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Billet de blog 19 avr. 2013

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Politique migratoire, ou scénario de communicants?

Aux temps anciens du président d'avant, et même un peu après, la rédaction de Médiapart faisait souvent l'honneur de la Une à notre chronique "Droits des étrangers". Alors que, excepté quelques annonces et quelques améliorations à la marge, l'étranglement des étrangers continue comme avant, nous nous interrogeons: le sort fait aux étrangers aurait-il perdu sa signification sociale et politique?

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Aux temps anciens du président d'avant, et même un peu après, la rédaction de Médiapart faisait souvent l'honneur de la Une à notre chronique "Droits des étrangers". Alors que, excepté quelques annonces et quelques améliorations à la marge, l'étranglement des étrangers continue comme avant, nous nous interrogeons: le sort fait aux étrangers aurait-il perdu sa signification sociale et politique?

Dans le "En direct de Mediapart" du 5 avril 2013, "Où va la France?", coupant la parole à la conseillère régionale EELV Emmanuelle Cosse qui déplorait la continuité de la politique d'expulsion des étrangers, Alexis Bachelay (député PS des Hauts de Seine) déclarait que le traitement injuste ou arbitraire des demandes de régularisation appartenait maintenant au passé. Affirmation qui lui valut une lettre ouverte du RESF, publiée sur son blog. Le RESF y détaillait, tout comme nous le faisons régulièrement dans nos billets, toutes sortes de situations vécues qui attestent de la continuité de la politique suivie.

Répétons que la circulaire du 28 novembre 2012, présentée comme devant faciliter la régularisaion du séjour de certaines catégories de personnes, a déjà permis la régularisation de familles ayant des enfants scolarisés - et l'on espère que ce mouvement se confirmera quand plus de dossiers déjà soumis auront été évalués par les préfectures. Mais répétons aussi que les étrangers contraints au travail au noir faute de papiers, parfois depuis longtemps, les jeunes arrivés après 16 ans ou qui n'ont pas pu poursuivre l'apprentissage d'un métier après 18 ans, toujours faute de papiers, n'ont aucune chance de bénéficier de cette petite ouverture.

Ajoutons que l'homogénéisation des conditions d'examen des demandes par les préfectures, promise par le ministre de l'Intérieur, semble se faire via un forum de discussion (foire aux questions) et risque bel et bien de trouver sa convergence sur le moins disant. Précisons que la politique du chiffre a officiellement disparu, mais que l'application de la politique de l'immigration est définie d'abord en termes de lutte contre l'immigration illégale. Et que les orientations données aux préfets par le ministre "feront l'objet d'un suivi précis", d'un "suivi statistique". Alors qu'il a été bien précisé que le nombre d'expulsions n'avait aucune raison de diminuer, ni le nombre de régularisations d'augmenter, malgré les "améliorations" apportées par telle circulaire.

Précisons que si les conditions d'accueil des étrangers sont meilleures qu'avant dans certaines préfectures, elles se sont très gravement détériorées ailleurs.

Rappelons que les comptes rendus de rencontres d'associations et de collectifs avec des agents du pouvoir à différents niveaux sont émaillés de déclarations de ces derniers rappellant qu'ils ont leur agenda et leur ordre du jour, et que la seule contribution attendue des organisations se résume à aider au perfectionnement des procédures. Sort-on du sujet en plaidant pour les jeunes qui, il y a un ou deux ans, remplissaient les conditions devenues valables depuis et qui sont aujourd'hui toujours sans papiers? Vous n'y pensez pas! "C'est que nous réfléchissons en termes de flux et vous en termes de stock". Le stock, c'est tous ceux qui n'ont pas eu le profil ad hoc à la bonne date, et qui devront attendre encore des années pour accéder à une vie (administrativement) normale.

Dans sa réponse à l'interpellation du RESF, Ce qui a déjà changé pour les étrangers Alexis Bachelay décrit ce que la Communication du pouvoir nomme "une politique de l'immigration apaisée".

La Communication, nous y voilà. On entendra reconnaitre la situation précaire de nombreux étrangers, et que l'administration y contribue. On insistera sur le fait que des critères ayant été définis, il n'y a plus qu'à les appliquer pour que tout aille bien. On répétera ad nauseam que les expulsions constituent une politique. On annoncera que le malthusianisme maintenu sur les titres de séjour - et le refus du vote des étrangers aux élections locales - sera compensé par une plus grande ouverture de la naturalisation. Sans communiquer sur le fait que le nombre de naturalisations, resté stable depuis 2007 avant de chuter de 20% en 2011 (suite aux instructions du pouvoir d'alors), a de nouveau chuté de 16% en 2012.

Un doute affreux nous effleure: tous ces efforts de com' parviennent mal à cacher la réalité de la poursuite d'une politique irréaliste, mélange de répression, de mépris et de méfiance à l'égard des étrangers. Alors, pour détourner les regards, assénons une grêle de coups sur une cible soigneusement choise: les Roms! Faisons n'importe quoi au risque de renier les droits de l'homme et d'insulter l'avenir, cassons les solidarités, cassons les familles, décourageons les ébauches d'intégration, encourageons la peur et le mépris. Les citoyens horrifiés (ou pas) perdront le peu de conscience qu'ils avaient de la stupidité et de la profonde injustice de l'ensemble de la politique poursuivie.

Martine et Jean-Claude Vernier

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