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Billet de blog 25 févr. 2010

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C'est la peur au ventre qui nous fatigue, plus que le travail.

Le mouvement social en vue obtenir des conditions décentes de régularisation pour les centaines de milliers de travailleurs étrangers sans titre de séjour peut-il émerger des profondeurs de l'indifférence? Un petit film collectif sera-t-il la partie enfin visible des multiples soutiens actifs que suscite ce mouvement, l'aidant à persister?

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Le mouvement social en vue obtenir des conditions décentes de régularisation pour les centaines de milliers de travailleurs étrangers sans titre de séjour peut-il émerger des profondeurs de l'indifférence? Un petit film collectif sera-t-il la partie enfin visible des multiples soutiens actifs que suscite ce mouvement, l'aidant à persister?

La présentation le 22 février d'un film de 3 minutes et 38 secondes réalisé par un collectif de cinéastes a fait un certain bruit. Ce film vient à la fois de loin et de près de chez vous.

De loin. Il relaie une action entamée en octobre 2009, rebondissant elle-même sur une première grève lancée en avril 2008. Avec une revendication simple: « On bosse ici! On vit ici! On reste ici! ». En contrepartie de leur labeur dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, le service aux familles, la sécurité – toutes activités non délocalisables – ils demandent le droit d'être ici, tout simplement.

Près. Ces personnes sont partout dans la vie quotidienne, tellement indispensables qu'elles en deviennent invisibles.

De loin. Le mouvement est soutenu et organisé par une alliance surprenante et historiquement innovante: cinq syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU, UNSA) et six associations (Ligue des Droits de l'Homme, La Cimade, RESF, Femmes Egalité, Autremonde, Droits Devant!!). Le comité des 11 se réunit régulièrement, chaque organisation apportant son savoir-faire sur les différents fronts de la lutte; grève, négociations, analyses et soutien juridiques, etc. Depuis près de six mois, ce comité aux cultures disparates reste à l'écoute des grévistes et tient bon la barre, sans imploser.

Un peu plus près. Un débat entre gens de bonne volonté diffusé sur la chaine parlementaire LCP jeudi 18 février 2010 sur le thème " Faut-il régulariser les travailleurs sans papiers et sur quel critères?". On y décèle un certain mûrissement des idées sur une chaîne bien peu révolutionnaire.

Plus près qu'on ne le croit. Les comités de soutien s'activent autour des piquets de grève pour un soutien logistique, moral et financier. La grève dure depuis longtemps et il faut payer son loyer, ses impôts, manger... Dans un précédent billet nous avons rapporté l'exemple du 17ème arrondissement de Paris.

Le Collectif de soutien marseillais aux grévistes sans-papiers relate: "Nous continuons à nous rassembler tous les vendredi soir sur les escaliers de la gare Saint-Charles pour soutenir les 6000 grévistes de la région parisienne. Nous faisons signer des pétitions et nous récoltons de l'argent. Nous projetons d'organiser une soirée concert de soutien".

A Paris, le comité de soutien du piquet de la rue du Regard a organisé en quelques jours, avec l'aide de la mairie du 14ème, un vide-grenier qui a rapporté de quoi nourrir les 250 grévistes pendant 10 jours. Etc, etc. Les appels à la régularisation sur la base du travail se multiplient.

Le soutien peut devenir aventuré quand, par exemple, un piquet de grève est attaqué par des gros bras.

Marie a été bousculée sérieusement. Elle raconte: "Ces 24 heures auront sûrement été les plus denses de ma vie militante. Faut arriver à 70 ans pour vivre ça ! Ca vaut le coup de vieillir ! Etant restée de 16h30 à minuit 30 aux services des urgences avant de savoir que je restais hospitalisée au service trauma de St Antoine et que j'allais être opérée samedi matin . Eh ben , j'en aurais à dire sur le fonctionnement de ce service public en voie de destruction ...Faut vraiment se battre pour le maintien de ces services publics ... est-il encore temps ?

