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Billet de blog 2 mai 2022

Plus que la somme de ses parti(e)s ? Notes sur la dynamique NUPES

La dynamique actuelle semble donner raison aux partisans de l'union. Il revient maintenant à ces derniers de nous prouver son bien-fondé en faisant de la NUPES davantage que « la somme de ses parti(e)s ». Une rupture collective claire avec le quinquennat Hollande ainsi qu'un exercice démocratique de préfiguration de la VIe République fondé sur le tirage au sort, pourraient y contribuer.

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Commençons par quelques mots d'autosatisfaction : je suis content de voir que je ne suis pas le seul à m'être pris à rêver à grande échelle le soir du premier tour. La tournure prise par les évènements indique que la position défendue dans le dernier billet de ce blog était, me semble-t-il, la bonne -à tout le moins du point de vue prédictif, reste encore à voir comment tout cela se déroulera. Le PS et le PCF, à l'heure où j'écris ces lignes, ne se sont pas encore prononcés définitivement sur la NUPES. Et même si c'est le cas, au-delà du symbole, tout restera à faire.

Se pose en effet aujourd'hui la question des campagnes pour les législatives, et des pratiques communes qui devront, bon an mal an, émerger, si l'objectif de la nouvelle NUPES est de gouverner. Il faut maintenant prouver que cette union, pour reprendre une vieille formule de la sociologie durkheimienne, est plus que la somme de ses parti(e)s, si l'on souhaite éviter le fameux "effet-tambouille" tant décrié par JLM et les siens, à mon avis à raison. Cette critique renvoie au processus de cartellisation électoral des partis, au fondement de la crise de représentation que ces derniers ont connu ces dernières années. Pour éviter cette dynamique délétère au mouvement des idées et à l'émergence de nouvelles pratiques, en reprenant le fil de réflexion tissé dans ce blog, je dresse ici deux propositions, 

- d'une part, j'avais mis en avant l'idée que l'affirmation de LFI comme acteur dominant à gauche devrait être envisagée pragmatiquement par les acteurs politiques à gauche ayant en vue la rupture avec les visions politiques du passé. Si le second tour n'a pas eu lieu pour l'UP, son score électoral important et la proposition d'un troisième tour aux législatives ont accompli peu ou prou le même effet que j'avais envisagé en cas de passage au premier tour. Les acteurs ayant intérêt à l'unité chez EELV, et peut-être bientôt, au PS et au PCF, ont réussi à imposer à leurs directions un alliage électoral.

Reste à voir, cependant si ces attelages réussissent à perdurer au-delà de l'élection, afin de permettre la création d'un gouvernement ayant pour mission l'application du programme NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale). La place des futurs frondeur.ses internes des partis reste à trancher. Que feront les socio-démocrates, socio-libéraux et autres sympathisants du Printemps Républicains internes une fois les accords passés ? Les possibilités sont les suivantes : ou bien un ralliement à gauche chez Macron -pour certains déjà entamé-, qui permettrait à l'aile dite "gauche" de la Macronie de prendre du poids ; ou bien la création d'un pôle tiers, à l'intermédiaire entre la NUPES et la Macronie ; ou bien l'enracinement chez soi, afin de provoquer la zizanie.

L'un dans l'autre, il apparaît fondamental et important que le travail de clarification soit fait dès maintenant. S'il peut apparaître plutôt plaisant à certains chez l'UP de rejouer en positions inversées les votes des motions de congrès du PS, rien ne serait plus délétère que de réinstaurer des vieux registres de dialogues surannés -on voit déjà venir les "politiques de l'offre", les "règles budgétaires" et autres billevesées- avec les éléphants du PS et les cadres libéraux d'EELV. Si vous ne voulez pas voir votre base se déliter sous vos pieds -puisqu'il faut rappeler que l'effort de rupture vis-à-vis du PS et d'EELV est fondatrice pour celles et ceux qui, comme nous, en ont soupé du néo-libéralisme dominant-, il faudra agir.

L'enjeu me paraît important : au-delà des accords de papier, la cohérence idéologique de notre attelage est déjà attaqué et un effort sera demandé de la part de vos électeurs.rices. Il apparaîtra donc nécessaire aux représentants EELV et PS faire le travail public d'inventaire des participations aux gouvernements passés. La question qui vous est posée est la suivante : comptez-vous réellement assumer la dimension historique de l'accord que vous avez ou que vous vous apprêtez à passer ?

- d'autre part, j'ai critiqué la prétention des organisateurs de la Primaire Populaire à représenter les électeurs de gauche en rappelant le classisme sous-jacent de leur démarche. Cette critique avait pour portée plus générale d'interroger les modalités intermédiaires démocratiques -à l'instar des primaires- qui se caractérisent par un fort degré de technicité attrayant pour les CSP+ de gauche, mais qui exclue de fait une partie de nos concitoyens.

Cette critique cependant ne doit pas être comprise comme une remise en cause totale des procédés nouveaux aux travers desquels on entend "faire démocratie". Je dois avouer que l'empressement du gouvernement Macron à remettre en cause les résultats obtenus par la Convention Citoyenne pour le Climat -qui demeure un casus belli fondamental pour les électeurs EELV aujourd'hui- m'a convaincu du bien-fondé de ce type d'initiative. Pourrait-on imaginer, pour le Parlement de la nouvelle NUPES, ce type de dispositif de tirage au sort parmi les sympathisants non-élus et non-professionnels de la politique, afin que ces derniers soient représentés dans des Commissions chargées d'un des éléments programmatiques de la NUPES ? (VIe Republique, Planification Ecologique, Economie des Besoins, etc.) Voilà qui permettrait de donner un élan à la dynamique unitaire -au-delà de l'union "en soi"- qui manque un peu aujourd'hui. En cas de non-majorité à l'AN, ces Commissions pourraient servir de base à la création d'une sorte de "shadow governement" à l'anglaise, ayant pour fonction de mettre au point un plan de gouvernement alternatif permettant la critique des dispositions réellement prises par la majorité adverse.

L'un dans l'autre, il apparaît aujourd'hui vital que l'élan pour les législatives se traduise en une formule autre que la seule proposition de faire de Jean-Luc Mélenchon le Premier Ministre. Si celle-ci a pu avoir sa cohérence afin de reprendre l'initiative dans l'agenda médiatique, il faut désormais que des nouvelles têtes, des nouveaux groupes, des nouvelles propositions émergent dans la dynamique, au risque de voir la NUPES se désagréger en bouillie électoraliste. Le risque est là en effet de voir les uns et les autres se raidir et perdre en initiative, de peur de voir la si fragile coalition se déliter aussi vite qu'elle est apparue. Donnons à voir dès maintenant ce qu'un travail de constituante en faveur d'une VIe république pourrait faire émerger.

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