Carnets du festival (2/3): Table ronde au féminin

Trois jours, trois billets. Pour continuer, un compte-rendu de rencontre. Dans le cadre des Ateliers de la pensée, au festival d’Avignon, le comité de rédaction de la revue "Alternatives théâtrales" présentait son dernier numéro, consacré aux écritures féminines. Trois artistes invitées du "in" étaient présentes.

Six femmes, deux hommes : la table ronde organisée par Alternatives théâtrales le 11 juillet dans le cadre des Ateliers de la pensée, au festival d’Avignon, faisait la part belle à la parité. Ce lundi, Sylvie Martin-Lahmani, codirectrice de publication ; Laurence Van Goethem, directrice administrative (manquait Antoine Laubin, codirecteur, pris par le spectacle qu’il présentait dans le cadre du festival) ; Selma Alaoui, Christophe Triau et Benoît Hennaut, membres du comité, animaient cette rencontre autour du dernier numéro de la revue, consacré aux écritures féminines.

Table ronde Alternatives théâtrales, Avignon, 11.07.16 © Sabine Dacalor Table ronde Alternatives théâtrales, Avignon, 11.07.16 © Sabine Dacalor

Partant de constats chiffrés[1] concernant le manque de représentativité des femmes dans la création et surtout aux postes clés de l’institution théâtrale, Alternatives théâtrales propose dans ce numéro de prendre le large et d’interroger la création contemporaine afin de déterminer si, oui ou non, elle peut être abordée sous l’angle du genre – et ce, au-delà de l’aspect politique ou militant.

Les trois jeunes autrices et metteuses en scène[2] invitées à cette table ronde (artistes présentes dans la programmation du in cette année) ont, dans l’ensemble, plutôt tenu pour une volonté de sortir de ces questions et de se concentrer sur les seuls enjeux de leur création.

Néanmoins, Anne-Cécile Vandalem (qui présentait Tristesses au gymnase du lycée Aubanel) a évoqué la manière dont elle avait fini par se dire féministe, après avoir participé au Marathon des autrices. À cette occasion, elle avait écrit à une trentaine d’hommes appartenant au champ intellectuel et culturel pour leur demander comment, à leur avis, les femmes artistes pouvaient susciter leur intérêt.

Maëlle Poésy (voir l’article de Jean-Pierre Thibaudat sur son spectacle Ceux qui errent ne se trompent pas) a quant à elle souligné avec justesse combien se poser la question des quotas est encore une manière de remettre en question la légitimité du travail des femmes.

Enfin, l’Autrichienne Cornelia Rainer a donné un aperçu des difficultés concrètes que pose le fait d’être une femme dans l’institution théâtrale déjà très corsetée de son pays, mais a reconnu que la problématique du genre n’habitait pas particulièrement son travail (elle présente au festival Lenz, d’après Georg Büchner, Jakob Michael Lenz et Johann Friedrich Oberlin).

Chacune pourrait ainsi reprendre à son compte la phrase d’Hannah Arendt en remplaçant « professeur » par « artiste » : « Cela ne me perturbe en rien d’être une femme professeur, parce que j’ai plutôt l’habitude d’être une femme. »

Dans ce numéro d’Alternatives théâtrales, on trouvera notamment – sous l’égide de Virginia Woolf et de sa « chambre »[3] à soi – outre un dossier sur Anne-Cécile Vandalem, un compte-rendu de la rencontre du 8 mars au centre Wallonie-Bruxelles, un entretien avec la philosophe Vinciane Despret, un article de Laurence Van Goethem sur trois artistes mystiques italiennes, une contribution de votre servante sur le dernier spectacle de Chloé Dabert, Nadia C., un article sur le spectacle de Maëlle Poésy par Fabienne Darge, un entretien avec l’autrice et metteuse en scène Myrian Saduis par Sabine Dacalor du centre Wallonie-Bruxelles ou encore une réflexion de Souria Sahli-Grandi sur la création féminine en Algérie.

Pour finir sur une note technique, ceci : en page 33 du numéro, Antoine Laubin (faisant son autocritique en la matière) nous rappelle les termes du test de Bechdel-Wallace qui consiste à « vérifier la présence féminine au sein d’une œuvre » ; le test en question « est réussi si les trois affirmations suivantes sont vraies : “deux femmes sont identifiables dans l’œuvre ; ces deux femmes parlent ensemble ; elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin” ». Un test qu’il serait sûrement profitable d’appliquer à la programmation du festival d’Avignon, in mais aussi – si ce n’était pas si titanesque – off

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« Scènes de femmes – Écrire et créer au féminin », Alternatives théâtrales n° 129, Bruxelles, juillet 2016.

80 pages, 15 €

 


[1] Voir le document « Où sont les femmes ? » édité par la SACD, le Laboratoire de l’égalité, le Mouvement H/F et le réseau Le Deuxième Regard (http://www.ousontlesfemmes.org/).

[2] La question sémantique de la féminisation des termes désignant des fonctions ayant fait l’objet d’une réflexion au sein de la revue, dont témoigne l’article de Lucien Jedwab, « Les mots pour la dire » (p. 19).

[3] Traduction contestée pour son caractère féminin du mot « room », on lui a récemment préféré les mots « pièce » (Élise Argaud et Jean-Yves Cotté) ou « lieu » (Marie Darrieussecq).

Premier volet de ces carnets d'Avignon ici.

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