IntranQu’îllités: constat d’espérer

La revue IntranQu'îllités vient de faire paraître son quatrième numéro : cent textes pour dire le monde tel qu’il va à tâtons, tel qu’il résonne et soupire, intranquille ; cent textes pour l'espérer, et « croire à la fontaine ».

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 « nous inventons le chant

pour croire à la fontaine »

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

Le quatrième numéro de la revue IntranQu’îllités arbore en couverture, sur un fond argent dans lequel s’enfoncent les noms qu’il faut donc aller chercher d’un œil plissé, nombre de promesses surprenantes.

Promesses qui, non contentes d’être tenues, se révéleront plus surprenantes en se réalisant sur la page et activeront elles-mêmes de nouvelles promesses.

Promesses en forme de noms, connus ou moins connus, qui soutiennent ou qui espèrent : qui aident à guérir « du sentiment tragique d’être des déshérités complets »[1].

Fondée par James Noël et Pascale Monnin en Haïti au lendemain du séisme de 2010, IntranQu’îllités tient la barre depuis, portée par ces nombreux auteurs dont la variété impressionne.

On y trouve, répartis en sept rubriques[2] :

des poèmes (par exemple et sans exhaustivité ni préférence, Bruno Doucey, Lou Garion, François Xavier-Maigre, Jean-Pierre Siméon, Serge Pey, Michel Thion, Paul Wamo…),

des manifestes (Mbougar Sarr, Sara Bourre…),

des lettres ou des adresses – aux femmes, à un chien, à des enfants, à un regard, aux vieux ou aux édentés (Adeline Baldacchino, Ananda Devi, Evains Wêche, Jacques Stephen Alexis, les Femen, Rodney Saint-Eloi, Nancy Huston, René Depestre, Michel Onfray…),

des manuels pour survivre ou parcourir le monde,

des remèdes et des potions,

des inédits souvent, des extraits de livres publiés parfois (Alain Mabanckou, Karim Miské, Aimé Césaire, Christiane Taubira…),

et même un entretien inédit, « d’outre-tombe », avec Jose Luis Borges…

En tout, une centaine de textes pour dire le monde tel qu’il va à tâtons, tel qu’il résonne et soupire, intranquille, pour s’en faire la « boîte noire » et l’écho réfracté aux vingt coins du monde. Une centaine de perles, serties dans l’écrin d’une abondante iconographie.

De ce très bel objet, la pureté frôlerait presque l’excès : nulle trace biographique, nulle mise en contexte, seulement des noms et des œuvres. On est un peu perdu, un peu frustré mais oui, sans doute, c’est là l’idée : défaire justement l’influence de ce contexte, livrer le texte à l’état brut et nous inviter à faire l’effort de se renseigner en croisant tel(le) inconnu(e) dont les mots nous auront fait vibrer particulièrement fort ou particulièrement loin dedans.

 

IntranQu’îllités #4, « Manifeste pour un nouveau monde »

Boîte noire des imaginaires

Éditions Passagers des Vents

Diffusion Éditions Zulma: http://www.zulma.fr/livre-intranqu-illites-n-4-572136.html

Voir ici dans l'édition Revues & Cie les articles consacrés aux précédents numéros de la revue par Patrice Beray, Anne Guérin-Castell et Jean-Claude Leroy ; ici la série sur les écrivains d’Haïti. Et ici le billet de James Noël sur le numéro 4.

 


[1] James Noël, « Pour un nouveau monde », éditorial, p. 017.

[2] « Manifeste pour un nouveau monde », « Le monde des lettres », « Pile ou face », « De la poésie avant toute chose », « Tous les vents du monde », « Déclic » et « Galerie des portraits ».

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