Enzo Lolo
Abonné·e de Mediapart

60 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 févr. 2021

Enzo Lolo
Abonné·e de Mediapart

Covid-19 - Faut-il avoir plus peur des traitements précoces que des vaccins ? (Suite)

Depuis de longs mois, l'accès des patients à des traitements précoces contre le Covid-19 est déconseillé par les autorités, en faisant valoir les risques d'effets secondaires. La base de pharmacovigilance de l'OMS montre que les vaccins contre le Covid-19 ont déjà davantage d'effets indésirables enregistrés que tous les traitements officiellement déconseillés.

Enzo Lolo
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On avait déjà remarqué que les autorités n'appliquaient pas les mêmes critères d'évaluation selon qu'il s'agit des vaccins ou des traitements à base de molécules repositionnées : elles accélèrent les autorisation de mise sur le marché et appellent à la confiance pour les premiers, et se montrent sceptiques et méfiantes pour les derniers, entravant leur prescription par les médecins.

Maintenant que les vaccins contre le Covid-19 commencent à être distribués dans plusieurs pays, on peut s'intéresser aux effets indésirables qui leur sont associés.

Depuis 1967, l'OMS enregistre les déclarations d'effets indésirables venant du monde entier, pour tous les médicaments commercialisés. La base de données détaillées, VigiBase, est réservée aux abonnés, mais sa version simplifiée est ouverte au public : vigiaccess.org. On n'y trouve que le nombre des signalements pour lesquels le médicament est soupçonné d'être impliqué dans un effet indésirable, détaillés par type d'effet rapporté, et sans autre détails (durée du traitement etc.). Cela sera suffisant ici.

Une très rapide exploration permet en effet de découvrir quelques chiffres.

Dans la base de données VigiAccess, les vaccins contre le Covid-19 sont regroupés. Que l'on cherche "Comirnaty", "Moderna Covid-19 vaccine" ou par exemple "Covishield" (le nom du vaccin d'AstraZeneca en Inde), on tombe sur le même principe actif : "covid-19 vaccine", et sur les mêmes nombres d'effets indésirables déclarés. C'est dommage, puisque cela ne permet pas de comparer entre eux les différents vaccins, mais cela permet de se faire une idée générale.

Au 4 février 2021, selon OurWorldInData.org, un peu moins de 94 millions de personnes ont reçu au moins une dose de l'un des vaccins contre le Covid-19 (Fig.1)

Fig.1 - Nombre de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 © OurWorldInData.org

Et VigiAccess, consulté le 5 février 2021, avait enregistré 53763 déclarations d'effets indésirables : 2089 déclarations en 2020 et 51674 signalements en 2021, (Fig.2).

Fig.2 - Effets indésirables déclarés sur les vaccins anti-Covid-19 © VigiAccess

Parmi ces 53763 effets indésirables déclarés (pour lesquels, il faut le rappeler, le vaccin n'est que soupçonné : ces chiffres ne sont pas la preuve d'un lien de causalité), on note 2526 déclarations de troubles du système sanguin et lymphatique, 2615 troubles cardiaques (dont 66 arrêts cardiaques, 46 infarctus du myocarde, 14 arrêts cardio-respiratoires...) etc.

On peut chercher à comparer ce nombre de déclarations avec ceux des traitements préventifs et précoces dont de nombreuses études scientifiques indiquent l'efficacité.

L'hydroxychloroquine, par exemple, qui a fait l'objet d'une campagne médiatique soutenue sur ses dangers, suscitant des publications scientifiques surprenantes, rassurantes ou parfois frauduleuses (celle du Lancet fondée sur des données fictives) a totalisé 29487 signalements entre 1968 et aujourd'hui, c'est-à-dire en plus de 42 années d'utilisation (Fig.3).

Fig.3 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'hydroxychloroquine depuis 1968. © VigiAccess

C'est nettement moins que pour les vaccins, alors qu'en 42 ans, il y a eu des centaines de millions de personnes traitées à l'hydroxychloroquine, donc certaines pendant des années. Le site Ameli.fr permet de calculer que, pour la France — qui n'est pas le plus gros consommateur d'hydroxychloroquine — environ 15 millions de boîtes d'hydroxychloroquine ont été remboursées par la Sécurité Sociale entre 2001 et 2019.

