Consultation Citoyenne : le traité de Lisbonne est imbuvable… Soif de l’Europe-Unie !

Dernièrement, une consultation citoyenne s'est tenue à la mairie du 2e secteur de Marseille. Elle n'a pas remis en cause la nécessité de l’Europe. Les critiques ont porté sur ses lacunes et son mode fonctionnement, ses règles compliquées, l’arrogance des lobbies et des États, dont certains violent impunément les valeurs européennes.

 Les citoyens insatisfaits du fonctionnement de l’UE

 

Fiche d'un participant Fiche d'un participant
Les critiques ont porté sur « ce qu’elle n’a pas fait : pas d’Europe sociale… ! Pas de régime fiscal commun… !  » On a reproché à l’UE de «protéger les paradis fiscaux »… « la concurrence est faussée… On ne prend pas les mesures pour protéger la population ». « Le poids des lobbies » a été mis en exergue pour expliquer que « l’Europe favorise les marchés et les finances au détriment de nous tous ». On a fait à l’UE un procès en moralité pour avoir nommé à sa tête « un ancien ministre de paradis fiscal ». 
La présidence tournante non plus n’a pas plus échappé aux critiques : « 6 mois, c’est pas assez long... » Affirmation immédiatement suivie d’un péremptoire : « il faut au moins un an ! »
On a reproché à Jacques Delors, « d’avoir fait l’euro avant la construction économique »… « C’est la haute finance qui a demandé l’Europe. Si on avait fait l’Europe sociale, on n’aurait pas touché aux salaires et pensions, et il y aurait eu moins de fermetures d’entreprises. »
« Il manque à l’Europe un Parlement européen démocratique avec des gens qui votent des lois authentiquement européennes…  Il faut arrêter l’hypocrisie : les décisions ne sont pas prises au niveau européen mais par les États. » 
Une voix s’est élevée pour exiger la désignation de représentants européens « très européens », en organisant le vote« au niveau des partis… pas au niveau des pays. »
Les lobbies ont de nouveau été mis sur la sellette,« à l’orée d’une catastrophe écologique, l’Europe n’est pas assez offensive contre les lobbies. Elle devrait s’affirmer comme le fer de lance de l’écologie. » 
« lEurope s’occupe trop de la forme et de la couleur des carottes et des navets… Qu’elle se recentre sur l’essentiel  !» On a aussi entendu :« En votant à la majorité sur tous les sujets, ce serait plus clair ! »
Les deux autres chapitres, inscrits au programme de cette consultation étaient du même tonneau. Il y avait manifestement une soif d’Europe… mais l’Union européenne sous sa forme actuelle est considérée par beaucoup comme imbuvable. 


Le traité de Lisbonne ne répond pas aux attentes des citoyens

L’Europe est-elle sur la bonne voie ? « On ne fait pas de politique en dehors des réalités institutionnelles. Le traité de Lisbonne a mis en accord les institutions européennes avec la politique nationale, sinon nationaliste, des États », a-t-on entendu aux cours de la discussion générale.  « L'objectif assigné au traité de Lisbonne n'est pas "l'Europe-Unie", que revendique Emmanuel Macron... mais une “Fédération d'États Nations“, que le général de Gaulle a mis sur les rails en 1966 avec le "compromis de Luxembourg“…Depuis, on n’en finit plus de sonner le glas de l’Europe victorieuse et conquérante des pères fondateurs. Sous l’obédience des États, l’Europe s’élargit sans cesse à d’autres États et se transforme en usine à gaz. 
La dynamique nationaliste déclenchée par de Gaulle en 1966 a abouti logiquement, 42 années plus tard, au traité de Lisbonne, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, qui a institutionnalisé au niveau de l’UE le Conseil européen, composé des chefs d’État et de chefs de gouvernement. Entrée en vigueur en 2008, ce traité s’est fixé comme objectif la réalisation d’une Fédération des États nations. Il est à l’opposé de celui de l’Europe-Unie que les pères fondateurs entendaient réaliser en mettant en œuvre une dynamique authentiquement européenne, celle de « l’Europe des peuples», dont se moquait le général de Gaulle (1). » On peut se poser la question : le traité de Lisbonne est-il l'arme fatale dont rêvait de Gaulle pour liquider le projet de Jean Monnet ?

Le traité de Lisbonne : l'arme fatale pour dézinguer l'État de droit ?

A
vec le traité de Lisbonne, le Conseil européen prend des décisions à l'unanimité, rendant impossible toute condamnation d'un État qui viole les valeurs européennes. L'État de droit ; les droits humains ; la liberté de la presse et les droits des ONG… sont do unnc bafoués en toute impunité. 
Même si l'État, mis en cause par les députés européens, ne vote pas, il suffit pour lui de mettre d’accord avec un autre État au Conseil Européen pour empêcher toute condamnation. Ce que font à présent la Pologne et la Hongrie qui s’entendent comme larrons en foire, ridiculisant les valeurs de l’Union Européenne dont ils manifestent l’impuissance, pas seulement aux yeux de Trump et Poutine… Du monde entier !
Les dirigeants de ces deux pays, impunis et impunissables, ont fait des émules. Le gouvernement italien promet
 «d' augmenter la croissance, le nombre d’emplois et le pouvoir d’achat, de réduire les déficits publics… tout en augmentant la dette publique… et sans faire éclater la zone euro ! » Mais, il n’y a pas qu’en Italie qu’on « marche » sur la tête...
Tout le monde l’a compris : une fédération d'États nations représente un objectif
fumeux. Il ne sera jamais atteint, sinon qu'en se réduisant l'Union à une peau de chagrin. En laissant des États dire ou faire tout et n’importe quoi.
Le Royaume-Uni quitte l’Union EuropéenneD’autres la cocufient sans vergogne… ou promettent monts et merveilles à leurs ressortissants qu’ils prennent pour des alouettes.
Assisterait-on au « au début du commencement » de la fragmentation qui a failli emporter au XXe siècle le continent européen, ses peuples et sa civilisation ?
Le public de la salle Antoine Giannattasio a souhaité le renforcement de l’Europe, avec notamment une authentique Défense européenne, non dépendante de l’Otan, c'est à dire des Américains… mais peut-on concevoir une armée qui n’
est pas aux ordres d’un souverain ? Si on veut un souverain européen, encore faut-il se donner des institutions authentiquement européennes ! Il ne sert à rien de s’affirmer en faveur de l’Europe de l’Europe-Unie, comme le fait le président Macron, si on ne demande pas aux peuples européens les moyens constitutionnels de réaliser cette ambition. Philippe Léger

