Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

455 Billets

1 Éditions

Billet de blog 19 janv. 2012

Ne tombez pas amoureux d'un étranger sans vérifier ses papiers

Dans la panoplie des mesures d'oppression contre les étrangers qui vivent en France sans titre de séjour, voici la persécution des amoureux trop myopes pour avoir vu au premier coup d'oeil que celui-là, celle-là, il/elle a, écrit sur le front, « Arrière! Interdit! »

Fini de rire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans la panoplie des mesures d'oppression contre les étrangers qui vivent en France sans titre de séjour, voici la persécution des amoureux trop myopes pour avoir vu au premier coup d'oeil que celui-là, celle-là, il/elle a, écrit sur le front, « Arrière! Interdit! »

Nous avons raconté la conclusion presque clandestine de ce PACS entre une française et un tunisien en séjour irrégulier, validé par une greffière qui croyait à l'indépendance de la Justice. Elle avait décidé de dire NON aux instructions de sa hiérarchie. C'était il y a trois ans déjà. Depuis, l'étau n'a cessé de se resserrer autour de ces jeunes couples, avec notamment l'invention de l'intéressant concept de mariages gris (!). Si vous êtes un-e bon-ne citoyen-ne français-e, vérifiez donc les papiers avant de tomber amoureux-se!

Ce jeune couple "fréquente" depuis près de deux ans, vit ensemble depuis quelques mois dans une petite ville quelque part en France. Il projette de se marier. Jusque là, rien que de banal. Oui mais, voilà, c'est une bonne petite française qui ose aimer un étranger, qui veut même faire sa vie avec lui. Tu n'y penses pas, petite ignorante: il est en séjour irrégulier! La LOI les a repérés, ces menteurs, ces fraudeurs qui ne cherchent qu'à abuser de la candeur de nos petites: "Le fait de contracter un mariage (...) aux seules fins d'obtenir (...) un titre de séjour (...) est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 15 000 Euros d'amende. Ces peines sont également encourues lorsque l'étranger qui a contracté mariage a dissimulé ses intentions à son conjoint." Et même, car il faut penser à tout, "elles sont portées à dix ans d'emprisonnement et à 750 000 Euros d'amende lorsque l'infraction est commise en bande organisée." Protéger ces potentielles innocentes victimes est une ardente obligation de l'Etat.

Les mésaventures de ce jeune couple commencent fin 2011. Si leur démarche a engagé les autorités – maire, préfet, procureur – à montrer leur sens du devoir et leur savoir-faire, elle a aussi provoqué la mobilisation de citoyens (ces fameux intellectuels tordus chers à un ex-ministre de l'Immigration), si bien que, même si le jeune homme n'est toujours pas marié, il n'a toujours pas été expulsé. Récit à plusieurs voix.

4 décembre 2011

Toute la famille et les copains sont maintenant réunis chez la soeur de [la fiancée]. Elle ne peut rien avaler parce qu'elle a eu tellement mal au ventre de trouille depuis lundi, en plus elle a pris tous ses jours de congé. Il ne peut rien avaler parce qu'il sortait pour téléphoner à la cabine du CRA et qu'il s'est chopé une crève.

Abuser de la bonne foi de madame, le futur époux? Il leur reste plutôt à compter les mensonges qu'ils ont entendus venant de la mairie, de la préfecture ou de la police, lâchés qu'ils sont sans aucune excuse. Circulez ...

Rappelons que la mairie n'est pas du tout obligée de signaler les couples au parquet, ni même de les soupçonner de grisaillerie et de leur imposer un interrogatoire de police pour le transmettre à la préfecture.

Mais la frontière a été mince entre état civil et droit au séjour, puisqu'après un grand nombre d'auditions infructueuses de quatre personnes différentes, il a été concocté un petit rendez-vous parfaitement illégal au commissariat le mardi matin - sans qu'on lui parle mariage, le jeune homme et son passeport ont immédiatement été emballés, lui menotté (nullité de plus) sous les yeux de sa fiancée, et à midi il était déjà sur le tarmac de Nantes - le préfet avait donc tout préparé, avait commandé billet, escortes.

D'un bout à l'autre, on leur racontait, et on leur raconte encore, que ça irait "très vite" s'il allait attendre là bas qu'elle le rejoigne, qu'ils se marient au pays, qu'elle rentre en France demander le regroupement ... Oh, juste par omission, ce mensonge véniel, c'est combien, "très vite"?

Des mois, peut-être un an, ou même plus, au bon vouloir du consulat.

La soeur de la jeune fille n'en revient pas:  

"J'étais loin d'imaginer, jusqu'à ce jour, la difficulté et l'injustice faites à l'égard des étrangers. Je suis à la fois en colère, stupéfaite et désabusée  du comportement et agissement de nos administrations...

Heureusement qu'il y a des personnes comme vous pour les aider et les accompagner dans ces démarches qui pour des "novices" seraient sûrement vouées à l'échec.

Même si (...) ne sont pas encore entièrement tirés d'affaire, ils vont pouvoir affronter la suite des évènements ensemble... Et, je l'espère pouvoir se marier comme prévu le 17 décembre."

7 décembre 2011

Aujourd'hui, tous deux vont chez le médecin - leurs organismes et cervelles abasourdis n'ont opposé aucune résistance aux microbes! Un peu de romantisme, ça nous fait pas de mal en ce bas monde.

17 décembre 2011

Cela participe de ce qu'en littérature on appelle un paysage intérieur: né de la correspondance de la météo, des sensations et des âmes. Un huissier a mis trois jours pour parcourir 50 km et livrer en mains propres sous des bourrasques cruelles le pli que le TGI (Tribunal de Grande Instance) lui avait mandé de délivrer en toute diligence.

