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Billet de blog 19 septembre 2024

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Quel ministre de l'Éducation pour Barnier ?

Alors que les droites ont un projet commun pour l'École, les contraintes budgétaires pourraient imposer l'immobilisme rue de Grenelle. Alors qui pour incarner au mieux cette politique ?

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Barnier et l'Ecole

Illustration 1
On attend le (la) ministre rue de Grenelle... © François Jarraud

Deux semaines après sa nomination comme Premier ministre, Michel Barnier n'a toujours pas composé son gouvernement. C'est que l'éducation nationale se tient au centre de l'équation politique et budgétaire du futur gouvernement.

Les commentateurs se sont évidemment intéressés aux écrits du nouveau Premier ministre sur l'éducation. En septembre 2021, dans Le Monde, alors candidat à l'investiture des Républicains, M. Barnier s'était exprimé sur l'Ecole dont il voulait faire sa "grande cause nationale". Il déroulait un crédo libéral sur l'Education mettant en avant la priorité aux "fondamentaux", y compris l'histoire nationale, l'autonomie des établissements et surtout des chefs d'établissement, l'apprentissage dès 14 ans. Pour cela il demandait un effort important pour payer la revalorisation des enseignants et le dédoublement de toutes les classes du primaire (soit près de 300 000 créations de postes). Ce qui semble maintenant hors de portée.

Car s'il est intéressant de connaitre les idées du candidat de 2021, celles-ci semblent totalement caduques surtout politiquement. La majorité sur laquelle repose le gouvernement Barnier, la nouvelle union des droites, regroupe officiellement macronistes et Républicains avec le soutien du Rassemblement national. Elle partage une conception commune des réformes à mener en éducation. Son centre de gravité est la loi du sénateur LR Max Brisson, déjà adoptée par le Sénat. Emmanuel Macron s'est exprimé en faveur d'établissements scolaires autonomes avec des chefs recrutant et rémunérant les enseignants, là où la loi Brisson veut des établissements publics autonomes d’éducation (EPAE) (premier et second degrés) sous contrat avec l’Etat avec des directions détenant ces pouvoirs. Il s'agirait d'une vraie privatisation de l'école publique. Même accord sur la réforme de la formation des enseignants, confiée au ministère et aboutissant à un diplôme spécial pour les professeurs des écoles. Le Rassemblement national s'est reconnu aussi dans ces orientations et dans celles du "Choc des savoirs" reprochant à G. Attal de s'inspirer du programme du RN. Ainsi la loi Brisson semble installée exactement au centre des conceptions des macronistes et des lepènistes.

La contrainte budgétaire plombe la réforme

Le paradoxe c'est que l'heure n'est probablement pas venue de sa mise en application. Alors que les droites arrivent au pouvoir, elles n'ont pas les capacités budgétaires de changer la donne. Ce qu'on sait des lettres plafonds budgétaires envoyées dans les ministères par le gouvernement Attal c'est qu'elles envisagent au mieux le maintien des fonds de 2024 en 2025, soit 64.2 Mds. Pour l'Education nationale, le budget envisagé 2025 serait en fait inférieur de 900 millions à celui jugé nécessaire fin 2023 pour 2025 (65.1 Mds). En effet, le budget de l'Education nationale doit suivre l'inflation et aussi l'évolution spontanée de sa masse salariale sous l'effet des avancements par ancienneté ou promotion. Ce dernier effet, le Glissement Vieillesse Technicité, représente près de 500 millions.  Le 27 août, N. Belloubet a déclaré que le budget envisagé pour 2025 est "insuffisant" et "ne répond pas à l'ensemble des besoins". "Ce plafond contraindrait à une particulière rigueur budgétaire notamment quand on connait l'incidence du GVT", ajoutait-elle. Depuis, la Cour des Comptes a largement communiqué sur la situation budgétaire alarmante du pays et la nécessité de rééquilibrer les comptes. Le débat  porte sur la part d'économies et d'impôts nouveaux pour y arriver.

