé en 2013. Rappelons que ce dernier concerne les apprentissages fondamentaux des classes maternelles, des cycles 2 et 3 ; il consiste, entre autres, à y affecter des enseignants supplémentaires. Ces « maîtres supplémentaires peuvent être implantés sur un secteur où se trouvaient déjà des personnels ayant une mission d’aide ». Ces derniers, du reste, ont vocation à s’insérer dans le dispositif nouveau.

Rappelons que le dispositif «plus de maîtres que de classes » - qui s’est accommodé des RASED [6] Activités Pédagogiques Complémentaires et autres accompagnements éducatifs - devait atteindre sa vitesse de croisière en 2018, et semble déjà, selon les syndicats des enseignants et des directeurs, donner des résultats probants : l’apprentissage s’améliore.

Pour ce qui concerne le CP, selon nos sources, le dispositif des « classes de 12 élèves » et celui des «plus de maîtres que de classes » ne s’excluraient pas l’un l’autre, ils seraient complémentaires dans la mesure du possible des moyens existants. A la rentrée, le nouveau dispositif mobilise 2300 classes de CP.

Quid des autres niveaux déjà pris en charge par le dispositif «plus de maîtres que de classes »[7] 

Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education Nationale, précise « ne pas vouloir casser " le dispositif en cours mais « le faire vivre » et « l'évaluer ». Il prévient néanmoins que lorsque « le dédoublement ne sera pas possible, on concentrera le dispositif ‘’plus de maîtres que de classes’’ sur les seuls CP [car] ce qui compte, ce ne sont pas les moyens, mais les fins. »

De la carte scolaire

La carte scolaire - créée en 1963, par le ministre Christian Fouchet - délègue aux Conseils Généraux, le soin d’assigner les élèves à un collège ou un lycée publics du lieu du domicile familial. Notons que les écoles maternelles et primaires ne sont pas concernées par ce dispositif et relèvent des municipalités.

Jusqu'en 2007, contourner la carte scolaire nécessitait une dérogation. Cette dernière octroyée par l'Inspection Académique répondait à des critères prédéfinis. Pour y répondre, beaucoup développaient des trésors de débrouillardise et force piston. Tout était bon : le certificat de résidence de complaisance signé par tatie ou mamie, un certificat médical en bonne et due forme (de complaisance ou pas), les contraintes professionnelles des parents, la volonté de réunir frères et sœurs dans un seul établissement pour des raisons de commodité évidentes, le choix d’une langue vivante .(L’allemand , par exemple , langue vivante initialement boudée par les élèves, qui a vu le nombre de ses classes et de ses professeurs se raréfier , était devenu - du fait même de cette raréfaction - une matière de sélection sociale).

À la rentrée 2008, tout parent d’élève a eu la possibilité « de formuler une demande de dérogation afin que son enfant soit scolarisé dans un établissement de son choix – dans la limite des places disponibles ». [8] 

Le résultat est plutôt ‘’surprenant’’. La multiplication des demandes de dérogation, plus ou moins transparentes, a achevé la mixité sociale déjà sérieusement malmenée.

Selon Le Monde  [9] , se faisant l’écho d’une enquête, de 2010, du SNPDEN - le Syndicat des Proviseurs – l’ouverture de la carte scolaire génère la radicalisation du paysage scolaire : « Les bons établissements attirent tous les bons élèves et les collèges ou lycées moyens sont tirés vers le bas. C'est tout l'équilibre traditionnel qui existait au sein d'une ville qui est mis à mal » (…) « on ne voit guère la prétendue diversification sociale des établissements les plus favorisés… ».

Selon la FCPE, association des parents d’élèves, cette ouverture de la carte scolaire favoriserait la concentration des problèmes dans un même établissement et ne ferait donc que renforcer les inégalités.

Pourtant, « l’ouverture de la carte scolaire avait été "vendue" par Xavier Darcos comme une mesure de justice sociale qui allait permettre aux classes défavorisées de choisir leur établissement ». Le chou devait donc se passer de l’aide de l’Etat pour imposer sa place, mais c’était sans compter sur l’appétit de la chèvre.

Les premières tentatives de changement de carte scolaire rencontrent une certaine opposition, prévisible compte tenu de la fracture sociale - exacerbée par bien des apprentis sorciers, ces dernières décennies - et de ses peurs induites.
Illustration

C’est le cas de Rennes-Sud. À la rentrée 2018, selon Ouest-France, « le Conseil Départemental prévoit que le collège de rattachement de Chantepie soit celui des Hautes-Ourmes, classé Réseau Education Prioritaire Renforcé REP+, le seul en Bretagne ». Les élèves devant faire leur entrée en 6ième, à partir de septembre 2018, au collège du Landry, sont affectés au collège des Hautes-Ourmes qui, en septembre 2019, accueillera, également en 6ième, les élèves provenant de l'Ecole de la Poterie.

