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Billet de blog 8 janv. 2015

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Enfants perdus

Ils ont 16, 17, 18 ans. Ils s'accrochent à leurs études professionnelles pour être autonomes au plus vite. Ils sont étrangers. Ils n'ont pas où rentrer à la maison le soir venu. Ils attendent tout de la France, qui se les renvoie de guichet en guichet. Balles perdues, balles tragiques.

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Ils ont 16, 17, 18 ans. Ils s'accrochent à leurs études professionnelles pour être autonomes au plus vite. Ils sont étrangers. Ils n'ont pas où rentrer à la maison le soir venu. Ils attendent tout de la France, qui se les renvoie de guichet en guichet. Balles perdues, balles tragiques.

Cela dure depuis des mois et des années, comme nous et d'autres l'ont rappelé maintes fois : les quelques milliers de jeunes étrangers qui se trouvent sans famille sur notre sol sont trop souvent mal accueillis, abandonnés même, quand ils ne sont pas persécutés. La recherche sur Mediapart du vocable administratif "mineurs isolés étrangers" ramène dans ses filets des dizaines de cris d'alarme, dans les blogs, dans le journal, notamment un tableau édifiant de l'étrange approche de l'ASE (aide sociale à l'enfance) envers les ados qui lui sont confiés, qu'ils soient français ou étrangers, dans un billet découvert à l'occasion de cette recherche.

Il n'y a pas que les ados tou-te-s seul-e-s, il y a aussi les petits de familles laissées à la rue par un mélange d'indifférence institutionnelle et de "rigueur dans le traitement de l'immigration illégale". A Lyon, ce sont des parents et des enseignants qui occupent des écoles primaires pour revendiquer leur hébergement : "L'issue de la mobilisation n'est pas satisfaisante. Elle doit donc continuer. Pourtant, il y a une victoire. Il y a un espoir. Il y a une réussite : la construction d'une incroyable solidarité en à peine plus d'un mois. Parents d'élèves, enseignants, enfants, habitants des quartiers se sont rejoints dans un esprit de solidarité et d'humanité. Pour certains cet engagement concret est nouveau. Il y a donc une création nette d'énergie citoyenne."

A Paris, la situation dénoncée ici avant Noël n'a pas beaucoup évolué. Les organismes responsables de l'accueil - ville-département de Paris, plateforme d'accueil (la PAOMIE) payée par l'État pour les mettre à l'abri s'agitent dans un désordre affreux, tandis que les associations s'organisent pour les nourrir et les aider à se vêtir, les accompagner dans une ville qu'ils ne connaissent pas vers les gymnases ouverts dans l'urgence. Selon la chaîne I-Télé, "À Paris, ils seraient plus de 200 mineurs étrangers isolés à dormir dans la rue selon les associations. Un chiffre qui fluctue chaque jour. 25 places d'hébergement existent pour eux tout au long de l'année, 41 pendant l'hiver. Chaque soir les places sont remises en jeu et, devant le centre d'accueil qui leur est destiné, ils retentent inlassablement leur chance.

Témoignage du dimanche 4 janvier 2014 : "La PAOMIE n'assure plus les entretiens au jour le jour, (4 à 6 semaines de retard)  les jeunes restent donc à la rue tant qu'ils n'auront pas passé les entretiens. (estimation de 263 jeunes en attente). Aucun gymnase n'a été ouvert pour les mineurs, c'est au coup par coup qu'un gymnase s'ouvre pour une nuit et suite à l'implication de plusiers associations ces derniers jours ; chaque jour, personne ne sait s'il y en aura un d'ouvert, que va t il se passer, ce soir, demain, les jours qui suivent, pendant les mois qui arrivent ?? nul ne le sait !"

Là aussi, des enseignants se mobilisent. Ainsi au Lycée Guimard, qui scolarise 70 mineurs isolés. "Ce sont des jeunes impliqués dans leurs études. Ils se raccrochent à l'école et étudient alors qu'ils vivent une situation très difficile. C'est admirable. (...) La moitié (35 exactement) sont pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE). 25 sont sans ressources et 15 sans abri. Parmi eux, 6 sont accueillis à l'internat du lycée Guimard. 9 n'ont aucune solution durable de logement. Ce sont eux qui mobilisent le personnel du lycée depuis le mois de décembre.".

Lyon, Paris ne sont que des exemples parmi d'autres. Maltraités comme ils le sont aujourd'hui, obligés d'accepter des conditions indignes alors qu'ils sont portés par leur élan vers l'avenir, dans cinq ans, dans dix ans, quelle sera leur vision de cette France qu'ils ont choisie, dont ils ont tant espéré, et que la plupart n'auront cependant pas quittée?

Martine et Jean-Claude Vernier

Dessin offert au Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) en 2008 par TIGNOUS, assassiné le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo.

Chez votre libraire Être étranger en terre d'accueil, 77 regards sur l'immigration.

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