A l'Education nationale, on ne réforme pas quand les caisses sont vides. La mise en place des établissements autonomes, avec leurs propres règles de recrutement et de paye des enseignants, la réforme de la formation des enseignants imposeraient une hausse du budget de l'Education nationale. La seule réforme de la formation, avec la prise en charge salariale de 2 années d'élèves enseignants, couterait au moins un milliard. La mise en route des nouveaux EPAE peut-être autant.

La mise en sommeil de la réforme Attal

Dans la séquence actuelle, la contrainte budgétaire est une contrainte politique. Déjà on voit s'annoncer des champs d'économies. L'avenir du SNU, un gadget voulu par E. Macron, semble plombé après la publication du rapport de la Cour des Comptes. C'est au moins 200 M d'économisés. D'autres gadgets macroniens sont menacés. C'est le cas de la labellisation des manuels scolaires qui impose une aide pour leur renouvellement ou encore du "choc des savoirs" avec les 4000 emplois rémunérés pour les groupes. La Cour des comptes s'en est pris aussi à l'inclusion scolaire, critiquant le nombre d'AESH (plus de 130 000). La double inspection de l'Education nationale et des finances a ouvert d'autres pistes. Les inspecteurs se sont inspirés des rapports de la Cour des comptes pour chercher des gisements d'économies : changer le modèle d'éducation prioritaire, revenir sur les dédoublements, réduire le nombre d'écoles et collèges notamment en zone rurale.

Tous ces sujets sont politiques. Le gouvernement Barnier n'a pas le poids politique qui lui permette d'ouvrir tous ces chantiers. Au delà de la mise en sommeil du SNU et de gadgets attaliens, le ou la ministre de l'Education de M. Barnier va gérer l'immobilisme. Et dégager à voix basse des financements là où cela ne se voit pas (contractuels, heures supplémentaires par exemple).

Des noms pour la rue de Grenelle

Cela amène à poser l'équation du choix du ministre. Il doit à la fois plaire aux macroniens et aux lepénistes et ne pas être tenté par l'aventure. Mais il reste une grande part d'inattendu dans une nomination. Il faut inclure dans le choix les équilibres entre les partis de la majorité, le véto présidentiel et le couperet du Rassemblement national. Aussi ce qui suit reflète seulement les confidences que nous avons recueillies en sachant que tout reste ouvert jusqu'au bout.

Selon nos informations, quatre noms ont circulé à Matignon pour la rue de Grenelle. Max Brisson, sénateur LR, est forcément cité puisque sa loi synthétise le consensus idéologique des droites sur l'Ecole. C'est son point fort. Et son point faible car il ne sera pas possible au ministre d'appliquer cette loi.

Le nom de FX Bellamy a aussi circulé. A son actif le fait d'être professeur de philosophie et d'être proche du RN. S'il n'a pas suivi Ciotti dans la scission des LR, il a montré qu'il préfère le RN à la gauche. Mais sa nomination serait un affront pour les enseignants. FX Bellamy est un professeur de l'enseignement privé, venu des établissements les plus chics de Versailles. On retrouverait le stigmate Stanislas.

Le nom d'Annie Genevard circule aussi. Cette député LR , professeure de lettres, a porté le projet des Républicains sur l'éducation pour la présidentielle 2017. Depuis son intérêt pour l'Education ne s'est pas démenti. Très active à la Commission de l'éducation de l'Assemblée, elle a co-rédigé récemment un rapport sur la lecture en faveur de la syllabique pure. Cet engagement pour l'Ecole cadre mal avec l'immobilisme en éducation.

Il reste encore une candidate pour la rue de Grenelle. C'est Nicole Belloubet. Dans l'équilibre politique du futur gouvernement elle pourrait représenter "la gauche" même si elle s'est éloignée depuis longtemps du parti socialiste. Ayant la confiance du président, elle a montré ses distances avec son prédécesseur. Finalement, si rien ne changeait rue de Grenelle ?

François Jarraud

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