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Billet de blog 13 mai 2012

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Accueil des étrangers: c'est pour quand la civilisation?

La bonne nouvelle: selon les sondages, l'immigration est le cadet des soucis des Français. La mauvaise: si le bon peuple s'en désintéresse, il n'est peut-être pas urgent de s'attaquer à la montagne des persécutions mises en place depuis 10 ans. Mais les étrangers, eux, n'en peuvent plus. 

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La bonne nouvelle: selon les sondages, l'immigration est le cadet des soucis des Français. La mauvaise: si le bon peuple s'en désintéresse, il n'est peut-être pas urgent de s'attaquer à la montagne des persécutions mises en place depuis 10 ans. Mais les étrangers, eux, n'en peuvent plus. 

Au cours de dix dernières années, dans un crescendo halllucinant, d'incessants endurcissements du CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), renforcés par des dizaines de décrets, arrêtés et circulaires, ont réussi à pourrir la vie des migrants. Surtout pour ceux qui, entrés sans visa ou restés au delà de sa validité, tentent d'y construire une vie meilleure pour eux et leurs enfants au sein de notre société. Immigration où la France est choisie, et que le pouvoir en place ne voulait pas subir.

Comme pour le logement, la santé, la justice, la police, l'enseignement, etc, nombreux sont les collectifs et mouvements qui interpellent les futurs acteurs du gouvernement à venir sur l'urgence de rétablir une situation vivable pour les étrangers en quête de régularisation. Sur un plan quantitatif il est difficile de comparer l'impact de ces réalités, qui ne concernent ''que'' une ou deux centaines de milliers de personnes, aux graves dérèglements nationaux qui doivent être réparés.

Et puis la question se pose: le "problème de l'immigration" n'est-il pas une fable, colportée et répétée par presque tous? Pourquoi la gauche qui va gouverner le pays - Inch Allah! - semble-t-elle la trouver pertinente, quitte à moduler le respect dû aux Droits universels de l'Homme? Répéter un mensonge n'en fait pas une vérité.

En effet, on ne trouve dans les mesures annoncées pour la première année du quinquennat que des bribes de mesures concernant le séjour des étrangers:

- l'abrogation des circulaires rendant presque impossible l'embauche en France de diplômés étrangers. En réalité on est renvoyé à la loi de 2006, qui n'ouvre guère de possibilités. La circulaire du 31 mai 2011 se contentait de mettre fin à des assouplissements discrets en faveur des titulaires des diplômes les plus prestigieux;

- une circulaire pour lutter contre les contrôles d'identité "au faciès", source non négligeable de personnes à tenter d'expulser, mais rien sur la fixation de quotas d'expulsions;

- rien dans la loi de finance rectificative sur l'augmentation des taxes sur les titres de séjour: 600 euros pour une régularisation, dont 110 euros non remboursables exigés avec le dépôt le dossier de demande.

Alors, prudents, les citoyens et les organisations proches des migrants restent très vigilants et attendent les premiers actes du nouveau pouvoir.

Cependant, les situations absurdes et intolérables continuent de s'accumuler:

- Serge, Gervais et Rody, les deux derniers pères étrangers d'enfants français, retenus dans le CRA (centre de rétention administrative, antichambre de l'expulsion) du Mesnil-Amelot font la grève de la faim depuis dix jours. La raison? Une profonde injustice ressentie par ces hommes, tous trois en France depuis plus de 10 ans. Ils ne comprennent pas la raison de leur enfermement, ils n'acceptent pas d'être en rétention, alors que  chacun d'entre eux a entrepris des démarches de régularisation, encore en cours.

- L'Arménie, tout petit pays du Caucase a fourni en 2011 presque autant de demandeurs d'asile que le Bangladesh ou la République Démocratique du Congo, et son taux d'accord du statut de réfugié en 2011 a été de... 7%.