Vendredi matin, à J-1 de la cérémonie.

Les invités téléphonaient tous les jours, mais on n'avait pas encore la réponse.

Il y avait de la famille des amis, venus de Tunisie de Paris de l'Angleterre,

Il y avait les cartons d'invitation, la discussion et les dessins: à côté de qui on les place, pour être invités bientôt à d'autres mariages, ou à côté de ta tante, il va mourir d'ennui, 

Il y avait les alliances les fleurs les tenues neuves les jours de congé de la demoiselle d'honneur, les rendez-vous chez le coiffeur,

L'approvisionnement et la cuisine, les petits fours de l'apéritif à commander avec la pièce montée,

Le photographe le journaleux,

Les gosses qui profiteraient des vacances,

La patronne qui comprenait bien et se réorganisait aussi,

Les salles à ranger,

Les chambres à réserver,

Le téléphone sans cesse,

Les surprises à faire.

Seulement voilà, le parchemin disait opposition à votre mariage, avec des tas de petits arguments bout à bout, au printemps il disait vouloir se marier mais vous ne l'avez dit qu'à l'été, on vous croit pas que vous étiez dans sa famille en vacances - mais vous avez les photos, que puisque son cousin lointain n'est pas là ça veut dire que le projet c'est uniquement dans le but d'obtenir un titre de séjour, ballots que vous êtes, "il n'y a pas de mariage quand il n'y a point de consentement."

Alors il y aura:

Le ridicule et la honte, la déception le chagrin la rage,

Les coups de fil pour tout décommander

Les soutiens et les avocats

Un peu trop de silence 

Mais aussi et surtout un gigantesque éclat de rire: quelle parodie!

19 janvier 2012

Un mois plus tard, rien n'est réglé. Le jeune homme est assigné à résidence, ce qui permet à la police de garder un oeil sur lui, car il est toujours sous le coup de la décision d'expulsion. Le mariage n'est toujours pas célébré. Le fiancé accepte de respecter la loi et de repartir au pays chercher un visa de long séjour. Mais le couple tient à se marier avant son départ, pour ne pas retomber dans les infinies lenteurs des procédures du mariage à l'étranger à traduire, à transcrire, à ceci et encore cela, histoire de pourrir leur vie encore un peu plus.

Des histoires comme celle-là, le collectif Les amoureux au ban public en ont des centaines.

Martine et Jean-Claude Vernier

--

Deux clics: pour les billets récents de Fini de rire et le sommaire complet du blog.

Et un troisième pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus

À la Une de Mediapart

Journal — Cinéma
Jean-Luc Godard, l’entretien impossible
À l’heure où les bouleversements politiques, écologiques et sociaux semblent marquer la fin d’une époque, Mediapart a eu envie de rendre visite à Jean-Luc Godard, dont les films sont des mises en abyme inégalées des beautés et des troubles du monde. Mais rien ne s’est passé comme prévu. 
par Ludovic Lamant et Jade Lindgaard
Journal — France
Procès des sondages de l’Élysée : le PNF requiert finalement l’incarcération de Claude Guéant
La réouverture des débats a opposé deux thèses, ce vendredi, au tribunal de Paris. L'ex-ministre de Sarkozy assure qu’il ne peut pas rembourser plus rapidement ce qu’il doit encore à l’État. Le Parquet national financier estime au contraire qu’il fait tout pour ne pas payer.
par Michel Deléan
Journal — Santé
Didier Raoult sanctionné par la chambre disciplinaire du conseil de l’ordre
La chambre disciplinaire de l’ordre des médecins a sanctionné, le 3 décembre, d’un blâme le professeur Didier Raoult. Lors de son audition devant ses pairs, il lui a été reproché d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine sans preuve de son efficacité.
par Pascale Pascariello
Journal
Des traitements à prix forts, pour des efficacités disparates
L’exécutif a dépensé autour de 100 millions d’euros pour les anticorps monoclonaux du laboratoire Lilly, non utilisables depuis l’émergence du variant Delta. Il s’est aussi rué sur le Molnupiravir de MSD, malgré un rapport bénéfices-risques controversé. En revanche, les nouveaux remèdes d’AstraZeneca et de Pfizer sont très attendus.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Précarité = Adelphité
Nous exclure, nous isoler, nous trier a toujours été admis; nous sacrifier n’a jamais été que le pas suivant déjà franchi par l’histoire, l’actualité nous a prouvé que le franchir à nouveau n’était pas une difficulté.
par Lili K.
Billet de blog
Ne vous en déplaise, Madame Blanc
Plusieurs médias se sont fait l’écho des propos validistes tenus par Françoise Blanc, conseillère du 6ème arrondissement de Lyon du groupe « Droite, Centre et Indépendants » lors du Conseil municipal du 18 novembre dernier. Au-delà des positions individuelles, cet épisode lamentable permet de cliver deux approches.
par Elena Chamorro
Billet de blog
Exaspération
Rien n’est simple dans la vie. Ce serait trop facile. À commencer par la dépendance physique à perpétuité à des tiers, professionnels ou non. Peut-être la situation évoluera-t-elle un tant soit peu lorsque les écoles de formation aux métiers du médico-social et du médical introduiront la Communication NonViolente (CNV) et le travail en pleine conscience dans leurs modules ?
par Marcel Nuss
Billet de blog
Handicap, 4 clés pour que ça change !
Engagée depuis vingt ans pour l’égalité des droits de toutes et tous, je constate comme chacun que les choses avancent très peu. Les changements arriveront lorsqu’il sera compris que le handicap est un sujet social dont tout le monde doit s’emparer. Le 3 décembre, journée internationale du handicap : voici 4 solutions pour qu’advienne enfin une société inclusive !
par Anne-Sarah Kertudo