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Billet de blog 8 mai 2021

'En mer, pas de taxis’, de Roberto Saviano. Quand l’Europe se renie

"On parle de crise de migrants pour éviter de dire qu’il s’agit d’une crise humanitaire d’ampleur historique et que l’Europe est en train d’échouer misérablement face au défi le plus important depuis sa création"

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« Au large des côtes de Zawiya, Libye, le 4 avril 2017. » © Darrin Zammit Lupi - ‘En mer, pas de taxis’


    Voici un livre qui ne devrait pas exister. Un livre qui rappelle des évidences que l’on aurait pu croire intégrées par notre vieux continent après les monstruosités vécues lors du siècle dernier, après les refrains lyriques chantés sur tous les tons lors de la construction européenne. Et pourtant devant la montée de la xénophobie, du relativisme, de la déshumanisation quotidienne, de l’indifférence aux chiffres annuels des noyés en Méditerranée (3000, 5000 ?), fosse commune de l’UE, pain béni pour les politiciens en quête permanente - pour camoufler leur incompétence - de boucs-émissaires muets : voici un livre devenu indispensable pour une Europe dangereusement amnésique.


   « Si vous répondez : "Les Italiens d’abord" à ceux qui vous parlent de migrants torturés en Libye, enlevés en mer puis réduits en esclavages en Italie, dans les champs et sur les chantiers de construction, aux mains d’organisations criminelles, sachez que ces histoires parlent justement d’Italiens, de gens qui semblent n’avoir aucun problème à cohabiter avec des formes de torture et d’esclavages identiques à celles qui, par le passé, nous ont horrifiés et invités à nous demander : comment a-t-on pu rester silencieux face à pareilles horreurs ? »
Roberto Saviano, journaliste et écrivain mondialement connu depuis ‘Gomorra’ (plongée choc dans le milieu de la Camorra qui lui vaut désormais une protection policière permanente), s’appuie prioritairement sur les réactions de ses compatriotes pour traiter du drame des migrants. Mais ses analyses sont tout aussi pertinentes pour la France. « Ces histoires parlent des Européens. »


Car que dit de nous cette peur des réfugiés, miséreux aux mains vides fuyant les drames, entassés sur des coques de noix, mais que certains nous présentent comme des hordes de Huns fondant sur nos terres ? Que dit de nous ces murs intérieurs que nous avons construits si aisément pour ne plus même être touchés par la détresse d’un regard, d’une main tendue depuis la mer meurtrière ? Que dit de nous cette tendance à imaginer tous ces damnés de la Terre comme des envoyés spéciaux de Daesch ou d’Al Qaïda ? Que disent de nous, Européens, Français, habitants d’un pays autrefois appelé des Lumières, ces postures inflexibles adoptées désormais même par des modérés ou supposés tels jusqu’à présent ? Tous nous avons lu ou entendu des réflexions abominables au travail, au comptoir, en famille, sur le net ou dans le cercle amical : « Ils ont joué, ils ont perdu. C’est le jeu », « Tu n’as qu’à les accueillir chez toi, gros malin ! », « Ils ont trouvé le bon filon, deux kilomètres à la nage et hop!, on leur paye le voyage », « Quand ta femme se sera faite violer... » 
Je ne sais pas vous mais en entendant ces sentences jetées à la va-vite, froidement, sans affect, totalement dénuées d’empathie et même - concrètement - de données chiffrées, d’exemples parlants, d’analyses construites, j’observe lesdits interlocuteurs et me demande in petto ce que nous avons encore en commun, me sentant soudain beaucoup plus proche d’un Érythréen cherchant sa place dans ce monde dégueulasse. 

« Tovarnik, Croatie, septembre 2015 Une mère couvre le visage de sa fille, dans la confusion d’une foule de réfugiés qui attendent d’être conduits en car vers l’Europe centrale » © Carlos Spottorno - ‘En mer, pas de taxis'