- Un jeune géorgien venu à 16 ans rejoindre sa famille qui avait trouvé un abri en France poursuivait ses études au lycée. A ses 18 ans, la machinerie de l'UE s'est mise en branle: le préfet veut le renvoyer en Pologne, le pays par lequel il est entré en Europe. Aux dernières nouvelles sa résistance et la mobilisation ont empêché son expulsion, mais la menace n'en est pas levée pour autant.

Le père sans papiers de Fahim, joueur d'échecs prodige bangladais vient d'obtenir un titre de séjour, après nombre de démarches sans résultats. Extrait du communiqué du RESF du Val de Marne:

''Le père de Fahim a reçu un récépissé de demande de titre de séjour de trois mois avec autorisation de travail. Son fils un DCEM (Document de Circulation pour Enfant Mineur) lui permettant de se déplacer hors des frontières et de re?rentrer en France. Il pourra donc ainsi participer aux championnats d'Europe à Prague au mois d'Août 2012.

Resf se félicite de cette victoire de la mobilisation citoyenne des parents d'élèves, du club d'échec et des militants, mobilisation relayée et médiatisé par la presse depuis que Fahim a été sacré champion de France des moins de 12 ans.

Même si la médiatisation a été amplifiée ces jours derniers, la situation de cette famille était connue et soutenue par Resf depuis septembre 2010, date à laquelle Nura Alam, débouté du droit d'asile, avait reçu de la préfecture de Créteil une OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français). Une pétition en ligne a d'ailleurs recueilli presque 1300 signatures. Cette fin heureuse ne saurait faire oublier les enfants en rétention, les nombreuses familles d'enfants scolarisés sous le coup d une OQTF et menacées d'expulsion, les jeunes majeurs notamment dans le Val de Marne qui reçoivent comme cadeau d'anniversaire cette même OQTF.''

Et Marie-Cécile Pià, membre d'un autre collectif RESF, renchérit: ''Le jeune Fahim, champion d'échec a être régularisé, on est content pour lui . Mais à écouter ce matin les journalistes se réjouir de la chose, on était comme un peu gêné aux entournures.  Les radios en déroulaient du pathos:  "d'hôtel en hôtel...  une vie de misère, d'insécurité ..." Ah mais c'était que ça paraissait exceptionnel  et donc qu'on avait illico remédié à cette situation scandaleuse . Et on insistait sur le fait que le scandale résidait dans la qualité de champion du gamin.  Pas une fois il n'a été dit que la vie de Fahim était celle de milliers de gamins. J'irai même un peu plus loin, que de plus en plus de gamins vivent cette vie d'hôtel et de précarité, des familles régularisées aussi et même pas tous des étrangers tellement la misère monte. La seule différence est dans le degré de précarité . J'ai envie de dire: mais tous ces gamins sont des champions!  Champions de la débrouille, champions de la survie,  Polyglottes par nécessité , spécialistes des réseaux de transports en communs, Siros des rues   aux capacités d'adaptation infinies . Mais c'est qu'il faut en développer des talents pour grandir ....  Douce France qu'ils chantaient...

Alors oui, on est content pour Fahim, ça fera toujours un gamin de plus qui aura moins peur  . Mais on aurait aimé qu'un journaliste un peu fin nous présente la chose façon: " Fahim au nom de tous les autres" et pas "Fahim contre les autres"  Une régularisation qui justifierait toutes les non régularisations parce qu'on ne devrait pas avoir besoin d'être champion d'échecs pour avoir de le droit de vivre, parce qu'à ne pas donner leur chance à tous ces gamins, on se prive de l'expression de  milliers de talents.  Liberté de circulation, d’installation et logement correct pour tous, parce que personne n'a le droit de décider qui doit vivre ici et qui doit partir, parce que si tous les humains naissent libres et égaux en droit, y'en a marre qu'ils doivent se débrouiller tous seuls après,  et avec des dés pipés!  Merde à la fin ! C'est pour quand la civilisation?"

Martine et Jean-Claude Vernier

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