(...) Ouf ! Donc je suis " appareillée " d'une attelle que je vais garder 15 jours et ensuite j'aurai 15 jours de rééducation en kiné .C'est un peu handicapant , en particulier pour pianoter sur l'ordinateur ...

Si je me suis fracturé l'olécrane , c'est parce qu'un des nervis amenés par le patron - il était déjà avec lui quand nous sommes arrivés boulevard Voltaire - au cours de l'agression m'a violemment repoussée. J'ai été projetée en arrière et mon coude droit a dû se fracturer sur le bord du trottoir. Je pense que c'est le même qui auparavant, alors qu'il était derrière la barrière et nous invectivait, m'a insultée me traitant de connasse, pétasse, salope après avoir dit que c'était une honte de voir des Français être avec ceux-là ! Propos qui relèvent du racisme.

Je vais donc porter plainte en signalant tout ça à la police. Je l'ai déjà dit au flic qui a été appelé par les pompiers , il n'a pas semblé particulièrement intéressé par ce que je lui racontais. Détaillant "amusant", il m'a dit qu'au cours de la bagarre un policier s'était fait piquer son portable!!".

Tandis que les syndicats tentent, avec l'aide d'élus, de renouer une négociation avec le patron, les grévistes attaqués vont aussi porter plainte.

Vraiment très loin, encore que... Ces étrangers, travaillleurs, grévistes, se déplacent comme tout un chacun par les transports en commun en payant leur ticket. Mais, à la différence de tout un chacun, ils savent que le risque est grand pour eux d'être contrôlé, interpellé, placé en rétention en vue de l'expulsion. Ainsi, au soir du 23 février, les comités de soutien dénombraient les grévistes dans les centres de rétention administrative (CRA) de la région parisienne:

- à Vincennes: S.S. (piquet Madeleine, arrêté le 17 février); S.S. (piquet Porte de Champerret, arrêté le 15 février); K.D. (piquet Villejuif, arrêté le 19 février); D.K. (piquet rue du Regard, arrêté le 11 février);

- au Mesnil Amelot, en bout de piste de l'aéroport CDG: D.M. (piquet du 103 rue Lafayette, arrêté le 1er février); C.B. (arrêté le 22 février à Meaux) - la préfecure du Val de Marne avait tenté de l'expulser alors que son recours au tribunal était en cours;

- un expulsé: Siadou Diabera (piquet du 103 rue Lafayette, arreté le 1er février). "De nombreux membres de sa famille directe régularisés de longue date. Embarqué avec les pieds et les mains attachées, la bouche scotchée. Arrivé blessé à Bamako";

- plusieurs libérations pour des raisons de procédures, avec quand même un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF).

B.M, 19 ans, arrêté le 22 février, libéré très vite avec son APRF qu'il va tenter de faire annuler, envoie ce message par internet: "ce pour vous remercie, merci a tous nos soutien, j'aimerais bien vous remercie beaucoup en notre langue si vous comprenais mais malheureusement, car je connais pas ace des mots en français pour vous remercie comme je souhaite a par le mot merci, aujourd'hui se moi qui vous écrit cette message, si non je vous assure que je suis les porte parole, des tous les sp. merci a vous encore bravoooo!!!!!!!!" (C'est pour vous remercier, merci à tous nos soutiens, j'aimerais bien vous remercier beaucoup dans notre langue si vous la compreniez, mais malheureusement je ne connais pas assez de mots français pour vous remercier comme je le souhaite, à part le mot « merci ». Aujourd'hui c'est moi qui vous écris ce message, et je vous assure que je suis le porte-parole de tous les sans-papiers. Merci à vous encore, et bravoooo!!!!!!!!)

On peut voir et revoir le film "On bosse ici! On vit ici! On reste ici!" sur ordinateur, sur son téléphone, et bientôt dans certains cinémas. Le film est libre de droit. On peut le télécharger ici.

Martine et Jean-Claude Vernier

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