Rupture de médicaments: face aux urgences vitales, l'incohérence d'Edouard Philippe

Alerté sur les risques de ruptures de médicaments de réanimation, E. Philippe a estimé que les réquisitions pouvaient être contre-productives et que le mieux était de faire confiance au marché et dans l’existant. C’est incohérent : d’un côté, il souligne le caractère exceptionnel et mondial de la situation: de l’autre côté, il estime que le fonctionnement normal suffira. A quel prix?

Communiqué de presse - Samedi 28 mars

Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament 

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Une crise dans la crise s'annonce, gravissime si rien n'est fait : la diminution inquiétante des stocks de certains médicaments essentiels à la prise en charge et à la survie des personnes en réanimation ou pour soulager des douleurs importantes[1]. Alerté depuis plusieurs jours par des responsables hospitaliers, par un courrier et un communiqué de l’Observatoire, puis par des articles du Monde ou de Médiapart, le gouvernement était resté muet.

Il est enfin sorti de son silence lors d'un point presse ce samedi 28 mars. Malheureusement, Edouard Philippe et Olivier Véran se sont contentés dans leur intervention préalable de reprendre le constat de tensions sur certains médicaments et de dire que le gouvernement était au travail, sans annoncer de mesures concrètes, et en décrivant les tensions existant actuellement sur le marché du médicament. Pourtant, ces tensions et risques ont été documentés et anticipés par différents acteurs, dès février, et ils étaient prévisibles compte tenu de notre forte dépendance à la matière première importée de Chine et d'Inde. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle notre Observatoire se bat pour la transparence sur l'origine de la matière première, notamment à travers des amendements rejetés par le gouvernement à l'automne dernier.

Or, les nombreux dysfonctionnements documentés, par exemple sur le dépistage (sur lequel le ministre de la santé s’est livré à une véritable réécriture de l’histoire, prolongeant un mensonge déjà proféré mardi à l’Assemblée nationale), empêchent de s'en remettre à leur seule parole.

Il aura fallu que le journaliste présent pose avec insistance la question des mesures concrètes que le gouvernement compte prendre dans ce contexte, pour que les ministres sortent du simple constat. Edouard Philippe a minimisé le risque de ruptures de ces médicaments essentiels. Il s'est fait fataliste et a indiqué que le monde entier souhaitant les mêmes médicaments, ces ruptures pouvaient difficilement être empêchées - comme si le politique n'avait aucun pouvoir d'agir sur un marché tout puissant. Il a indiqué que la répartition du stock national suffirait dans un premier temps pour faire face aux tensions dans certains établissements. Il a affirmé vouloir attendre que les pénuries se posent pour évaluer d’autres mesures, notamment la réquisition, et, comme nous le demandions, que certaines lignes de productions de médicaments non-essentiels actuelles sur le territoire national puissent être réaffectées en urgence à la production de ces médicaments. 

Le Premier ministre a par ailleurs estimé que les réquisitions pouvaient être contre-productives et que le mieux était de faire confiance au marché dans l’existant. C’est incohérent : d’un côté, il souligne le caractère exceptionnel et mondial de la situation : de l’autre côté, il estime que le fonctionnement normal suffira et qu’il faudra attendre qu’il ait tort pour agir. Au prix de combien de souffrances et de combien de morts ? 

 [1] Parmi les médicaments en tension (liste non exhaustive) :  Azithromycin (en association avec ydrochloroquine dans le protocole de D. Raoult) ; AMOXICILLINE - ACIDE LAVULANIQUE (nom commercial : AUGMENTIN) ; les produits anesthésiants (CISATRACURIUM, DIPRIVAN, SUFENTANIL, MIDAZOLAM...). Ces produits anesthésiants sont vitaux, par exemple quand la douleur provoque des étouffements.

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