Ce soir, 19h30, «Bettencourt Boulevard» en direct sur Mediapart

Mercredi 2 décembre à 19h30, Mediapart vous invite au théâtre : Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, la pièce de Michel Vinaver mise en scène par Christian Schiaretti, sera retransmise en direct et en accès libre. C’est notre cadeau pour le huitième anniversaire de l’annonce de la création de Mediapart, le 2 décembre 2007.

Mercredi 2 décembre à 19 h 30, Mediapart vous invite au théâtre : Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, la pièce de Michel Vinaver mise en scène par Christian Schiaretti, sera retransmise en direct et en accès libre. C’est notre cadeau pour le huitième anniversaire de l’annonce de la création de Mediapart, le 2 décembre 2007.

Nous avions choisi cette date du 2 décembre, repère dans notre histoire nationale du coup d’Etat bonapartiste de 1851, comme symbole démocratique d’un triple « non », toujours actuel en nos temps troublés : refus des confiscations autoritaires de la République, du pouvoir personnel qui dépossède le peuple souverain, des oligarchies qui s’y épanouissent, y sont à leur affaire et y font leurs affaires. La pièce de Michel Vinaver étant un tableau de l’oligarchie française contemporaine, avec ses barons de la finance, de l’industrie et de la politique, on ne pouvait rêver rencontre plus adéquate pour fêter cette date anniversaire. 

Fondé à Paris en 1920, le TNP est installé à Villeurbanne depuis 1972. Fondé à Paris en 1920, le TNP est installé à Villeurbanne depuis 1972.
En partenariat avec le Théâtre national populaire (TNP) et avec l’accord de toute la troupe – que nous remercions vivement –, Mediapart va donc diffuser mercredi soir en direct Bettencourt Boulevard, avec la complicité de notre habituel partenaire, Pierre Cattan (qui réalisera la retransmission) et ses équipes de Small Bang. D’une durée de 1h45, la pièce démarre à 20 heures mais nous prendrons l’antenne dès 19h30 pour un entretien avec l’auteur, Michel Vinaver, et le metteur en scène, Christian Schiaretti. Attention : il n’y aura pas de rediffusion, donc c’est un événement d’autant plus exceptionnel qu’il sera unique.

La pièce sera jouée jusqu’au 19 décembre au TNP, puis du 20 janvier au 14 février à La Colline à Paris et, enfin, du 8 au 11 mars à la Comédie de Reims.

Assistant aux répétitions (lire ici), puis à la première (lire là), Antoine Perraud en a rendu compte, donnant aussi la parole au premier metteur en scène (lire l’interview de Christian Schiaretti) d’une pièce que nous avions saluée lors de sa publication chez L’Arche, il y a un an (lire Michel Vinaver transcende l’affaire Bettencourt). Je n’ajouterai rien, partageant son enthousiasme pour l’interprétation offerte avec cette création au TNP, toute en finesse et légèreté, associant humour et gravité, tragique et comique, sans rien de cette « mise en trop » qu’a toujours redoutée Michel Vinaver pour son théâtre, lequel entend « réfléchir l’événement plutôt qu’y réfléchir ».

La pièce est parue chez L'Arche en 2014. La pièce est parue chez L'Arche en 2014.
Quant à l’œuvre du dramaturge, j’ai déjà dit, ici même (lire ce billet de blog de mars 2008, au tout début de Mediapart) mais aussi au détour de Dire non (essai paru en 2014, lire là), combien elle m’importait, tant l’ami Vinaver me semble notre historien capital. De fait, cette ultime pièce d’un (toujours jeune) auteur qui aura 89 ans en janvier 2016 (sa biographie ici), bien qu’inspirée du matériau immédiat de l’affaire Bettencourt qui occupa grandement Mediapart en 2010, plonge dans un passé lointain, mais toujours proche. D’où son titre complet : Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, comme si cette œuvre dernière était une synthèse de la dramaturgie de l’auteur, revisitant toutes les préoccupations de son théâtre.

