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Billet de blog 11 mars 2010

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Le réseau clandestin MIAOU

Il y a peu, un blog voisin relatait l'ahurissant témoignage d'Hélène (RESF), retenue plus de 13 heures en garde à vue le 15 février 2010. Nous sommes en mesure de révéler la vérité cachée de ces évènements: la chatte d'Hélène, Rosa Parks, était l'informatrice de la Brigade Criminelle.

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Il y a peu, un blog voisin relatait l'ahurissant témoignage d'Hélène (RESF), retenue plus de 13 heures en garde à vue le 15 février 2010. Nous sommes en mesure de révéler la vérité cachée de ces évènements: la chatte d'Hélène, Rosa Parks, était l'informatrice de la Brigade Criminelle.

Communiqué exclusif des chats de Paris-Nord-Ouest (extraits)

Révélations à propos de RESF, de Rosa Parks et de la Brigade criminelle

La Brigade criminelle l’ignore, mais certains militants et militantes de RESF savent entrer en communication mentale avec leurs chats qui ont eux-mêmes créé le Réseau MIAOU. C’est grâce à leur collaboration que nous avons pu surprendre les conversations entre l’officier Jules, de la Brigade Criminelle, et son informatrice, Rosa Parks, au sein de l’appartement d’une militante de RESF.

[Ndlr. Pour ceux qui l'auraient oublié, en refusant en 1955 de céder sa place à un blanc dans un bus à Alabama, Rosa Parks a donné à la ségrégation aux Etats-Unis le coup de canif décisif qui a finalement conduit à son abolition. ]

Lundi 15 février, 1 heure du matin

Rosa Parks : Salut Jules, paraît que vous allez réveiller ma maîtresse à 6 heures du mat’ pour l’affaire des DAB(distributeurs automatiques de billets) ? Vous êtes dingues ou quoi ?

Commissaire Jules : Ouais, je sais, à la Crim’ on a autre chose à faire que de s’occuper des distributeurs automatiques de billets et de RESF mais on est obligés d’obéir. Surtout que les banques, elles se font un max de pognon sur notre dos, je t’raconte pas mes problèmes pour rembourser mon crédit logement sur 25 ans. Mais c’est le juge X. qui nous a ordonnés de faire des perquis’ pour aller à la pêche aux renseignements.

Rosa Parks : Avec vos conneries vous allez griller ma couverture. Elle est super-gentille avec moi, ma maîtresse. En plus, vous savez que je ne peux pas m’empêcher de ronronner dès que je vois un poulet… pardon un policier. Elle va me traiter de « collabo » , si elle me voit vous faire des mamours !

Commissaire Jules : T’inquiète, on est des pros, on fera comme si on te connaissait pas.

Rosa Parks : Ouais, je me méfie, y’en aura toujours un qui fera une réflexion sur la couleur noire de mes poils ou sur mon nom. Dis-moi, qu’est-ce que vous avez contre RESF ?

Commissaire Jules : Rien, je t’assure. On les connaît tous, ils ne prennent aucune précaution ni au téléphone, ni dans les manifs, ils font tout à visage découvert. De toute façon ils sont en liaison quotidienne avec la préfecture de police, même les samedis, dimanches et jours fériés jusqu’à minuit. Et ils engueulent la Préf chaque fois qu’ils arrêtent des mères ou des pères de famille. J’te dis pas, quand je vais bouffer chez mon beau-frère, je me fais traiter de bourreau d’enfants , de « démembreur de familles » et autres joyeusetés… Mais qu’est-ce que tu veux, on a des ordres.

Rosa Parks : M’enfin, quand même, vous auriez pu dire au juge X. que RESF y sont gentils, polis et tout et tout. Ils arrêtent pas de dire qu’ils voudraient une police et une justice républicaines et démocratiques et qu’y a de bons fonctionnaires et de mauvais fonctionnaires. Y sont même pas tous pour la régularisation de tous les sans-papiers, seulement pour ceux qui ont des enfants !

Commissaire Jules : Ouais, t’as raison, mais tu comprends on a quelques indics dans le Réseau, on lit leurs mails, on écoute leurs conversations téléphoniques, mais en avoir une sous la main pendant quelques heures, cela nous sera toujours utile. On a besoin de savoir ce qu’est vraiment un Réseau, comment y se servent d’Internet, qui sont les chefs, les sous-chefs, etc. On sait jamais, ça peut servir un jour…

Rosa Parks : Pourtant je vous l’ai dit cent fois, c’est pas du gros gibier que vous allez attraper, c’est du pipi de chien, votre opération contre ma maîtresse. Elle a même pas internet à la maison. Elle connaît que dalle en informatique. Tiens, tu feras un test, tu lui demanderas ce que c’est que Indymedia, tu verras qu’elle ne connaît même pas. Elle préfère lire des bouquins que perdre son temps sur un ordi. Et franchement, elle a pas tort.

