Merci!

Au nom de toute l'équipe de Mediapart, je voulais vous dire simplement merci. A vous tous, lecteurs fidèles et nouveaux abonnés, qui nous soutenez parce que vous avez compris l'enjeu de cette folle histoire.

Au nom de toute l'équipe de Mediapart, je voulais vous dire simplement merci. A vous tous, lecteurs fidèles et nouveaux abonnés, qui nous soutenez parce que vous avez compris l'enjeu de cette folle histoire.

 

A vrai dire, Mediapart n'en revient pas. Comment cacher notre émotion devant les soutiens qui affluent, les abonnements qui augmentent, les messages amicaux, les commentaires chaleureux, bref, devant cette immense vague solidaire et fraternelle qui est, évidemment, la meilleure réponse aux attaques venues de l'Elysée. Citoyens d'horizons divers et de sensibilités variées, convertis récents à la lecture sur Internet aussi bien qu'habitués assidus des réseaux sociaux, confrères de la presse en ligne tout comme journalistes des médias classiques : vous témoignez tous que ce qui se joue ici est essentiel pour notre vie démocratique. Aussi ne pouvions-nous terminer cette folle semaine sans vous exprimer, du fond du cœur, nos plus vifs remerciements. Votre solidarité nous encourage et nous oblige.

Nous sommes une petite équipe d'une trentaine de personnes, dont vingt-cinq journalistes, toutes rassemblées autour d'une même passion : celle de l'information. Une équipe variée et pluraliste, aux parcours différents et de générations diverses, qui s'est lancée en 2008 dans cette aventure avec pour seule ambition de prouver la valeur d'un journalisme indépendant et audacieux. De montrer qu'en le pratiquant sans entraves politiques ou économiques, nous pourrions retrouver la confiance du public et prouver ainsi que la crise de notre métier n'est pas sans issue. D'affirmer enfin que la révolution numérique n'était pas une fatalité mais une opportunité, permettant d'illustrer et de renforcer un journalisme de qualité, accompagné d'une participation active de lecteurs contributeurs. Autant d'ambitions que nous avons résumées dans notre Manifeste, paru en 2009.

C'est donc ce que nous essayons de faire : notre travail, tout simplement. Dans le respect de ses idéaux et de ses principes, de ses règles et de ses déontologies. Un travail dont l'enjeu, s'agissant de l'information politique et générale, est évidemment la démocratie, ses débats et ses conflits, ses espérances et ses inquiétudes. Ce que l'on appelle, par commodité tant cette histoire a mille dimensions, « l'affaire Bettencourt » est, de ce point de vue, un véritable événement démocratique. Un événement rassembleur car révélateur. Spontanément, dès la révélation des enregistrements, chacun d'entre nous a compris ce que dévoile cette rencontre au sommet de l'argent et du pouvoir, d'une grande fortune et d'une présidence politique : soudain, une inégalité profonde – devant la loi, devant l'impôt, devant la justice, devant la vie matérielle, etc. –, une inégalité acceptée, tolérée et favorisée, une inégalité qui semble la vérité d'un monde qui n'aurait plus que l'argent, son accumulation et sa puissance, comme valeur.

Tel est le scandale que l'on voudrait faire taire. Pas seulement faire oublier telle ou telle révélation précise mais, plus profondément, tenter de discréditer un récit dont le seul énoncé met à nu les mondes du pouvoir et de l'argent, du pouvoir absolu et de l'argent sans fin. Au-delà de la protection du président lui-même, ce fut l'enjeu des grandes manœuvres et manipulations de la semaine passée. En ayant recours, par l'enquête préliminaire à discrétion d'un procureur dévoué, à des méthodes ne respectant pas les droits de la défense, on s'est donc efforcé de déstabiliser l'ancienne comptable des Bettencourt dont nous avions recueilli le témoignage. Il suffit de réentendre les déclarations de son avocat, le matin même de nos révélations du 6 juillet tout comme au lendemain de sa énième audition policière, le 9 juillet, pour savoir que, libre et, cette fois, à l'abri des pressions, elle maintient l'intégralité de son témoignage à Mediapart.