« Qu’en savent-ils, ceux qui sont enfermés dans un camp libyen, ceux qui prennent la mer en direction de l’Europe, qui sont accueillis en Italie, qui travaillent tels des esclaves sans contrat et pour un salaire de misère, ceux qui vivent dans des bidonvilles où le feu tue en plein sommeil ? Comment sauraient-ils que chaque jour quelqu’un invente de nouveaux mensonges à leur sujet ? Les migrants ne savent pas qu’ils ont été hébergés en Libye dans des hôtels de luxe; ils ne savent pas que la Libye est un port et un lieu sûr; ils ne savent pas qu’ils sont arrivés en Italie dans le cadre d’une croisière et dans de confortables taxis de la mer; ils ne savent pas qu’ils sont des mafiosi nigérians, quelle que soit leur nationalité; ils ne savent pas que pour eux, l’aubaine est terminée sans avoir jamais commencé. Ils ne savent pas qu’ils sont des trafiquants d’hommes, de femmes et d’enfants, et ils ne savent pas qu’ils sont des pirates de la mer. Non, ils pensent être des personnes, souvent désespérées, à la recherche d’un avenir, et ils espèrent qu’il y aura un endroit où ils pourront s’en construire un. Mais surtout, ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’ils représentent une opportunité, la plus grande opportunité qu’une bande d’hommes politiques incapables puisse espérer trouver pour mener une campagne électorale permanente sans aucune idée ni compétence. »

« Méditerranée centrale, le 17 juillet 2018. Un membre de l’équipage du navire de l’ONG Proactiva Open Arms serre dans ses bras Joséfa, originaire du Cameroun; elle a été portée à bord dans un état de choc profond, après une nuit passée à s’accrocher à l’épave, à chanter des hymnes religieux et à en appeler à Dieu. » © Juan Medina - ‘En mer, pas de taxis’


Dans cet ouvrage documenté qui ne s’en tient pas aux beaux sentiments (c’est dépassé, ils ne retiendront aucune digue) mêle photographies des réfugiés, chiffres sourcés incontestables, réflexions de Saviano, interviews de photo-reporters engagés, de volontaires (exténués) des ONG, histoires vécues et données géopolitiques expliquant les déplacements, l’auteur utilise deux fils conducteurs.

Tout d’abord la diatribe lancée contre les ONG secourant les migrants en 2017 par l’alors vice-président du Conseil des ministres italien Luigi Di Maio (du Mouvement 5 étoiles. Il est actuellement ministre des Affaires étrangères) : « Les ONG sont les taxis de la Méditerranée. Qui les paie et pourquoi ? » Inversion des rôles, fiel efficace inoculé dans les esprits, criminalisation des victimes et des sauveteurs qui honorent la règle intemporelle des marins : on ne laisse personne mourir en mer. Saviano démontre chiffres à l’appui pourquoi le débat est biaisé et pourquoi les sauvetages des ONG devenues suspectes ne produisent pas l’appel d’air dénoncé. C’est la déstabilisation de la Libye avant tout qui a rouvert les chemins de la Méditerranée et aiguisé l’appétit des passeurs et autres mafieux extorqueurs, c’est la lâcheté de l’Europe qui a délégué, ou laissé l’Italie déléguer pendant des décennies à Kadhafi la détention illégale des migrants qui tentaient leur chance (cinq milliards de dollars en vingt ans). Torture et conditions effroyables de détention qui NOUS arrangeaient tous. Kadhafi, cet « assassin commode » tombé, les débarquements de reprendre, aussi nombreux qu’avant l’accord.  Ironie du sort : que fait l’UE aujourd’hui en urgence ? Elle délègue à l’encore plus illisible Libye de nouveau (marché d’esclaves, extorsions de fonds, tirs en mer, kidnappings,...) et à la Turquie d’Erdogan pour la voie terrestre (qui en profite pour nous faire du chantage tous les deux jours), quand elle ne finance pas directement les dictatures pour qu’elles retiennent leurs gueux (l’Érythrée). 

 Qui peut penser sérieusement que ces "solutions" honteuses qui bafouent ouvertement les droits de l’homme règleront la question migratoire même à moyen terme ? Que d’argent et de temps perdus qui auraient pu être consacrés à un accueil réfléchi et organisé !

« Juin 2018. Les médecins de MSF sur l’Aquarius apportent les soins quotidiens aux patients qui ont subi de graves brûlures à cause du carburant. Si elles ne sont pas traitées correctement, ces brûlures peuvent provoquer des douleurs chroniques et laisser d’horribles cicatrices » © Kenny Karpov - ‘En mer, pas de taxis’

Puis la terrible photo du petit Alan Kurdi noyé, échoué en 2015 sur une plage turque. La photo provoquera une onde de choc, un tournant dans les opinions européennes en particulier dans la classe politique allemande qui, sous l’impulsion de la chancelière Merkel, ouvrira ses portes. Roberto Saviano, avec l’aide des photo-reporters interrogés, se demande pourquoi cette photo, quel sens donner à cette réaction unanime (l’identification. L’enfant habillé à l’européenne, peau claire, aurait pu être un petit Italien, Français,...) mais aussi pourquoi et comment les opinions se sont vite retournées ensuite. Une intervention du napolitain Giulia Piscitelli est particulièrement intéressante (et déprimante) :

