Au lendemain des attentats de Nice, Arles se réveille encore sonné par l'effroi de l’événement. «Faire humanité ensemble», tel était le titre de l’édito de la directrice du festival Marie José Justamond pour cette édition 2016. 
Le partage, le recueillement puis l’exutoire vont rythmer cette journée, qui s’annonçait la plus belle du festival avec une excellente programmation : Vincent Segal et Ballaké Sissoko, Danyèl Waro, Blick Bassy et Pachibaba.

Marie José Justamond et Vincent Segal, à l'apéro-découverte © Olivier Hoffschir Marie José Justamond et Vincent Segal, à l'apéro-découverte © Olivier Hoffschir

La journée démarre comme habituellement avec l’apéro-découverte, où Marie José Justamond a pour habitude de présenter des initiatives culturelles et quelques musiciens programmés le jour même. Discours habituellement chantant et improvisé, mais cette fois le timbre est différent. Elle exprime son chagrin et sa vive émotion, demande à ce que partage se fasse et prône l’ouverture aux autres.

Le violoncelliste Vincent Segal sera le premier invité. Il est tout aussi abasourdi et nous raconte combien il peut être difficile de jouer dans ces moments-là. Il nous remémore son départ au Mali pour enregistrer son dernier album avec Ballaké Sissoko le lendemain des attentats de Charlie, alors que le Mali affrontait toujours des violences dues au terrorisme islamique. 

Danyèl Waro à l'apéro-découverte © Olivier Hoffschir Danyèl Waro à l'apéro-découverte © Olivier Hoffschir
La suite oscillera entre recueillement et exutoire, avec notamment Manu Théron et sa reprise d’un chant de femmes italiennes écrit après l’attentat de la gare de Bologne en 1980 ou encore Danyèl Waro venu tambouriner l’assemblée.

Blick Bassy entame le premier concert de la soirée dans la cour de l’Archevêché, une heure après la minute de silence où touristes et arlésiens se rassemblèrent sur la place qui la juxtapose.

Blick Bassy © Olivier Hoffschir Blick Bassy © Olivier Hoffschir

Ce jeune camerounais, qui signe chez No Format, détonne avec sa voix suave et son blues raffiné. Venu de l’ethnie des Bassa du Cameroun, Blick Bassy chante dans sa langue originelle. Un engagement pour lui. Alors que le Cameroun compte plus de 200 langues, il nous rappelle que seuls l’anglais et le français sont enseignés partout dans le pays et qu’aucune langue du pays n’est partagée par tous ses habitants.

Il est accompagné de Clément Petit au violoncelle et de Johan Blanc au trombone. « Deux compagnons de route » comme il les surnomme, tout aussi naturels et décontractés que le chanteur camerounais.

Clément Petit © Olivier Hoffschir Clément Petit © Olivier Hoffschir

Blick Bassy © Olivier Hoffschir Blick Bassy © Olivier Hoffschir
Leur musique est superbe, pleine de mélancolie et de douceur. Les sourires des trois musiciens, qui prennent un sacré plaisir à jouer ensemble à n’en pas douter, rendent cet instant de partage très touchant. Blick Bassy parle d’amour, parle de la vie et veut nous faire partager son plaisir. Ou comment « faire humanité ensemble » pour un musicien camerounais.

Deuxième rendez-vous très attendu de la soirée avec Danyèl Waro précédé du duo Ballaké Sissoko et Vincent Segal au théâtre Antique.

Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir

Le violoncelliste français et le joueur de kora malien arrivent sur la grande scène très épurée, composée de seulement deux chaises et de leurs instruments. Vincent Segal ne prendra la parole qu’au début pour partager sa vive émotion en demandant au public de rester assis et de ne pas applaudir.

Leur dernier album « Musique de nuit », produit encore par No Format et en partie enregistré la nuit sur le toit de la maison de Ballaké Sissoko à Bamako, s’imprègne dans l’amphithéâtre. Les morceaux s’enchainent presque sans interruption, tel un plan séquence parfaitement maitrisé. C’est subtil et profond, propice au recueillement que souhaitait nous délivrer le violoncelliste.

Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir

Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir Ballaké Sissoko et Vincent Segal © Olivier Hoffschir

La suite actera le changement de rythme de la soirée avec Danyèl Waro et son groupe arrivant tambours battants avant même l’entrée sur scène.