Dans une pétition, adressée au Conseil Départemental d'Ille et Vilaine, des parents d’élèves s’insurgent : « L'objectif du changement de sectorisation (augmenter la mixité sociale et améliorer la répartition des effectifs dans les 4 collèges du secteur Sud de Rennes) est parfaitement compréhensible. Cependant, ce projet de réaffectation sur l’ensemble des établissements de Rennes Sud affecte particulièrement Chantepie, sans pour autant garantir une réelle mixité dans les établissements de Rennes Sud, ni une amélioration des conditions de scolarité des collégiens des Hautes Ourmes. Il nous semble défavorable à la scolarité et à la qualité de vie des futurs collégiens de Chantepie ».

Ces peurs, réelles, ne reposent que sur des a priori .Rappelons que le rôle assigné à l’Ecole Publique Républicaine est de « fortifier la patrie en formant les citoyens, toutes classes confondues, sur les mêmes bancs ».

Ces parents d’élèves objectent : la mixité sociale « Nous la connaissons déjà à Chantepie où plus de 42 % de familles bénéficient de tarifs sociaux, des enfants qui vivent donc déjà cette mixité au Landry. ». Deux griefs sont avancés : « aucune solution de transport entre Chantepie et les Hautes Ourmes n'est prévue » et « La reconduction en REP+, permettant d'avoir plus de moyens au collège des Hautes Ourmes n'est en outre pas assurée ».

Toute tête « froide » qui se pencherait sur ces difficultés, trouverait qu’elles ne sont en rien rédhibitoires. D’une part, affréter un bus est aisé. D’autre part, le passage en REP+ a déjà amélioré les conditions de ce collège : les résultats sont là, au nom de quoi viendrait-on les obérer ? Personne ne comprendrait pourquoi on ne reconduirait pas un dispositif qui marche.

Selon Ouest-France, [10], « L’association des parents d’élèves a été invitée (in extremis, selon elle) à une réunion de présentation du projet le 22 novembre ». Si les parents d’élèves déclarent comprendre les objectifs, Ils redoutent surtout « une différence de niveau scolaire  entre les deux collèges ».

Voilà ! La véritable raison de la peur est lâchée. La tâche des rénovateurs s’annonce bien difficile tant il faut rassurer sans dévier de la route fixée.

Le maire de Chantepie, voulant forcer la création d’un collège sur sa commune, trouve, en cette affaire, l’occasion de rallier la population à son projet. Il est allé jusqu’à se faire prendre en photo à côté d’une affiche - placardée du reste en plusieurs exemplaires sur la façade de sa mairie- stigmatisant le collège des Hautes-Ourmes. L’équipe éducative, à bon droit, s’insurge contre ce qu’elle ressent comme une insulte à ses efforts et à l’image de son établissement et le fait savoir par des contre manifestations.

Des rythmes scolaires

La semaine des 4 jours et demi s’est instaurée à partir de 2013. Sa généralisation s’est faite sur 2 ans.
Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation Nationale, a donné la possibilité aux communes de revenir sur la réforme des rythmes scolaires dans les écoles maternelles et primaires.

Selon le Télégramme [11] , Brest et Rennes sont pour la reconduite de la semaine des quatre jours et demi. Renaud Sarabezolles, adjoint aux affaires scolaires - s’appuyant sur les travaux du «Comité de Pilotage du Projet Educatif Territorial » - annonce que la municipalité n'entend pas revenir sur les rythmes scolaires actuels pour les élèves de primaire dans le public. Cette dernière restera en vigueur, donc, jusqu'à la rentrée 2020, date de la fin du Projet éducatif territorial en cours.

De la consultation des parents d’élèves (taux de réponse au questionnaire, 85 %) par le «CPPT», il ressort que 57 % des parents jugent l'organisation actuelle bénéfique pour leurs enfants, 43 % estiment le contraire .Dans le cas des maternelles, 60 % des parents sont pour le statu quo.

Documentation:

[1] http://www.senat.fr/evenement/archives/D42/

[2]https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment

[3] http://eduscol.education.fr/cid52780/la-politique-refondee-de-l-education-prioritaire-les-reseaux-d-education-prioritaire-plus-ou-rep.html

[4] https://www.reseau-canope.fr/education-prioritaire/fileadmin/user_upload/user_upload/accueil/Referentiel_de_l_education_prioritaire.pdf

[5] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=73659

[6]http://cache.media.education.gouv.fr/file/ASH/01/8/RASED_659018.pdf

[7] http://cache.media.eduscol.education.fr/file/ecole/19/0/Dispositif_plus_de_maitres_reperes_de_mise_en_oeuvre_VE_260190.pdf

[8] http://www.education.gouv.fr/cid5509/le-fonctionnement-de-la-carte-scolaire.html

[9] http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/06/le-bilan-de-l-ouverture-de-la-carte-scolaire_1347441_3224.html#ens_id=1229424

[10]https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/carte-scolaire-rennes-des-familles-contestent-le-redecoupage-des-colleges-5427963

[11] http://www.letelegramme.fr/finistere/le-relecq-kerhuon/ecoles-primaires-publiques-on-reste-aux-4-5-jours-22-02-2018-11861942.php#FA61jMURlW6fSQvC.99

 

 

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