Pour l’éducation nouvelle (comme un retour aux sources)

La première Biennale internationale de l’éducation nouvelle (BIEN) s’est tenue à Poitiers du 2 au 5 novembre. Mediapart en était partenaire et j’ai eu l’honneur d’y donner la conférence d’ouverture, en défense des pédagogies innovantes contre les adversaires d’une école de tous et pour tous.

Initiée par les Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, cette première Biennale internationale de l’éducation nouvelle (BIEN) a réuni tous les mouvements d’éducation populaire ayant défendu des méthodes pédagogiques actives pour que l’école pour tous soit réellement l’école de tous, sans distinction de classe, de milieu, d’origine, etc. Aux Ceméa se sont donc associés le GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle), l’ICEM-Pédagogie Freinet (Institut coopératif de l’école moderne), le CRAP-Cahiers pédagogiques, la FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants) et la FI-CEMEA (autrement dit la Fédération internationale des Ceméa). Le compte-rendu, avec documents et vidéos, de ces quatre riches journées est disponible ici.

Il y a un an, le directeur général des Ceméa, Jean-Luc Cazaillon, m’a demandé d’y prononcer la conférence d’ouverture. Cette proposition prolongeait un partenariat complice entre Mediapart et les Ceméa dont témoigne un blog dans notre Club ainsi qu’une précédente intervention, en ouverture de leur congrès en 2016. Mais elle faisait aussi écho à mes premières passions journalistiques puisque j’ai commencé comme rubricard éducation, ce que je fus successivement à Rouge (1976-1978), au Matin de Paris (1979-1980), puis au Monde (de 1980 à 1982, avant de passer à la rubrique Police). J’en ai tiré un livre, qui tient plus de la thèse universitaire que du document d’actualité, La République inachevée sous-titré L’État et l’École en France, paru en 1985 chez Payot, réédité en 1997 chez Stock, puis en 1999 en poche chez Biblio Essais.

Pour cette première BIEN, j’ai choisi de faire l’éloge du « pédagogisme », intitulé en forme de réponse ironique aux détracteurs de la pédagogie qui la caricaturent ainsi au nom d’un « élitisme » qui recouvre leur lutte contre « l’égalitarisme ». Tous ces « isme » masquent, de mon point de vue, une offensive conservatrice contre l’école de tous et pour tous, le propre des mouvements d’éducation nouvelle étant, à l’inverse, de s’inscrire dans une perspective émancipatrice. Ces conservateurs ont le vent en poupe avec le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui n’en a pas moins accepté de parrainer, beau joueur, cette première Biennale. Deux interviews furent emblématiques de ce positionnement, l’un à Causeur, l’autre à Valeurs actuelles, démontrant par leur contenu que ce conservatisme scolaire en accompagne d’autres, sur les questions sociales et identitaires, d’inégalités et de discriminations.

Voici donc la vidéo de ma conférence : 

En introduction de mon propos, j’ai aussi expliqué que ce retour aux sources professionnelles n’était pas sans lien avec d’autres héritages, familiaux ceux-ci.

En décembre 2016, au Morne Rouge, en Martinique En décembre 2016, au Morne Rouge, en Martinique
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer sur ce blog (notamment ici, en 2013 et aussi là en 2009), le « non » anticolonialiste de mon père fut fondateur dans mon itinéraire personnel, lequel refus de principe eut pour cadre l’éducation nationale dont il était le représentant, vice-recteur de 1955 à 1960, dans le département de la Martinique. 

C’est pour moi l’occasion de rendre hommage, ici, à l’équipe enseignante et aux élèves de l’École Alain-Plénel de la Martinique, inaugurée il y a tout juste une année à Fond Marie-Reine, un quartier de la commune du Morne Rouge, sur les pentes de la Montagne Pelée (voir ici le reportage de Martinique 1ère et là l'article de France Antilles).

Pour comprendre la raison de cette dénomination, il suffit de lire le dossier pédagogique élaboré en commun, selon les méthodes pédagogiques de l’éducation nouvelle, par les enseignants et les élèves, dossier qui servit de trame à une inauguration aussi joyeuse qu’émouvante, agrémentée de danses et ponctuée de chants en créole conçus pour l’occasion (voir ici en pdf le dossier de la dénomination de l'Ecole Alain-Plénel).

Voici la vidéo de mon discours de remerciements, notamment à l’adresse de la municipalité du Morne Rouge : 

Pour terminer ce retour aux sources sur une longue durée, dont l’évocation est apaisante en ces temps d’éphémère cabale médiatique, je voulais aussi partager cette découverte d’un abonné de Mediapart. Curieux de la presse, et plus particulièrement des publications destinées à la jeunesse, il m’a fait découvrir mon premier article publié. C’était un dessin. J’avais six ans et demi, comme aiment préciser les enfants. Et le journal s’appelait Pipolin.

Les élèves de l'Ecole Alain-Plénel en 2016, le jour de la dénomination Les élèves de l'Ecole Alain-Plénel en 2016, le jour de la dénomination

Le thème du concours que j’avais remporté, me valant l’honneur de cette publication, était la famille. Famille dont la représentation par le petit Martiniquais que j’étais alors démontre que la « ligne de couleur », comme disent les anglo-saxons pour désigner le préjugé raciste générateur de discrimination, n’a rien de naturelle chez l’enfant et qu’elle est socialement construite. Tout blanc que je suis, je voyais alors ma famille comme l’immense majorité de celles qui m’entouraient : noire.

Paru dans Pipolin, début 1959. Paru dans Pipolin, début 1959.

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