Hebdo #104 : fichés comme « islamo-gauchistes », les concernés contre-attaquent

Face au silence coupable des autorités après la constitution d’une liste de prétendus « islamo-gauchistes » par le site d’extrême droite Fdesouche, c’est la contre-attaque des concernés que le Club donne à entendre. Alors qu’une campagne présidentielle hautement inflammable sur les thèmes identitaires démarre, Macron, pompier pyromane des idées d’extrême droite, peut-il encore jouer la partition du barrage contre le fascisme ?

« Monsieur le ministre, J’ai découvert hier que je figurais avec bien d’autres sur une liste de soi-disant “islamo-gauchistes” publiée par le site Fdesouche. Votre absence de réaction publique à ce délit gravissime me stupéfie, d’autant que la CNIL, elle, s’est auto-saisie. Le plus tragiquement célèbre des fichiers de ce type a aidé la Police de Vichy à rafler, interner et déporter 75 000 juifs de France - dont 13 membres de ma famille, qui n’en sont pas revenus. C’est dire qu’un ministre de l’Intérieur digne de ce nom ne saurait prendre ce scandale à la légère. Pourquoi ne réagissez-vous pas ? Parce que vos collègues Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ont appelé à dénoncer les “islamo-gauchistes” ? »

Quelques jours après l’annonce sur Twitter par Taha Bouhafs, le journaliste du Média, de sa découverte d’un fichier de personnes qualifiées « d’islamo-gauchistes » constitué par le site Fdesouche à partir d’une tribune publiée sur notre site, le journaliste Dominique Vidal a ainsiinterpellé le ministre de l’intérieur sur son silence coupable, alors que la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) s’est « auto-saisie » et à ouvert « des investigations ». Ç’a été ensuite au tour du syndicaliste Sud Éducation Théo Roumier, également mentionné sur ce fichier, de publier un billet de blog pour expliquer pourquoi il s’associait à la plainte collective, déposée mardi soir, qui a réuni près de 100 signatures. 

« Aujourd’hui l’islamophobie d’État s’est dotée d’une loi sur le “séparatisme”, les ministres Vidal, Blanquer ou Darmanin, perclus·es de morgue coloniale, ne cessent de cibler celles et ceux qu’ils affublent du stigmate “d’islamo-gauchiste”, le même utilisé par le site Fdesouche. La secrétaire d’État chargée de la jeunesse n’hésite pas à déclarer qu’elle craint plus les “discours intersectionnels” que Zemmour. Alors quoi d’étonnant à ce qu’un sombre site fasciste se juge autorisé à faire des listes de militant·es engagé·es pour l’égalité ? »

Alors qu’une campagne présidentielle hautement inflammable sur les thèmes identitaires démarre, Macron, pompier pyromane des idées d’extrême droite, peut-il encore jouer la partition du barrage contre le fascisme ?

Sur le fichier d’extrême droite, des précisions de toutes natures (salafiste, acteur, transgenre, etc.) ont été ajoutées sur les personnes fichées. Pour se justifier, Pierre Sautarel, fondateur de Fdesouche, a déclaré avoir voulu « faire la sociologie » de ces personnes, dont « chaque signature est politique ».

À rebours de cette fallacieuse justification, le Club propose de donner la parole à des sociologues et des politologues visés par ces attaques et qui depuis un an subissent des procès en « islamo-gauchisme » de la part du président de la République et de plusieurs de ces ministres.

Retrouvez ici le billet d’Edwy Plenel, d’où vous pouvez télécharger gratuitement l’eBook Défense et illustration des libertés académiques issu des interventions d’un colloque en ligne organisé par Éric Fassin et Caroline Ibos, publié cet été en sept épisode dans un blog dédié.

« Si Mediapart publie en ebook, après l’avoir diffusé dans son Club participatif, les actes du colloqueLa savante et le politique, c’est tout simplement parce qu’à travers des métiers différents, avec leurs légitimités propres, leurs procédures universitaires pour les uns et leurs écosystèmes économiques pour les autres, intellectuels et journalistes sont aujourd’hui confrontés à la même menace : la fin de la vérité. De la vérité comme exigence, recherche et audace, production et vérification, confrontation et discussion. L’assaut lancé contre les libertés académiques, sous prétexte de faire la chasse aux “pensées décoloniales” et aux “dérives islamo-gauchistes”, va de pair avec l’offensive systématique menée contre l’information indépendante pour la marginaliser et la décrédibiliser, la domestiquer ou l’étouffer. » 

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