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Billet de blog 10 juil. 2022

Emmanuelle Aymès et Henri Maquet, chants d’amours en langue d'Oc (#1)

(#1) Langue et rencontre

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Têtes de farandole des acteurs et amateurs de la tradimodernité arlésienne, Henri Maquet et Emmanuelle Aymès sont impliqués cette année dans trois spectacles de la programmation des Suds. Le duo MAQX (Henri et Maxence Camelin) à 23H, lors de la Nuit, côté Croisière du 14 juillet qui elle commence à partir de 21H. Le trio Diga Me’n Diga (Virginie Becamel, Gaëlle Lévèque et Emmanuelle) pour une Sieste Musicale le 15 juillet à 14H30 à l’Espace Van Gogh. Enfin Butor Stellaris, le projet des amoureux chantants va clore cette 27e édition le 17 juillet à 17H30 à La Capelière (Centre d'information sur la nature de la Réserve naturelle nationale de Camargue au bord de l’Étang de Vaccarès).

Henri Maquet, Emmanuelle Aymès © Butor Stellaris

Les musiques traditionnelles ne sont plus ce qu’elles étaient, ni, surtout, proches de l’idée que l’on peut s’en faire en les regardant de loin ou de haut.

Bourrées, polkas et autres quadrilles sont entrées depuis déjà un moment dans l’ère numérique. L’actuelle génération de danseurs, musiciens et amateur conjugue tout autant la culture du bal ou des rites païens que celles de la scansion rap, du déhanchement rock ou des transes électroniques de leur ici et des ailleurs. De cette joyeuse collision émergent des formations et des spectacles aux parfums innovants.

Interview de Sam Karpienia pour “Plein Suds“, le blog Mediapart du festival

https://blogs.mediapart.fr/edition/plein-suds/article/010721/de-la-crau-interview-de-sam-karpienia

Observateurs attentifs des scènes des pays d'Oc  depuis ses débuts, Les Suds a accueilli et souvent servi de base de lancements pour de grands artistes de ces régions. Pour la Provence, on pense aux différents projets des Marseillais Sam Karpienia et Manu Théron mais aussi au local Henri Maquet. Tous les trois chantent, écrivent et pensent leur musique à partir de la langue des Pays d’Oc.

Henri Maquet en explique quelques pourquoi. : « On ne cherche pas forcément à attirer le plus grand nombre comme la plupart des groupes qui chantent en anglais, même si dans la vie ils ne le parlent pas. Nous on préfère notre truc de punk alternatif en langued'OC »

Henri précise qu’à défaut d’être comprise par beaucoup, cette langue possède de nombreuses qualités : « Esthétiquement on y trouve beaucoup d’accents toniques ou de diphtongue, il y a aussi des capacités métaphoriques plus élevées que le français. Tu peux notamment transformer n’importe quel nom commun ou propre en verbe, en mettant un suffixe à la fin du mot. Par exemple “Manu Théroneja“ c’est faire comme Manu Théron ou lui ressembler. » Dans la langue d'Oc il y a un aspect poétique et un patrimoine culturel qui se véhiculent et aussi un aspect militant sur la diversité culturelle.» Diversité accentuée par de nombreuses variantes provençales, gasconnes, limousines, auvergnates…) : « Il y a des particularités et des petites finesses très belles à découvrir et à apprendre. C’est poétiquement très efficace et ce n’est pas étonnant que ce soient les artistes les derniers fers de lance de cette langue. »

Arlésien d’origine Belge, musicien, ethnomusicologue, luthier, pédagogue, organisateur de festivités sonores ou carnavalesques, à travers les années Henri Maquet est intervenu dans le festival des Suds, à de nombreux postes : artiste sur scène, conférencier embarqué sur le Rhône, maître de stage de gamelan dans des écoles ou responsable de happenings joyeux et impromptus un peu partout.

ZinZaN 2014 - Jan-Mari CARLOTTI à Beauregard (Orgon) © Zinzanfestival

Jan Mari Carlotti au Festival ZinZan (Orgon 2014)

La rencontre d’Emmanuelle Aymès et d’Henri Maquet s’est faite, et c’est tout un symbole, par le concours de Jan-Mari Carlotti. Pionnier du renouveau de la chanson provençale, fondateur dans les années 70 du groupe culte Mont Joia, Carlotti fut programmé aux Suds dès sa première édition en 1996 en compagnie du trompettiste  Michel Marre, duo réinvité en 2002. Carlotti est revenu en solo en 2003 et partagea un Moment Précieux en 2010 avec deux autres légendes chantantes des pays d'Oc Martina de Pèira et Jan dau Melhau.

Troubadour au chant inoubliable, Jan-Mari Carlotti est un Arlésien discret qui a ouvert la voie et inspiré des générations d’artistes qui l’ont suivit, de Massilia Sound System à Emmanuelle Aymès : « J’étais venue à un stage de chant dans les Alpes parce qu’il était animé par Carlotti et au dernier moment on a été mis devant le fait accompli que quelqu’un venait le remplacer. » Le remplaçant c’était Maquet: « Ils s’étaient inscrits pour Mick Jagger et ils ont Pierre Perret à la place. » Mais le moment de déconvenue a fini par passer. Henri : « En chantant dans la montagne on a fini par s’entendre. » Et plus, parce qu’affinités.

Ensemble ou côte à côte, ils ont depuis imaginé ou accompagné de nombreux projets. Avec d’autres chanteurs, ils ont monté le répertoire Ventadis autour des légendes du pays arlésien ou un tour de chants de Noël provençaux.

Pour son master de recherche en musicologie, Emmanuelle a écrit, avec l’aide de Jacques Amblard, Micromusique et ludismes régressifs depuis 2000, (2O17) qui décrit la scène alternative des musiciens créant à partir de jouets ou objets sonores détournés. Tout en peaufinant un répertoire solo, elle a créé avec sa mère, Pascale Aymès, le spectacle de conte musical Estelle et le Drac, le duo Ajaproun avec Katia Masselot ou le trio Diga M’en Diga, présenté aux Suds : « Diga Me’n Diga ça veut dire : Tu m’en diras tant » précise t’elle  « Au départ c’était un quatuor initié par Audrey Peinado, deux sont parties, une nouvelle est arrivée et notre spectacle s’appelle Malavalisc (interjection pour maudire quelqu’un) »…

(#2) :  Diga M’en Diga et MAQX 

(#3):  Butor Stellaris

Benjamin MiNiMuM

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