Commissaire Jules : Ecoute, Rosa, t’es gentille mais tu vas pas nous apprendre notre métier. Ta maîtresse, on la voit sur les manifs anti-rafles, même qu’un jour, après qu’elle a nous a poliment demandé notre commission rogatoire, on l’a rattrapée et on lui a demandé ses papiers. C’est une couverture, son truc de « liste anti-rafles ».

Rosa Parks : Une couverture ? Les mecs, vous lisez trop de polars à deux balles. D’abord, c’est pas « son truc » à elle toute seule. Y a des dizaines de gens de RESF qui reçoivent ses SMS depuis plusieurs années. Tout ce que fait ma maîtresse (et RESF) c’est au grand jour. Y’zarrêtent pas de photocopier leurs cartes d’identité chaque fois qu’ils accompagnent un sans-pap’ à la Préfecture. Y en a un paquet qui disent bonjour aux flics dans les commissariats et même aux gendarmes des CRA quand ils les croisent dans les tribunaux, ou quand ils vont rendre visite à un prisonnier dans un CRA (Centre de Rétention Administrative, dernière étape avant l'expulsion. Ndlr).

(...)

Commissaire Jules : Revenons à ta maîtresse. T’es sûre qu’elle a pas un pantalon rose, un manteau à capuche et des bombes de peinture chez elle ou dans sa cave ?

Rosa Parks : Un pantalon rose, m’étonnerait, c’est pas son truc, le rose. Quant au reste, jamais vu le moindre machin suspect.

Commissaire Jules : Et des bouquins subversifs, des tracts de nanars ou d’ultras ?

Rosa Parks : Ecoute je ne sais pas bien lire les pattes de mouches des humains, mais cela m’étonnerait fort. Bon, en tout cas j’espère que vous serez gentils avec elle… Faut pas la faire tomber dans l’escalier ou bousiller sa porte, sinon y’a des chiens dans le quartier qui risqueraient de m’chercher des noises.

Vendredi 18 février, 3 heures du matin

Commissaire Jules : Salut Rosa, t’avais raison. On a perdu notre temps avec elle. En plus des gugusses de chez nous ont pris des photos de son dos sous prétexte d’identification. Quels cons ! Comme si on n’avait pas déjà assez d’infos sur elle, avec des photos de face et de profil, son ADN et ses empreintes digitales !

Rosa Parks : M’en parle pas, elle vient de s’endormir, ça a été très dur pour elle. Y z’ont pas de sentiments, tes collègues qui font la fouille ?

Commissaire Jules : Ben, tu sais, notre truc, c’est de toujours essayer d’avoir un méchant et un gentil. Eux, y z’ont joué le rôle des méchants (faut dire, y sont pas malins, c’est pas des BAC + 5 comme nous) et nous on a joué les gentils.

Rosa Parks : Alors toute cette opération n’a servi à rien ?

Commissaire Jules : Mais si, on a essayé de lui faire peur et on espère que ses potes du Réseau auront bien peur, eux aussi, qu’ils en chieront dans leur froc. Faut qu’y sachent qu’on les a à l’œil les « resefiens », comme ils s’appellent. Ils ont des potes maires et députés, on les reçoit au ministère, y communiquent avec nos grands chefs, mais y nous impressionnent pas du tout. Toutefois, je lui ai dit à ta maîtresse, qu’elle devait continuer à venir en aide aux sans-papiers, que son travail était utile, etc.

Rosa Parks : Vraiment, tu lui as balancé ça ?

(...)

Commissaire Jules : Alors de quoi te plains-tu ?

Rosa Parks : Ben, d’une part, elle me fait la gueule depuis lundi soir et me soupçonne de vous avoir informés. Elle s’est remise à fumer alors qu’elle avait arrêté ; et en plus j’comprends pas ce que vous cherchez avec l’opération Distributeurs. Vous voulez vous ridiculiser ? Et juste avant les élections en plus !

Commissaire Jules : Tu sais, l’opération était prévue depuis longtemps et le juge X. Il a sans doute pas réfléchi beaucoup au timing. Et puis y pensait pas que ça ferait autant de bruit sur Internet et dans les médias.

(...)

Rosa Parks : De toute façon, vous faites pas d’illusions. Votre opération, elle a capoté grave et les gens de RESF y sauront en tirer les leçons. Y sont plus subtils que tes chefs…

(...)

Signé : des chats sans frontières de RESF Paris Nord-Ouest et quelques autres…

Martine et Jean-Claude Vernier

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