Ces pelés, ces galeux qui ne savent pas parler au préfet

Mercredi 9 janvier 2013, au 68ème jour de leur grève de la faim, les lillois étrangers ont à nouveau rencontré le préfet du Nord. Ils ont cru qu'il allait enfin proposer un calendrier d'examen de leurs demandes de titres de séjour. Raté: les formes administratives ne sont pas les bonnes...

Mercredi 9 janvier 2013, au 68ème jour de leur grève de la faim, les lillois étrangers ont à nouveau rencontré le préfet du Nord. Ils ont cru qu'il allait enfin proposer un calendrier d'examen de leurs demandes de titres de séjour. Raté: les formes administratives ne sont pas les bonnes...

"Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre. (...)

On connait la suite de cette fable de La Fontaine: le lion tient conseil pour trouver le responsable de ces malheurs.

L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de Moines passant,

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n'était capable

D'expier son forfait : on le lui fit bien voir. "

Le crime abominable de ces étrangers grévistes de la faim de Lille, c'est de vouloir vivre légalement dans un pays où ils travaillent, où ils ont une vie de famille.

A la suite de la rencontre de mercredi dernier, le préfet du Nord a publié un communiqué dans lequel, après un rappel des activités récentes de son administration pour régulariser le séjour des étrangers, il semble reprocher aux grévistes de la faim de ne pas déposer leurs demandes dans les formes adéquates, ce qui empêcherait leur examen.

Le Comité des Sans Papiers 59 ne voit pas les choses de la même façon. Dans son propre communiqué, il réclame UN PEU DE RESPECT, MONSIEUR LE PREFET!.

"En effet, tout au long de la réunion de plus de deux heures la préfecture a fait semblant de faire croire que les conditions d’un accord semblaient réunies. Les représentants du CSP59 et des partenaires sont sortis sereins dans l’attente du communiqué préfectoral dans lequel devaient figurer les expressions : « calendrier, bienveillance et humanité ». A la lecture du communiqué du préfet, c’est la colère et le dégoût.

Ce communiqué est en contradiction TOTALE avec le contenu de la réunion qui se centrait uniquement sur la recherche d’une sortie honorable de la grève de la faim pour les deux parties (...)

Tout est scandaleux dans ce communiqué. Premièrement cette audience ne devait parler que des sans papiers grévistes de la faim qui poursuivent leur action malgré les perfusions acceptées comme signe d’ouverture vis-à-vis de la préfecture. Deuxièmement le communiqué cherche à discréditer le CSP59 en le présentant comme responsable des « lenteurs dans le dépôt des dossiers ». Troisièmement dans l’optique « d’accélérer le dépôt et le traitement des dossiers », le préfet organise une réunion de la Codrese pour « demander aux neuf associations membres (Emmaüs, Ligue des droits de l’Homme, Secours catholique, CIMADE, MRAP, AIDA, Voix de Nanas, Parce que des hommes y vivent, SAFFIA) de prêter assistance, pour les démarches en préfecture, aux personnes qui n’ont pas encore déposé de dossier ».

Il s’agit ici de tenter d’éliminer le CSP59 tout comme Sarkozy a tenté en vain de le faire en 2007 lors de la création de la Codrese. En fait les « bamboulas, les bougnoules et les fourmis » sont considérés comme incapable d’organiser un simple dépôt de dossiers en préfecture. "

La grève continue donc. De partout dans le pays s'élèvent des voix pour demander au pouvoir de trouver un fin digne à ce conflit qui lui échappe. Les communiqués de soutien se multiplient; tout comme les appels à rassemblement:

- le 11 janvier à Bordeaux, Grenoble, Paris, Toulouse, Valence,

- le 12 janvier à Bordeaux, Lille, Strasbourg,

- et tous les jours à Lille et à Paris.

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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