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Billet de blog 14 sept. 2013

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Un Roi, un Pape, un Président...

Que se passe-t-il? Voici que des grands de ce monde recommandent, chacun à sa façon, des mesures pour tenter de remédier aux souffrances des migrants persécutés - par les autochtones qu'ils côtoient, tout comme par les autorités auxquelles ils se trouvent confrontés.

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Que se passe-t-il? Voici que des grands de ce monde recommandent, chacun à sa façon, des mesures pour tenter de remédier aux souffrances des migrants persécutés - par les autochtones qu'ils côtoient, tout comme par les autorités auxquelles ils se trouvent confrontés.

L'une des routes des migrants africains vers le Nord les conduit au Maroc, où ils tentent d'obtenir la protection du HCR, avec l'espoir de pouvoir un jour passer en Europe. Leur "accueil" par ce pays n'est pas simple, et depuis longtemps l'on dénonce les violences dont ils sont victimes de toute part (des exemples ici et ).

Sur place, la lutte contre le racisme s'organise. Constat: "la population subsaharienne en Afrique du Nord est surtout présente au Maroc, qui attire avant tout les étudiants des pays francophones. Ils sont environ 8 000 à être inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur au Maroc. (...) De plus, une population de migrants en transit est également présente au Maroc, parmi eux, ceux vivant dans la clandestinité, au nombre de 10 000 selon des sources associatives et policières. Étudiants, travailleurs ou réfugiés, les migrants africains sont quotidiennement victimes de violences symboliques et parfois physiques en raison de leur couleur de peau. (...) Dans tous les pays d’Afrique du Nord, ce racisme « ordinaire » est banalisé.". La résistance à cet état de fait a une ambition: "Surpasser les tabous et parler du racisme sur la place publique, un défi pour enfin affirmer l’identité d’un Maghreb cosmopolite, arabe, amazigh et noir.".

de son côté, le Maroc ne reconnaît pas vraiment le statut de réfugié octroyé sur son propre sol par le HCR! Pourtant, voilà que le Conseil national des droits humains (CNDH), instance officielle chargée de la promotion des droits humains au Maroc, vient de remettre au roi du Maroc un rapport sévère sur la situation des migrants et des réfugiés dans le pays. Répondant à une demande insistante du HCR et d’associations représentant les demandeurs d’asile et les droits des migrants, "le Conseil invite le gouvernement marocain à reconnaître effectivement, en attendant la mise en place d'un dispositif législatif et institutionnel national de l'asile, le statut de réfugié délivré par le HCR, en délivrant aux réfugiés statutaires un titre de séjour. (...) Le CNDH va même plus loin et appelle à la mise en place d’une «politique d’insertion». Le Conseil recommande la garantie du droit au logement pour les réfugiés, l’accès aux infrastructures de santé, à l’emploi et à la formation ainsi que la scolarisation de leurs enfants, ainsi que le droit au regroupement familial."

Mieux encore, "le rapport a reçu l'aval royal et a fait lobjet d'un communiqué officiel du cabinet royal. «Le Souverain a pris note des recommandations pertinentes du CNDH et a réitéré sa conviction que la problématique migratoire, objet de préoccupations légitimes et parfois sujet de polémiques, doit être approchée de manière globale et humaniste, conformément au droit international et dans le cadre d'une coopération multilatérale rénovée», peut-on lire dans le communiqué". Effet d'annonce ou pas, on se doit d'espérer une amélioration de la situation des migrants au Maroc.

Cette nouvelle résistance englobe pour certains l'UE qui compte sur le Maroc (financements à l'appui) pour bloquer le passage vers l'Europe: "Le Maroc ne peut plus être le gendarme de l'Europe."

Plus à l'Est, la frontière sud de l'Europe suit les contours de l'Italie, Ile de Lampedusa comprise. Le Pape, citoyen argentin chef d'un petit Etat enclavé en Italie, s'est rendu dans un premier temps à Lampedusa auprès des rescapés d'une traversée souvent mortelle, le jour même du début du ramadan (la plus grande partie des arrivants viennent de terres musulmanes), pour remercier les habitants de leur solidarité et s'insurger contre "la mondialisation de l'indifférence".

Ce Pape vient de franchir une nouvelle étape dans la provocation. Visitant un centre de demandeurs d'asile et de réfugiés à Rome, il encourage l'Eglise à "ouvrir ses « couvents vides » aux réfugiés."

S’adressant, dans son langage de responsable chrétien,"aux « chers religieux et religieuses », le pape – lui-même religieux jésuite –, les a appelés à « lire sérieusement et avec responsabilité les signes du temps ». « Le Seigneur appelle à vivre avec plus de courage et de générosité l’accueil dans des communautés, les maisons, les couvents vides », a-t-il poursuivi, déclarant que « les couvents vides ne servent pas à l’Église pour les transformer en hôtels et gagner de l’argent. Les couvents vides ne sont pas les nôtres, ils sont pour la chair du Christ que sont les réfugiés. Le Seigneur appelle à vivre avec générosité et courage l’accueil dans les couvents vides. »".

En France, y a plus de Pape depuis cinq siècle, y a plus de Roi depuis deux siècles, mais y a un Président. Lequel a fait dire à l'issue du séminaire de rentrée du gouvernement en août 2013 "La politique migratoire ne fait pas partie des débats de cette rentrée ". Un président qui, a reçu le 13 septembre 2013 un groupe d'associations venues exprimer leur inquiétude sur "l'augmentation des attitudes de rejet et de marginalisation qui se manifestent à l’égard des étrangers. Face aux tentations populistes et aux risques de fractures à l’intérieur de notre société, nos associations ont fait part au Président de la République de leur regret que la politique actuellement menée par le Gouvernement manque d’une vision et d’affirmations claires des principes fondateurs d’une politique d’immigration favorisant le « vivre ensemble » dans notre pays. Voir ici leur communiqué.

Pour ces associations, Le Président de la République doit demander au  Gouvernement de se montrer plus ambitieux quant aux réformes et aux mesures en préparation, aussi bien sur leur contenu que sur leur tempo. Les messages ambigus et le manque de vision d’ensemble de ces derniers mois, n’ont pas vraiment suscité « l’apaisement » mais plutôt installé le doute et l’anxiété pour les personnes concernées et pour les citoyens conscients que la politique à l’égard des étrangers est un « marqueur » de la santé démocratique de notre pays. "

Selon elles, "au cours de l’entretien, le Président de la République a tenu à placer l’ensemble des problèmes soulevés dans le devoir qu’a la France d’être à la hauteur du « pacte de dignité » (sic) qu’elle doit tenir à l’égard de la population française, des étrangers quelque soit leur statut et de la communauté internationale.

Le Président a insisté sur le fait que la question des étrangers doit être traitée selon les règles du droit commun, en particulier en ce qui concerne l’accès à la justice, au logement, à la santé, à l’école, et que l’ensemble de ces sujets exige l’intervention effective de plusieurs ministères. (ndlr. C'est pourtant le même Président de la République qui, dans la formation du gouvernement en 2012, a attribué la responsabilité de l'immigration et de l'asile au seul ministère de l'Intérieur).

Le Président de la République a entendu la demande et l’attente d’une parole forte de sa part rappelant les repères éthiques du « vivre ensemble », et d’actes significatifs de la part du Gouvernement.".

En France, y a aussi des couvents vides, mais y a la séparation des églises et de l'Etat...

Martine et Jean-Claude Vernier

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