La BD fait sa rentrée (3/5) : renouveau et nouveautés

Après un tour d’horizon des parutions à venir et une sélection des suites attendues, Comic Strip continue sa présentation de la rentrée BD. Au programme : du crowdsourcing, une reprise qui fera date et une résurrection.

Après un tour d’horizon des parutions à venir et une sélection des suites attendues, Comic Strip continue sa présentation de la rentrée BD. Au programme : du crowdsourcing, une reprise qui fera date et une résurrection.

 © Midam - Adam / MAD © Midam - Adam / MAD
Avec le tome 5 de Game Over de Midam et Adam, c’est une ère nouvelle qui s’ouvre, car si la série n’est pas nouvelle, la particularité du nouvel opus, Walking blork, est d’être en effet le premier album de bande dessinée publié par MAD Fabrik (du nom des créateurs Midam, Araceli Cancino et Dimitri Kennes), nouvel acteur dans le monde de l’édition BD.


Pour ceux qui ne seraient pas familiers de l’œuvre de Midam, ce dernier est le créateur de Kid Paddle, héros au succès indéniable (avec plus de 4 millions d’albums vendus depuis 1996), jeune garçon passionné de jeux vidéo et de cinéma gore et dont les aventures ont vu le jour dans les pages du journal Spirou (le 12ème épisode est annoncé pour septembre 2011). Le tome 5 de Game Over a paru le 1er septembre et il est remarquable à plus d’un titre. Non seulement cet album est la première bd à paraître sous le label MAD Fabrik, après plus de quatorze ans sous la bannière Dupuis. Mais il est également le fruit d’une collaboration d’un nouveau genre entre les auteurs et le lectorat lui-même : le crowdsourcing. En effet, pour ce tome, Midam et Adam se sont appuyés sur les contributions volontaires et rémunérées de scénaristes professionnels ou amateurs via le site gameoverforever.comqui permet à tous de proposer des scénarios qui, s’ils sont retenus, sont rémunérés par planche issue des propositions, le tout dans un cadre contractuel. (Cette expérience a permis à ce jour de donner matière à plus d’un album, plus de détails dans l’interview de Midam et Araceli dans Comic Strip sur Mediapart).


Game Over est un spin-off, série muette et gaguesque au pitch et à la punch-line immuable : un personnage de jeu vidéo (en fait l’avatar préféré de Kid Paddle) tente de se frayer un chemin vers la sortie en délivrant au passage (ou non) une belle princesse, devant éviter moult pièges et dangers et créatures hostiles (les Blorks) jusqu’à la chute inéluctable attendue… " Game Over ". Comique de répétition, de situation, humour gore (mais bon enfant) sont les ingrédients de cette BD.


Walking Blork, Game Over tome 5, de Midam et Adam, MAD Fabrik, 9 € 95

 

 © Hermann - Yves H / Le Lombard 2010 © Hermann - Yves H / Le Lombard 2010
« A plusieurs reprises, se souvient Hermann, Yves m’a dit que ce serait chouette de refaire un Bernard Prince. Au début, j’étais mi-figue, mi-raisin. Je trouvais ça bizarre qu’il me parle d’une bande dessinée que, personnellement, je trouvais un peu dépassée. »


Plus de quarante ans après sa création par Greg et Hermann, Bernard Prince renaît sous la plume d’Yves H et les pinceaux… d’Hermann, ce dernier ayant arrêté de dessiner le personnage en 1978 ! Dix ans se sont écoulés depuis la parution de la désormais avant-dernière aventure à ce jour de l’ancien agent d’Interpol devenu marin. Les superlatifs ne manquent donc pas pour annoncer cette résurrection.


Reprendre Bernard Prince est un vrai défi, quand bien même c’est le dessinateur originel qui est toujours aux commandes. Pour le père et le fils (auteurs ensemble entre autres du Diable des sept mers, de Liens de sang...), de nombreuses questions ont dû se poser ! Comment moderniser sans dénaturer, comment « remettre Bernard Prince au goût du jour, tout en conservant ce climat très Sixties » inhérent à la série ? Comment ne pas « faire du Greg » ? Prince est toujours accompagné de Barney Jordan, marin alcoolique bourru, et de Djinn, jeune enfant indien devenu le pupille de Bernard. Comment faire évoluer les personnages ? Doivent-ils bénéficier de l’éternelle jeunesse dévolue parfois aux héros de papier ?


Autant de questions auxquelles Hermann et Yves H. répondent de belle manière. Dans Menace sur le fleuve, si le titre de l’album renvoie aux belles heures de la bande dessinée franco-belge (Tonnerre sur Coronado, Guérilla pour un fantôme…), Yves H. a su amener, par petites touches, les éléments contemporains (notamment technologiques) qui vont ancrer l’album dans notre époque. Loin d’être anachronique, Bernard Prince va donc utiliser internet, le GPS, un téléphone mobile… Les détails foisonnent et s’insèrent naturellement dans le contexte de l’histoire. Jusqu’aux lunettes de soleil résolument tendance portées par l’ancien policier. Tout en couleurs directes, avec ce trait gras, inimitable, qui caractérise le dessin d’Hermann, Menace sur le fleuve est un déchainement visuel : scènes de jungle, paysages lacustres, scènes d’action, Hermann montre à nouveau l’étendue de son talent. Le vent de l’aventure continue de souffler sur les aventures de Bernard Prince.


Bernard Prince, Menace sur le fleuve de Hermann et Yves H., Le Lombard, 10 € 95

 

– D. B.

 

 

Articles précédents :

La BD fait sa rentrée (1/5)

La BD fait sa rentrée (2/5) : des événements et des séries

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