Historien, Vinaver l’est en ce sens qu’il nous oblige à regarder en face, sur la longue durée, la tragédie française, notre tragédie. Non pas pour s’y complaire dans une posture pathétique ou désespérée, mais comme l’on donnerait un grand coup de pied au malheur. Son impératif a toujours été d’échapper à « l’esprit de lourdeur », formule de Nietzsche reprise par Camus dans un article de 1945 dont la lecture provoqua la rencontre du futur prix Nobel (et alors journaliste à Combat) et du jeune Vinaver (retrouver ici leur correspondance, éditée chez L’Arche par Simon Chemama). Albert Camus y évoquait – déjà ! – notre hexagone « empoisonné de malheur et [qui] semble s’y complaire ». « N’y prêtons pas la main, ajoutait-il. Il est vain de pleurer sur l’esprit. Il suffit de travailler pour lui. » Sage conseil, plus que jamais pertinent, auquel fait écho cette recommandation nietzschéenne : « J’appelle malheureux tous ceux qui n’ont à choisir qu’entre deux choses : devenir des bêtes féroces ou de féroces dompteurs de bêtes ; auprès d’eux je ne voudrais pas dresser ma tente. »

Nul besoin de développements pour ressentir combien cette démarche fait écho à notre actualité, comme une pharmacopée bienfaitrice panserait nos blessures, cette chape de plomb de violence et d’urgence : l’affronter sans y succomber, s’en libérer sans l’oublier, lui résister sans s’y laisser prendre. Echapper à l’esprit de lourdeur, ce style Vinaver est aussi une ligne de vie : une façon de défier le malheur, de refuser son aveuglement ou sa passion, en lui opposant la candeur du récit et la fraîcheur de l’empathie. Homère contemporain, l’Histoire est son matériau, mais à hauteur d’humanité concrète, avec des Dieux qui côtoient les Hommes, s’y mêlent et s’en jouent. Une histoire qui, ainsi, échappe à l’enfermement du présent, notre présent monstre, omniprésent, sans issue ni espoir, tant il refuse le passé et ferme l’avenir.

« Après tout, notre actualité, c’est aussi la mémoire qui nous reste du passé de l’humanité, de nos origines » : cette citation de Vinaver a été logiquement retenue pour le livret remis au spectateur à l’entrée de la salle du TNP. L’autre citation, en couverture du même livret, est la dernière réplique de Bettencourt Boulevard ou une histoire de France : « Qu’est-ce que le théâtre vient faire dans cette histoire ? » Façon de laisser le spectateur en décider, avec ce souhait, toujours ancré chez Vinaver, que son théâtre fasse bouger les idées du public, dérange son confort et bouscule ses préjugés. Mais la question, posée par le récitant de la pièce, est aussi une sorte de clin d’œil au hasard amical d’où est née la pièce elle-même. 

C’était au creux de l’été 2013, après la censure judiciaire de nos articles sur l’affaire Bettencourt au prétexte de la vie privée (décision que nous contestons désormais devant la Cour européenne des droits de l’homme et dont l’avenir se joue également avec le jugement qui sera rendu le 12 janvier à Bordeaux – lire ici l’article de Michel Deléan). Nous déjeunions près de Mediapart, comme ça nous arrive parfois, Michel Vinaver étant un ami et un soutien de notre journal depuis sa naissance. Revenant sur cette censure sans précédent, je me suis pris à rêver à haute voix qu’il lui fasse un pied de nez en prouvant, par son invention, combien le sujet, ses protagonistes comme ses enjeux, était d’intérêt général – public, et non pas privé. « Je n’ai plus de jus », m’a répondu Michel Vinaver qui, à l’époque, pensait son œuvre définitivement achevée. « Je n’en crois pas un mot ! », lui ai-je répondu avec un peu de vivacité, en ajoutant quelques arguments tentateurs que l’on retrouve dans l’intitulé de la pièce, son « Boulevard » et son « Histoire de France »…

Soyez à notre rendez-vous du mercredi 2 décembre, à 19 h 30, et vous constaterez par vous même combien j’avais raison. Combien cette pièce, jeune et réjouissante, redonne du cœur à l’ouvrage. Merci Michel Vinaver et Christian Schiaretti pour ce beau cadeau d’anniversaire.

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