« La photo d’Alan est fondamentale, comme toutes les photos des sauvetages en mer de ces dernières années et comme d’autres prises dans les Balkans. Mais, la réalité, c’est que nous sommes exposés à un flux continu d’images, si bien que nous sommes touchés pendant un laps de temps trop court. Et le bref moment de choc que nous traversons en regardant ces photographies ne nous invite pas à réfléchir aux causes profondes de ce que nous voyons. La question migratoire est très complexe. Une seule photo, aussi forte soit-elle, ne peut pas la résumer. Dans l’état actuel des choses, je pense qu’il est même risqué d’essayer de la résumer, car plus on la résume et moins on la comprend. Plus la vision est complexe, mieux on peut comprendre le phénomène. Bien sûr, il faut toujours être ouvert et s’efforcer de comprendre ce qu’on a devant soi, il faut accepter cette complexité. » 

Mais comment encourager la complexité quand même les chiffres et les faits simples, concrets, vérifiés, sont rejetés, refusés par les paresseux ou les complotistes qui n’ont que George Soros, la théorie du "grand remplacement" d’un penseur d’extrême-droite et autres fantasmes malsains en bouche ? 

« On parle d’invasion, d’exode biblique vers l’Europe, quand il suffit d’étudier les chiffres pour se rendre à l’évidence : sur soixante millions de réfugiés dans le monde, un million est arrivé jusqu’à présent dans les pays de l’Union. Cela ne représente que 1,2% de sa population. La majorité des réfugiés syriens vivent aujourd’hui au Liban, en Jordanie et en Turquie. » (Barbara Spinelli, députée européenne, fille d’Altiero Spinelli, l’un des pères de l’Union.

Saviano de compléter : 

« Nous ne sommes pas envahis, nous ne sommes pas encerclés : on parle de crise de migrants pour éviter de dire qu’il s’agit d’une crise humanitaire d’ampleur historique et que l’Europe est en train d’échouer misérablement face au défi le plus important depuis sa création. » 

« Bodrum, Turquie, le 2 septembre 2015. Le corps sans vie d’Alan Kurdi, un petit Syrien de trois ans, gisant sur la plage. » © Nilufer Demir - ‘En mer, pas de taxis’

Comment encourager la complexité quand la majorité refuse de regarder le bilan d’Angela Merkel en la matière ? Plus d’un million de réfugiés accueillis de manière pensée : travail, langue, intégration, toutes les agences notent le bilan positif et encourageant de l’Allemagne. Allemagne accusée de cynisme car en manque de main-d’oeuvre mais, et alors ? Comme le rappelle Roberto Saviano, l’Italie vieillissante et maints autres pays européens suivent la même pente. Les migrations mondiales n’en sont qu’à leur début, crise climatique décuplée oblige, mais les opinions refusent de voir le (leur) monde évoluer. 

Qu’attendons-nous, sur ces bases concrètes, pour nous préparer ? Au lieu de prêter l’oreille aux baudruches brunâtres ? 

D’ailleurs ici il faut s’éloigner un peu du livre. Car si ‘En mer, pas de taxis’ regorge d’informations, il élude certains sujets. De façon fort compréhensible puisque son but est de ranimer cette flamme humaniste que nous perdons, sacrifions à la peur, et il s’adresse à tous les Européens, ne rentre donc pas spécifiquement dans les querelles nationales.

« Janvier 2018. De nombreux migrants ont été sauvés par l’Aquarius, le navire de recherche et de sauvetage de Médecins sans frontières et de SOS Méditerranée. » © Laurin Schmidt - ‘En mer, pas de taxis’

Mais puisque les Français veulent parler de sécurité et d’identité nationale (et ils le veulent. Que les offusqués regardent les sondages, cela les réveillera peut-être) : parlons-en au lieu de laisser ces thèmes fondamentaux à la droite et à l’extrême-droite ! Pour bien accueillir il faut être à l’aise avec son identité (comme l’Allemagne, qui pourtant vient de loin). Ceux qui passent leur temps à canonner la française se plaignent ensuite de ne pas être écoutés. Faut-il que cette gauche française (ces gauches, on s’y perd) soit stupide, probablement la plus sotte du monde, pour éluder ces thématiques ! 