En nous rejoignant massivement, non seulement vous attestez du sérieux et de la crédibilité de notre travail, mais vous réduisez à néant le pauvre argumentaire qui a vainement tenté de le discréditer. Non, Mediapart n'est pas une officine fasciste et la moustache n'y est pas obligatoire! Et c'est avoir une bien piètre estime non seulement du journalisme mais, plus essentiellement, de l'humanité que de réduire un travail collectif, exercice de la liberté et de la responsabilité de chacun, à l'itinéraire d'un seul d'entre nous. Avec six fondateurs à l'origine, dont quatre journalistes, Mediapart a reçu, dès le départ, le soutien financier de citoyens de tous horizons dans son combat pour une presse libre. Loin d'être les otages d'un seul camp ou les relais d'un seul parti, Mediapart a su réunir, dans sa brève mais déjà riche histoire, autour d'initiatives ou de révélations, des personnalités fort différentes, aussi bien gaullistes que socialistes, écologistes que communistes, centristes que radicales.

Ce fut le cas avec Reporters sans frontières, dans notre critique des Etats généraux de la presse, organisés sous le contrôle de la présidence, notamment lors d'une soirée organisée au Théâtre du Rond Point à Paris. Il en fut de même autour de nos informations, anticipatrices de la crise financière et de ses dégâts, sur le dossier des Caisses d'Epargne qui nous valurent des soutiens de tous bords. Tout comme autour de notre enquête au long cours sur l'attentat de Karachi, cette « affaire interdite », dont l'enjeu dépasse évidemment les clivages partisans. Et quand fin 2009, conscient que la réalité vécue par nos concitoyens était à mille lieues des élucubrations idéologiques du supposé débat sur l'identité nationale, Mediapart s'y oppose et lance son appel Nous ne débattrons pas, la grande diversité des signataires suffit à démentir ceux qui voudraient nous caricaturer en journal partisan et minoritaire.

Nous ne sommes partisans que de la démocratie, radicalement partisans de sa vitalité la plus forte, de son extension la plus entière, de sa défense la plus intransigeante. Qu'en France, cette conviction démocratique, celle-là même qui légitime le métier de journaliste, entre souvent en conflit avec les excès du présidentialisme, ses déséquilibres et abus de pouvoir, ses privatisations et détournements du bien public, c'est l'évidence. Et que ce défi, qui fut toujours celui du journalisme français sous la Cinquième République, soit aujourd'hui plus éprouvant face à une « hyperprésidence » qui a augmenté tous les travers et dangers, excès et périls de ce pouvoir personnel, ce « coup d'Etat permanent » fort bien diagnostiqué par François Mitterrand avant qu'hélas, il s'en accommode lui-même, c'est une évidence complémentaire. Une évidence que nous avons précisément et rigoureusement illustrée par ce travail collectif d'enquête, de reportage et d'analyse dont a témoigné notre livre, N'oubliez pas! Faits et gestes de la présidence Sarkozy.

Face au pouvoir et face à l'argent, il n'y a que la liberté. C'est notre seule richesse, une richesse sans prix, et c'est bien pourquoi, depuis les Lumières, toute la pensée démocratique s'est efforcée d'imposer la liberté au pouvoir et de distancier le pouvoir de l'argent. La presse, son indépendance économique et son intransigeance professionnelle, est ici un enjeu essentiel. Car ce qu'elle produit et vend n'est pas une marchandise comme les autres : c'est une matière, l'information, consubstantielle de la démocratie, de son espace public et de ses affrontements légitimes.

Tel est l'idéal qui, ici, lecteurs et journalistes, nous réunit. Tel est l'idéal qu'en nous rejoignant encore plus massivement, jusqu'à assurer définitivement à Mediapart sa viabilité financière et, donc, son indépendance durable, vous ferez vivre, faisant mentir ainsi tous ceux à qui la liberté, forcément indocile, souvent frondeuse, parfois irrévérencieuse, fait peur.

Pour tout cela, ce que vous avez déjà fait hier, ce que vous ferez encore demain, merci mille fois, au nom de toute l'équipe de Mediapart.

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