Danyèl Waro © Olivier Hoffschir Danyèl Waro © Olivier Hoffschir

 © Olivier Hoffschir © Olivier Hoffschir
La maître du maloya, avec sa voix harmonieuse et déraillée, chantera fort. Toujours avec le même entrain qu’on lui connait. Les membres du groupe s’échangent leurs instruments de percussion ou leur kayanm (cet instrument plat rempli de graines de safran sauvage), le rythme est soutenu et dansant.

Waro s’adresse au public en créole, comme s’il était compris de tous. Peu importe, comme un bon prêcheur humaniste, il implore dans ses textes la Terre, l’humanité, la famille, le respect des autres et des siens.

Danyèl Waro © Olivier Hoffschir Danyèl Waro © Olivier Hoffschir

Danyèl Waro © Olivier Hoffschir Danyèl Waro © Olivier Hoffschir

Pendant le concert frénétique, on pourra entrapercevoir près de la régie son Vincent Segal se déhancher sur les rythmes des réunionnais. Un concert exutoire pour l’ensemble du public, presque délivré par ce maolya contestataire.

Fin de soirée avec Pachibaba, que nous avons rencontrés la veille pour une live session improvisée. Les derniers concerts se jouent aux Forges, une friche industrielle en cours de rénovation, où les concerts sont donnés entre quatre murs mais sous les étoiles.

Pachibaba © Olivier Hoffschir Pachibaba © Olivier Hoffschir

Les trois compères et créateurs de cette formation : Fixi, Cyril Atef et Olivier Araste s'amusent, prennent un à un le devant de la scène, jusqu'à la transe.

Le groupe enchaine les morceaux. Les styles sont multiples, on passe de l’afrobeat au maloya (« Fénwar », « Pou dansé »), avec parfois de la valse (« Baba waltz » ou encore « Valse plio »), au reggae (« Baba ragga-babba séga ») ou encore à la cumbia (« Pinard cumbia »).

Pachibaba © Olivier Hoffschir Pachibaba © Olivier Hoffschir

Pachibaba © Olivier Hoffschir Pachibaba © Olivier Hoffschir

Pachibaba © Olivier Hoffschir Pachibaba © Olivier Hoffschir

Une traversée dans les rythmes et les cultures pour ce groupe sans frontière qui clôturera cette journée pour « faire humanité ensemble », avec de la musique et du partage, la meilleure manière qui soit.

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Tous les commentaires

Oh comme je regrette de ne pas avoir pu être là-bas.

J'ai quand même un peu tiqué à l'écoute de l'un des magnifiques matins de ces magnifiques personnes (honte au parking!), où l'on a étrangement droit de la part d'un musicien qui se lâche dans son amour pour la technologie, à un exposé d'au moins 2 minutes, et jusque dans le détail de son mode d'emploi, des vertus de la dernière appli shrutibox pour téléphone portable d'une célèbre marque dont un certain certain Snake fit don d'un exemplaire à une certaine Eve devant les portes d'une ferme de serveurs de réseaux dont ils venaient de se faire virer, ou quelque chose comme ça. Il apparait en substance principale de ce moment, pour le néophite qui n'en a rien a battre des shrutibox comme pour le musicien qui s'en sert, que le matériel de conception et de fabrication de par chez nous vaut quand même mieux l'investissement que ses concurrents indiens... bon ma foi lemusicien est un artisan, c'est plutôt naturel qu'il parle avec passion de l'outil qu'il affectionne, mais dans une émission publique on aurait pu tempérer un peu cette ardeur qui prend une dimension publicitaire déplacée (sauf si ça sponsorise vraiment, ma foi il faut bien vivre et faire vivre, il y a pires exactions à ces fins, mais alors que les logos apparaissent clairement, ça devrait faire partie du contrat!). ;) J'écris ça sans la moindre intention d'attaque frontale, juste je relève ce qui m'apparaît comme un genre de lapsus. Nous avons tous à faire avec la technologie et donc avec les limites de la technocratie. Par exemple, requérir une consommation électrique de 20 000 kwh/h pendant plusieurs jours pour célébrer une action écologique, n'est pas la moindre des contradictions (bis je ne "vise" pas "Suds", que j'aime vraiment énormément et sans réserve aucune, c'est juste une méditation qui dérive sur une allégorie...)