Les deux ans d’infoLibre, notre partenaire espagnol

Le journal en ligne espagnol infoLibre a fêté samedi 7 mars à Madrid son deuxième anniversaire avec des résultats encourageants et une journée portes ouvertes. Elle fut précédée, la veille, d’un débat public sur le thème : « Nouvelle politique et nouveaux médias ».

Le journal en ligne espagnol infoLibre a fêté samedi 7 mars à Madrid son deuxième anniversaire avec des résultats encourageants et une journée portes ouvertes. Elle fut précédée, la veille, d’un débat public sur le thème : « Nouvelle politique et nouveaux médias ».

Le lieu choisi pour ce débat rappelait combien le combat pour la liberté de la presse est une bataille toujours recommencée. Institution privée consacrée à la promotion du journalisme, la Fundación Diario Madrid, située dans le centre de la capitale, commémore le souvenir d’un quotidien madrilène disparu en 1971, sous le coup des interdits du franquisme alors même qu’il était issu du camp conservateur. C’est ce combat pour une presse libre et indépendante, surtout des puissances d’argent, que nos amis espagnols de infoLibre ont voulu illustrer pour les deux ans de leur aventure, notamment dans cette vidéo, inspirée de notre propre campagne sur le thème «A qui appartient votre journal ?» :

¿A quién pertenece tu periódico? © canalinfoLibre

Vendredi soir 6 mars, après la réunion de la Société des amis d’infoLibre qui compte 84 membres (dont le cinéaste Pedro Almodóvar), près de trois cents personnes ont assisté au débat animé par Jesús Maraña, son directeur éditorial, avec Daniel Fernández, président de la société Ediciones Prensa Libre. Les deux cofondateurs de notre partenaire espagnol avaient convié à cet échange, outre la sociologue des médias Belén Barreiro, des représentants des trois principales composantes de la gauche espagnole : Juan Fernando López Aguilar, eurodéputé du PSOE; Carolina Bescansa, l’une des principales animatrices de Podemos; et Luis García Montero, chroniqueur régulier d’infoLibre mais aussi engagé au sein de Izquierdia Unida.

Leurs interventions, qui se sont succédées plus qu’elles ne se sont répondues, montrent que la dynamique impulsée par Podemos depuis une année s’accompagne aussi de profondes fractures au sein de la gauche espagnole. En conclusion du débat, Jesús Maraña a d’ailleurs mis en garde le public comme les intervenants contre les dégâts du sectarisme, en lui opposant l’idéal de partage et de rencontre qui est au ressort d’infoLibre, carrefour des convergences.

Dans ma brève contribution introductive (à partir de 14 min 40 sec), je me suis contenté de souligner qu’à l’heure d’une révolution numérique grosse d’un nouvel âge démocratique, nous étions encore bien en peine, en France surtout, de faire vivre la nouvelle politique, délibérative et participative, qu’appelle le surgissement de nouveaux médias numériques (ou digitaux) qui bouleversent les relations des journalistes et de leur public. Voici la vidéo intégrale de ce débat :

Nueva política y nuevos medios © canalinfoLibre

Imaginé en 2012, lancé en 2013, infoLibre se réclame des mêmes valeurs professionnelles et des mêmes principes démocratiques que Mediapart (lire ici, et là encore l’annonce de notre partenariat). Mais, confronté aux ravages sociaux de la crise financière en Espagne, ses fondateurs ont choisi de commencer par un modèle mixte comparé au modèle économique puriste de Mediapart, qui n’a qu’une seule recette, les abonnements de ses lecteurs. Au départ, infoLibre a donc offert une partie gratuite plus importante, avec publicité, tout en faisant monter progressivement en puissance la partie payante, réservée aux seuls abonnés. Parallèlement, infoLibre s’est doublé d’un mensuel imprimé, tintaLibre, dont Javier Valenzuela a assuré le lancement.

Face à une riche concurrence sur le Net, symbolisée notamment par les pure-players eldiario.es et público.es dont les équipes ont parfois croisé le parcours professionnel de nos amis espagnols, infoLibre avance régulièrement, au point d’être en passe de gagner son pari, espérant atteindre le point d’équilibre d’ici la fin de l’année 2015. Les comptes exhaustifs publiés par Jesús Maraña (lire ici) montrent une perte de 348.774 euros pour un chiffre d’affaires de 702.411 euros en 2014. Il prévoit une perte en nette réduction en 2015, de 120.983 euros. Les recettes d’infoLibre en 2014 se décomptent en publicité (309.461 euros), abonnements (292.899 euros) et diffusion en kiosque de tintaLibre (100.051 euros).

infoLibre a terminé le mois de janvier 2015 avec 5.576 abonnés, dont 71% pour une périodicité annuelle. Quant à la diffusion payante du mensuel tintaLibre, elle dépasse les 6.000 exemplaires. Enfin, l’audience du site n’a cessé de croître, ayant doublé en une année pour atteindre aujourd’hui plus de 1,2 million de visiteurs uniques et près de 4,5 millions de pages vues. Patiemment mais sûrement, grâce à l’énergie d’une équipe totalement engagée dans cette aventure, notre partenaire trace sa route et fait entendre sa différence dans la crise de la démocratie espagnole.

Outre le partage d’expérience et la solidarité éditoriale, Mediapart a accepté d’accompagner financièrement infoLibre, avec une première contribution au capital de 100.000 euros à la création, suivie d’une nouvelle, pour 50.000 euros, prochainement. Cette alliance bénéficie aux abonnés de Mediapart qui ont accès dès la page d’accueil, sous un onglet dédié, à une édition espagnole, complétant celle en langue anglaise. Ils peuvent y retrouver des articles originaux d’infoLibre (voir par exemple cette longue interview de Pablo Iglesias, le leader de Podemos) ainsi que des articles de Mediapart traduits et repris par nos amis.

Pour celles et ceux d’entre vous qui sont hispanisants, je ne peux que vous recommander de soutenir infoLibre (c’est ici), ce journal digital libre et indépendant qui a fait, lui aussi, le choix de parier d’abord sur la fidélité de ses abonnés. Voici la vidéo où nos amis résument l’idéal qui les anime :

Nuestros principios © canalinfoLibre

› Toutes les vidéos de infoLibre (le journal en ligne est ici) sont disponibles sur le canalinfoLibre sur YouTube.

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