L'azithromycine, très couramment utilisée également (plus de 50 millions de boites remboursées en France entre 2001 et 2019), arrive à dépasser en 31 années, avec 67998 signalements entre 1989 et le 5 février 2021, le nombre de signalements liés aux vaccins anti-Covid-19 en 1 mois (Fig.4). Mais elle ne gardera probablement pas sa première place très longtemps.

Fig.4 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'hydroxychloroquine depuis 1989. © VigiAccess

Un autre traitement, qui est peu à peu adopté dans différents pays et différentes régions du monde, mais encore très décrié, bien que des dizaines d'essais cliniques aient indiqué son efficacité à la fois en traitement préventif et en traitement curatif précoce, est l'ivermectine. Comme on le voit, bien que très utilisée aussi — 11 millions de boîtes remboursées en France entre 2002 et 2019, et certains pays l'utilisent de façon systématique en prévention de maladies parasitaires —, depuis 1992 l'ivermectine n'a pas suscité beaucoup de signalements : 4603. A peu près autant en 28 ans que les vaccins anti-Covid en 3 jours... (Fig.5).

Fig.5 - Effets indésirables rapportés en lien avec l'ivermectine depuis 1992. © VigiAccess

Puisque certains médias s'inquiètent ces temps-ci de ses effets indésirables (qu'il ne faut effectivement pas minimiser, et il convient de consulter un médecin avant de prendre tout médicament), on signalera aussi que VigiAccess donne le nombre d'effets indésirables pour lesquels la vitamine D est soupçonnée d'être impliquée (Fig.6). On compte près de 40 millions de boîtes remboursées en France pour la seule année 2019, et 5237 signalements d'effets indésirables dans le monde depuis 1975.

Fig.6 - Effets indésirables rapportés en lien avec la vitamine D depuis 1975. © VigiAccess

La comparaison entre le nombre d'effets indésirables déclarés en un peu plus d'un mois d'utilisation des vaccins anti-Covid-19 et en dizaines d'années d'utilisation d'autres molécules est parlante.

Les molécules en question, pour lesquelles il existe soit des preuves soit une présomption d'efficacité contre le Covid-19 dans certaines phases de la maladie ou en prévention peinent pourtant à obtenir une Recommandation Temporaire d'Utilisation (RTU) de la part de l'Agence Nationale de Santé du Médicament, tandis que les vaccins anti-Covid-19 ont obtenu en un temps record des Autorisations Temporaires d'Utilisation (ATU), bien qu'il faille en théorie davantage d'éléments de preuve pour une ATU que pour une RTU.

Si l'on ajoute que les effets secondaires à moyen ou long terme des vaccins à ARNm (Pfiser, Moderna) et à ADN (AstraZeneca, J&J, Spoutnik V) sont inconnus, et si l'on s'inquiète de l'effet potentiel des ces vaccins sur l'apparition de variants, comme Emmanuel Macron l'a envisagé le 4 février (de façon étrangement sélective), et comme d'autres l'ont évoqué avant lui, la balance bénéfice/risque ne plaide-t-elle pas en faveur des traitements précoces et préventifs ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Comment le gouvernement veut rattraper le retard français
Dans un contexte de risque élevé de tension sur le réseau électrique cet hiver, l’Assemblée nationale examine, à partir du lundi 5 décembre, le projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire en France.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Dans les Cévennes, les femmes promises à la misère obstétricale
Le 20 décembre, la maternité de Ganges suspendra son activité jusqu’à nouvel ordre, faute de médecins en nombre suffisant. Une centaine de femmes enceintes, dont certaines résident à plus de deux heures de la prochaine maternité, se retrouvent sur le carreau.
par Prisca Borrel
Journal
Affaire Sarkozy-Bismuth : les enjeux d’un second procès à hauts risques
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert seront rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère