Gauche allemande, fédérer les désirs

Comment la social-démocratie peut-elle être sauvée? Dany Cohn-Bendit demande une fusion entre le SPD et die LINKE - et croit en un chancelier vert.

Dany Cohn-Bendit s'imagine bien Katja Kipping, l'actuelle présidente de die LINKE, et Kevin Kuehnert que certains - mais pas tous - verraient bien président du SPD, dans un même parti. A eux de fédérer leurs désirs. Pour ce, il compte sur... Gregor Gysi.

Seulement voilà, pour ce, il faudrait déjà que Kevin Kühnert, 29 ans, président des JUSOS, les jeunes sociaux-démocrates, devienne président du SPD, ce qui n'est pas gagné. Rien n'est simple dans le plus vieux parti d'Europe. 

Pour savoir qui est Kevin Kühnert, je vous invite à lire l'interview que Kevin Kühnert a accordée en septembre 2018 à l'hebdomadaire FreitagKevin Kühnert, étoile montante du SPD : Vouloir l'impossible.

Pour comprendre pourquoi Dany Cohn-Bendit considère que Gregor Gysi, figure charismatique de la gauche allemande, "a ramené son parti à la réalité concernant la question de l'UE", la tribune publiée en février 2019 intitulée Des leaders de die LINKE disent Oui! Nous sommes Européen*ne*s est très éclairante. 

Voici la traduction de l'interview de Dany Cohn-Bendit au quotidien allemand de gauche, taz.

taz: Le SPD peut-il être sauvé, Dany Cohn-Bendit?

Dany Cohn-Bendit: Il ne s'agit pas de sauver le SPD, mais la social-démocratie. Die LINKE est social-démocrate, le SPD doit le redevenir. Tu sauves la social-démocratie, si les gauches éclatées se rassemblent. Le tout dernier sondage donne 13% au SPD et 7% à die LINKE, ce qui fait en tout 20%, là on a de nouveau une force.

taz: Ca a l'air utopique

DCB: comment ça? Un petit peu de divergence sur l'OTAN - okay, ça on doit le régler. Mais il n'y a plus aucune raison pour qu'ils avancent côte à côte. Ce qui est positif, c'est qu'on peut dire que Katja Kipping [actuelle présidente de die LINKE] et Kevin Kuehnert [que certains verraient bien comme president du SPD] auraient toute leur place dans un parti. A eux de fédérer leurs désirs.

taz: Qui devrait s'atteler à la fusion au sein de die LINKE?

DCB: Et bien, s'il était encore aux manettes, Gregor Gysi le dirait à haute voix. Gysi a ramené son parti à la réalité concernant la question de l'UE. Pour nous l'Europe n'est pas négociable, a t-il toujours déclaré.

taz: Qu'est-ce que la société peut tirer d'une fusion social-démocrate?

DCB: Elle a de nouveau un choix réel et des alternatives claires.

taz: De quelle façon?

DCB: L'Allemagne aurait alors un parti social-démocrate, un parti libéral-socialécologiste, un parti chrétien-démocrate, tous de taille comparable. A cela s'ajoutent un pôle libéral indéfinissable et un parti d'extrême droite. Ainsi, les Grünen dirigeraient soit avec les sociaux-démocrates, soit avec les chrétiens-démocrates. Pour parvenir à cette configuration, ils gouverneraient d'abord avec les chrétiens-démocrates et ensuite avec les sociaux-démocrates.

taz: Les Grünen et les sociaux-démocrates après leur fusion obtiendraient une majorité?

DCB: Si le SPD et die LINKE se rassemblent, il y aura une majorité vert-rouge pour la fois d'après.

taz: Pourquoi le SPD continue-t-il de baisser et les sociaux-démocrates français se redressent-ils légèrement?

DCB: Fondamentalement, si les partis traditionnels restent sur leurs positions traditionnelles, ils diminuent de plus en plus. En France, les socialistes sont à 6%, Hamon avec sa scission est à 3%. Les Verts qui [en France] sont clairement à gauche, sont à 13%, parce qu'ils ont été fortement élus par les opposants à Macron.

taz: En Allemagne c'est le SPD qui a baissé lors des élections européennes et en France c'est le parti républicain qui s'est effondré et n'est qu'à 8%.

DCB: C'est dû au fait que les Grünen sont un parti socialécologiste du centre qui supplante le SPD. En France, Macron pousse LR vers la droite. La CDU/CSU dure plus longtemps parce que les Grünen ne sont pas allés aussi loin que Macron vers le centre droit.

taz: Le quotidien de centre gauche, Libération, nomme Macron, le vrai parti de droite.

DCB: C'est parce que le centre remplace la droite. le centre de Macron va plus loin à droite que ne le peuvent les Grünen. Macron a remporté tous les arrondissements parisiens qui votaient auparavant pour LR. Et Macron a perdu beaucoup en pourcentage au profit des Verts malgré son positionnement écologique.

taz: Pourquoi exactement?

DCB: les verts français sont prisonniers du paradigme de gauche rouge-vert, comme l'étaient les Allemands en 1998. Sauf qu'aujourd'hui le rouge-vert devient vert-rouge. D'où l'illusion de l'opposition. Et puis il y a la question du nucléaire. Bien que Macron veuille réduire la part du nucléaire de 75 à 50%, il est en faveur de son maintien fondamental avec comme argument la neutralité climatique. Les Verts sont les seuls à vouloir en sortir.

taz: Garder les centrales nucléaires en état de marche pour atteindre les objectifs de réduction fixés par l'UE constituera également un vrai défi pour les Verts allemands, s'ils en ont la responsabilité.

DCB: C'est vrai, ça ne va pas. A la fin, l'Allemagne sera obligée d'importer de l'énergie nucléaire française pour atteindre les objectifs climatiques, ça veut dire sortir du charbon plus vite. Et on devra accepter que dans les questions de défense, ce sont les Français qui ont les armes nucléaires. Cela fera partie de l'architecture de sécurité de l'Europe.

taz: Ca semble être une réalité qui pourrait submerger désespérément les Grünen.

DCB: C'est pourquoi, il est temps que nous ayons un chancelier vert. Ca signifie que tous les Verts doivent devenir réalistes, en Allemagne et au parlement européen.

 

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