Une dynamique nationaliste qui mène à la fragmentation...
Le traité de Lisbonne (entré en vigueur en 2008) n’est pas tombé de la dernière pluie. Il est dans la droite ligne de la dynamique nationaliste mise en œuvre par le compromis de Luxembourg (1966) suite à la politique dite de « la chaise vide » (la France, membre fondateur, était restée dans la Communauté mais ses représentants, obéissant aux ordres du président de la république, le général de Gaulle, ne siégeaient plus dans ses institutions.)
En élevant le Conseil européen au niveau d’une institution européenne, le traité de Lisbonne, cher à Nicolas Sarkozy, se rapproche furieusement de cette Europe que de Gaulle préconisait : « il faut réaliser l’Europe à partir des nations, sous la forme d'une organisation politique qui comporte la coopération organisée de six Etats (Ndr : aujourd'hui 27), c'est-à-dire la confrontation périodique des chefs d’Etat et de gouvernement, celle de leurs ministres, une commission commune constituée avec des fonctionnaires qualifiés, qui prépareront des délibérations. Et puis un état-major pour discuter des affaires militaires, des fabrications d’armement et tout et tout. » (d'après Alain Peyreffite,"C'était de Gaulle" (Éditions de Fallois – Fayard).
Depuis le traité de Lisbonne, le Royaume-Uni a quitté l'UE... Partout le nationalisme a ressurgi avec force, brutalement, allant jusqu'à l'assassinat d'une députée anti-Brexit en Grande-Bretagne et la remise en cause de l'État de droit dans des pays qui ont connu la dictature stalinienne. La Pologne se moque de l'institution judiciaire. La  Hongrie bafoue les droits humains, notamment ceux des réfugiés ; la liberté de la presse et les droits des ONG.
Une fragmentation est en train de s'amplifier. L'étape suivante, la désintégration tant redoutée ?
Avec la dynamique nationaliste initiée par de Gaulle dès son retour "aux affaires", le continent a repris sa marche vers l'auto-destruction. 
Au début des années 60, le projet européen a été de moins en moins impulsé par la dynamique authentiquement européenne de Jean Monnet.
l’Europe commence à ramer… En cause : la résurgence en France d’un nationalisme d'État. Le général de Gaulle est responsable du grand retour de « l’État Nation ». Une expression longtemps restée tabou après la guerre, car trop chargée de haines et de souffrances… Si un coup d'arrêt n'est pas porté à cette folie, qui prétend faire un habit neuf avec de vieilles pièces, ce sera de nouveau de graves troubles, attisés par les États-Unis et la Russie et d’autres blocs… Prévenir ces pays, comme vient de le faire récemment le président Macron, que "la force de frappe nucléaire de la France est tous azimuts" semble puéril.
Avec la dynamique des États nations, les Européens se sont laissé embringuer dans une aventure dont ils n’ont pas mesuré les risques. L’état d’esprit a changé.
Jusqu’au milieu des années 60, on a connu une dynamique authentiquement européenne, celle des peuples, avec pour objectif de réaliser « l’Europe-Unie ». Victorieuse et conquérante, cette dynamique a mené en 6 ans les 6 pays fondateurs du traité CECA (1951) aux traités de Rome (1957) - notamment au traité CEE (Communauté économique européenne) qui a instauré les 4 fameuses libertés.
Avant le compromis de Luxembourg, l'Europe avait pour la France les yeux de Chimène. Elle était la digne héritière des philosophes des Lumières et de Victor-Hugo. Elle avait conquis le cœur et les esprits. Langue de la diplomatie, le français devenait aussi la langue administrative de l'Europe !
Le "grand homme" a tout gâché. De Gaulle a freiné des quatre fers l'intégration du continent. Pas ou peu de progrès, les frontières mettront plus de trente ans à s'ouvrir véritablement…
Avec le traité de Lisbonne, elles se ferment. Pas seulement aux réfugiés… mais aux Européens eux-mêmes !
Le Royaume-Uni est dans le dilemme sur la question d’Irlande. Elle pourrait connaître la même situation avec l’Écosse.... Les nationalistes, racistes et populistes de tous crins, en bref, les « Brexiters », n’ont pas fini de faire baver des ronds de chapeau à ses dirigeants.
Ce traité, c'est l’arme fatale conçue pour dézinguer l’Europe, pour empêcher l’union paisible de ses peuples !
Il est le fruit empoisonné d’une dynamique surannée, dangereuse et criminelle.
L’Europe ne serait qu’une organisation internationale sans doute moribonde, si l’Allemagne de la chancelière Angela Merkel n’avait pris la mesure du projet et de ses ambitions… Espérons qu'elle renouera avec la dynamique européenne authentique, orientée vers la paix et le développement, lancée il y a près de 70 ans par les pères fondateurs de l’Europe... sans oublier de "contribuer au développement du continent africain", mentionné en toutes lettres dans la Déclaration Schuman. Philippe Léger

 

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