Récit photographique du festival Nø Førmat

Ce week-end, Nø Førmat ! faisait son festival au théâtre du Châtelet, une première pour ce label indépendant qui fêtait ses 12 années d'existence.

Une programmation déterminée par les sorties récentes du label, intarissable promoteur d’une musique métissée, avec « des artistes qui prennent leur public à contre-pied… en créant des objets musicaux sans catégories » nous racontait alors Laurent Bizot, son fondateur, dans un précédent entretien.

Comme une pérégrination avec Vincent Segal, le violoncelliste était de tous les moments de la première journée.

Dès 18h, dans l’enceinte du Foyer, un salon dans le théâtre du Châtelet, on assistait à la dernière sortie du label : une rencontre entre Vincent Segal et le pianiste japonais Koki Nakano. Il racontait alors au Monde avoir découvert Nø Førmat ! il y a une dizaine d'années. « J’avais 19 ans. Puis il y a eu Chamber Music [2009], de Ballaké Sissoko et Vincent Segal, une musique de chambre très moderne, tout en étant différente de la musique contemporaine. » Sa rencontre avec Segal aboutit aujourd’hui à Lift, le premier album de Koki Nakano.

Vincent Segal et Koki Nakano © Félix Réginent Vincent Segal et Koki Nakano © Félix Réginent

Le concert se joue dans un cadre somptueux, à l’installation sommaire, petites chaises serrées pour le public, un énorme piano au centre.
Le dialogue entre les musiciens démarre. A chaque morceau ou presque, une pause silencieuse, longue et appuyée, nous permet de respirer avec eux. C’est parfois le piano qui s'amorce, le violoncelle suit, le sublime. Puis l’inverse dès le morceau suivant. Ils s’écoutent, s’accompagnent avec une grande subtilité.

Supposed to be a mistake © Koki Nakano

Vincent Segal et Koki Nakano © Félix Réginent Vincent Segal et Koki Nakano © Félix Réginent

La suite de la soirée se déroule dans la grande salle du théâtre. On y retrouve de nouveau Vincent Segal accompagné de son fidèle Ballaké Sissoko. Duo bien connu pour ce label puisqu’ils publient leur deuxième collaboration cette année « Musique de Nuit », album essentiellement enregistré sur le toit de la maison de Ballaké à Bamako.

Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Félix Réginent Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Félix Réginent

Le calme et l'intensité résonnent joliment dans l'immense théâtre.  
Vincent Segal prend régulièrement la parole entre les morceaux, nous raconte sa rencontre avec Ballaké, sa découverte de la musique mandingue à Paris dans un restaurant des Abesses. Son voisin, Cheikh Tidiane Sekh, un claviériste de renom l'y amenait régulièrement.
Le duo, déjà croisé à Arles cet été, sera alors rejoint par Kassé Mady Diabaté, chanteur et guitariste malien, lui aussi précédemment produit par Nø Førmat !

Passa quatro © Vincent Segal et Ballaké Sissoko

Deuxième journée, l’américain Marc Anthony Thompson dit Chocolate Genius Inc donne le premier concert dans le Foyer. Le guitariste, presque mal à l’aise dans ce décor ostentatoire, ira de son cynisme pour détendre l’atmosphère. Une voix sombre, une musique noire américaine qui vacille entre le folk et le blues, difficilement classable encore une fois.

Chocolate Genius Inc. © Félix Réginent Chocolate Genius Inc. © Félix Réginent
Chocolate Genius Inc. est aussi à l’aise au piano. C’est parfois doux, un peu trop lisse, puis tranche avec un morceau sombre, plus dur, qui semble davantage correspondre au personnage.

Cet ancien collaborateur de Chris Wood, Marc Ribot, ou plus récemment de Bruce Springsteen, sort son cinquième album (et deuxième sur Nø Førmat !) : cinq années après son précédent album qui devait être son dernier sous ce nom.
« Epilogue 1: Truth vs Beauty » un clin d’œil à la non-fin de Chocolate Genius Incorporated.

© Chocolate Genius Inc.

Chocolate Genius Inc. © Félix Réginent Chocolate Genius Inc. © Félix Réginent
La suite de la soirée, un grand final attendu, avec Blick Bassy et ALA.NI, deux jeunes arrivés chez Nø Førmat.

Blick Bassy © Félix Réginent Blick Bassy © Félix Réginent

Blick Bassy démarre avec cette même non-chalance qu’on lui connait (revoir notre session vidéo tournée à Arles).
Il nous évoque de nouveau son admiration pour Skip James et son anecdote lorsqu'il s’est retrouvé face à sa photo, une nuit froide alors que son chauffage venait de tomber en rade. Il tient aussi à rendre hommage aux victimes d'un terrible accident de train qui a eu lieu la veille, au Cameroun, son pays natal.
On repasse par les titres phares de son album Akö, une reprise de Cabrel qu’il revendique très populaire et admiré au Cameroun. Seul morceau chanté en français, les autres sont en langue bassa « car au Cameroun, il y a plus de 260 langues, mais seules l’anglais et le français sont déclarées langues officielles » nous rappelle-t-il.

Il est rejoint par Oumou Sangaré, chanteuse malienne. Une voix puissante, pleine de joie, pour celle connue pour son engagement pour les droits des femmes en Afrique. Une jolie surprise pour le public.

Aké © Blick Bassy

Blick Bassy © Félix Réginent Blick Bassy © Félix Réginent

ALA.NI conclut le festival avec presque 10 musiciens sur scène. Un accompagnement presque démesuré par rapport à la simplicité appropriée des autres concerts.

ALA.NI © Félix Réginent ALA.NI © Félix Réginent

C'est surtout la harpe que l'on entendra. La chanteuse bouge beaucoup, s'amuse à l'arrivée presque non préparée de Blick Bassy sur scène.
Sa voix surprendra le public, comme à chaque fois. Dans ce théâtre, parfois sans micro, elle emplit aisément l'espace. C'est très haut et très puissant.

ALA.NI © Félix Réginent ALA.NI © Félix Réginent

© ALA.NI

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