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Billet de blog 11 mars 2011

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Sans toit, étrangers ou français: 115 qui peut

Les pauvres et les plus démunis de notre société sont abandonnés à l'abonnement au 115, qui n'en peut mais. Le système est débordé: un service d'urgence ne peut pas répondre à un besoin qui est permanent. Français et étrangers se retrouvent égaux face à ce système dépersonnalisant.

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Les pauvres et les plus démunis de notre société sont abandonnés à l'abonnement au 115, qui n'en peut mais. Le système est débordé: un service d'urgence ne peut pas répondre à un besoin qui est permanent. Français et étrangers se retrouvent égaux face à ce système dépersonnalisant.

Une édition de Mediapart nous rappelle inlassablement que vivre à la rue tue. Dans un pays où la construction de logements ne suit plus depuis longtemps l'évolution des besoins et des capacités de la population, le rapport Mal-logement 2011 l'association Emmaüs le martèle: "les personnes sans domicile ne constituent pas un groupe homogène, et que le fait de ne pas avoir de logement propre est parfois le seul point commun entre un salarié pauvre qui est en attente d’un logement social, un vieil homme à la rue depuis des années, une femme victime de violences, une famille migrante en attente d’une régularisation, un demandeur d’asile débouté, un jeune en rupture familiale ou sortant d’un foyer de protection de l’enfance, un ancien détenu, etc".

Mais, pourtant, il y a le 115: appel téléphonique gratuit pour trouver un toit en urgence.

En Ile et Vilaine, comme dans bien d'autres régions, la catastrophe est quotidienne, en particulier pour les étrangers en panne administrative et . Catastrophe amplifiée pour les demandeurs d'asile depuis le regroupement régional des plateformes d'accueil.

C'est cet inimaginable quotidien que relate le récit du DAL (Droit au Logement) d'Ile et Vilaine que nous reproduisons ci après.

Martine et Jean-Claude Vernier

Les visiteurs des réquisitions nous demandent souvent :

- Mais où étaient tous ces gens avant l'ouverture de la réquisition du DAL ? Dans la rue ?

- Les hommes seuls étaient parfois au 115, souvent à la rue. Les familles, pendant la période hivernale, avaient presque chaque soir une place au 115.

- Mais alors, pourquoi viennent-ils dans ce bâtiment glacial, sans électricité, sans eau chaude, sans douches ? Ne sont-ils pas mieux au 115 ?

- Parce que la vie au 115 est épuisante, très angoissante, déstabilisante...Vivre au 115, c'est appeler dès 9 h le lundi matin. Pour souvent s'entendre dire : "c'est trop tôt, nous n'avons pas encore commencé les répartitions. Rappelez plus tard." Rappeler à 10 h, sans réussir à avoir la ligne: " toutes les lignes de votre correspondant sont occupées, rappelez ultérieurement." Et à 11 h : " c'est trop tard, rappelez à 17 h." Tout cela si vous comprenez quelques mots de français. Sinon il faut trouver quelqu'un pour appeler pour vous. Il est vrai que très vite vous aurez le vocabulaire de base : "désolé pas de place, 3 nuits à Fougères, rappelez plus tard..." Si vous avez obtenu une place, le plus souvent pour trois3 nuits, dans un centre à l'extérieur de Rennes, il vous faut traverser la ville pour aller chercher un bon de transport puis attendre l'heure du départ. Vous adapter à un nouveau centre d'hébergement, à une organisation et un règlement différent. Dans certains centres, il faut quitter les lieux le matin à 9 heures et revenir à 18 h 30. Que ferez-vous en plein hiver toute la journée dans les rues de Vitré où vous ne connaissez personne ? Aller passer la journée à Rennes ? Si vous voulez, mais à vos frais, vous n'aurez un bon de transport que le dernier jour de votre séjour. Et si vous avez une convocation à la préfecture, un rendez-vous chez le médecin, chez votre avocat, aux restos du cœur ? C'est la même chose : pas de bon de transport. Le jeudi matin, il vous faut refaire vos bagages, revenir à Rennes et tout recommencer : rappeler le 115 le cœur battant : aurez-vous une place ? A Rennes peut-être cette fois ? Retourner chercher un bon de transport, passer retirer votre courrier à la Croix -Rouge, peut-être passer chez les amis où vous avez laissé une partie de vos bagages, chercher un endroit pour manger, et repartir.

- Quels sont leurs revenus ?

- Si vous êtes un nouvel arrivant, vous n'avez pas un sou en poche. Quand vous vous êtres présentés à la préfecture, vous n'avez pas pu entrer, on vous a donné un rendez-vous plus de deux mois plus tard. Ce jour-là, si tout va bien, vous pourrez retirer votre dossier de demande d'asile, vous aurez trois semaines pour le remplir, puis vous attendrez un mois pour recevoir la confirmation de votre enregistrement à l'OFPRA. Alors seulement, alors que vous êtes en France depuis presque quatre mois, vous pourrez enfin percevoir l'ATA ( Allocation Temporaire d'Attente versée par Pôle Emploi) 10,90 € par jour et par adulte.

- Cette vie peut durer combien de temps ?

- Plusieurs mois. Une fois que la demande d'asile est enregistrée, vous avez droit à un logement un CADA. Mais actuellement le système est engorgé. La PADA ( plate-forme d'accueil des demandeurs d'asile ) affiche pour le mois de janvier 822 personnes en attente pour 22 places disponibles. L'attente peut durer encore des mois.

- Et les enfants ?

- Eh bien ils vous accompagneront dans cette vie d'errance. Ils déménageront tous les 3 jours en portant leur sac, ne rencontreront jamais d'enfants français, vous accompagneront dans toutes vos démarches, passeront des heures désœuvrés au centre d'hébergement ou dans une salle d'attente, partageront votre angoisse de ne pas avoir de place... Ils voudraient bien aller à l'école, mais comment faire ? Si vous avez eu la chance de rencontrer un militant d'une association, ils ont sans doute été inscrits dans une école rennaise. Mais si vous partez à Fougères, comment ferez-vous ? Madame B raconte : " Mes enfants ont 10 et 11 ans, je tiens à ce qu'ils fréquentent l'école régulièrement. Quand nous allons à Fougères, nous avons 1 h 15 de transport jusqu'à Rennes puis le métro. Nous prenons le car de 6 h 45. Les enfants rejoignent leur école, et moi j'erre toute la journée dans les rues de Rennes. Et le soir à nouveau 1 h 15 de trajet. Nous dépensons 19 € par jour pour le car ! Et les enfants sont épuisés !". Madame B est arrivée en France en novembre, en mars elle n'a toujours pas d'hébergement stable.

Alors, si on vous dit qu'il y a une place pour vous dans une réquisition du Dal, peut-être choisirez-vous de poser vos bagages; retrouver chaque soir la même chambre, les mêmes voisins; vous rendre à vos rendez-vous sans angoisse; envoyer vos enfants à l'école sans les réveiller à 5 h le matin; aménager votre espace, même petit, à votre façon; sortir les photos de votre famille; acquérir progressivement quelques objets personnels... Et tant pis s'il fait froid, s'il n'y a pas de douche ! La chaleur de la solidarité les remplace généreusement.

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