La question migratoire est à aborder globalement. Certains à gauche sont en train de transformer le concept d’intégration en gros mot, comme ils l’ont fait avec la laïcité ("trop agressive", mon Dieu quelle horreur). Ce n’est pas acceptable et ce sera évidemment dommageable. Comment se tirer une balle dans le pied en deux leçons, et dans ceux de femmes, d’enfants et d’hommes en détresse déjà.

Tripoli, Libye, le 29 mars 2017. Le principal centre de détention se trouve sur Sikka Road, géré par le ministère de l’Intérieur. Environ 1400 migrants, pour la plupart originaires d’Afriqye subsaharienne, vivent dans de mauvaises conditions, sans avoir librement accès aux toilettes et aux douches, attendant de retourner dans leur pays d’origine. » © Moises Saman - ‘En mer, pas de taxis’

L’Allemagne, sur ce point, doit être suivie

Accueil va de pair avec intégration. Pour que l’un soit organisé, l’autre doit être réfléchie, renforcée, débattue publiquement. 

De même pour la sécurité : Daesch et consort ont-ils déjà utilisé le drame migratoire pour faire passer des terroristes ? Oui ! Pourquoi le nier ? Pour exciter les xénophobes encore plus en leur fournissant l’argument de la cécité et de l’irresponsabilité ? Baroque méthode pour lutter contre la xénophobie et le racisme...

Les Renseignements manquent notoirement de moyens humains : la Présidentielle approche, exigeons des candidats des propositions sur ces points concrets ! 

Qui s’offusquerait (quoique, avec certains à gauche en ce moment...) que des traducteurs, des spécialistes en nombre, s’infiltrent et interrogent les nouveaux arrivants ? Nier les questions posées ne les règle pas.

Pourquoi le simple bon sens est-il ainsi constamment renvoyé dans les cordes ?

Accueil, intégration, sécurité

Le journaliste et écrivain Roberto Saviano © Cédric Perrin/Bestimage

Les trois sont indissociables. Les postures des uns, les cris d’orfraie à certains mots sur l’échiquier politique ne valent pas mieux que celles, outrancières et déshumanisantes, du camp opposé. Aux citoyens de recadrer ‘influenceurs médiatiques’ et autres penseurs auto-proclamés, de dire stop aux idéologues qui nous font perdre du temps et déroulent un boulevard aux extrêmes. Ces sujets doivent être abordés par qui veut inverser la tendance et amener l’opinion publique à poser un regard apaisé sur la question migratoire. Car ni bons sentiments ni mauvaise foi ne sont plus à l’ordre du jour. L’irrationnel est en train de l’emporter, nous ne regardons ni les causes, ni les conséquences, ni les prévisions. Et pendant ce temps-là, des êtres humains se noient au pied de la barricade, sont torturés, exploités ou vendus avec notre bénédiction (et notre argent). 

Migrants sur la route de l'enfer | Temps Présent © Temps Présent

Pour découvrir les témoignages et les pensées de réfugiés redevenus humains, des sauveteurs, les photographies qui redonnent une histoire et une identité aux chiffres glacés comme la mer, ce que sont les routes du désert, ce que font subir aux capturés les milices qui le hantent, ce qu’est la « maladie du canot » et les terribles dommages qu’elle laisse à vie, ‘En mer, pas de taxis’ répondra à ceux qui n’acceptent pas que l’Europe s’assoit sur ses principes (au nom de sa tranquillité. Utopie et court-termisme). La cécité et l’inaction ne peuvent plus durer, voici le message que lance de manière argumentée et combattive Roberto Saviano. Ce livre touchera seulement les convaincus ? Peut-être mais, la richesse des données qu’il contient fournira de solides arguments à ceux qui choisiront de ne pas se taire lors de la prochaine altercation avec les bien tristes darwinistes de pacotille (depuis leurs confortables canapés) qui, hélas, ne manquent pas. Et plus personne ne pourra déclarer : « Je ne savais pas. »

« Ceux qui quittent le Congo le font car aucun investissement n’est possible dans un pays en pleine guerre civile. Un détail : nous importons du cobalt du Congo, mais nous ne voulons pas de ses ressortissants. Quant à l’Ethiopie, Madagascar, la Somalie et le Burundi, on en part principalement à cause de la sécheresse. On part du Soudan du Sud et de la République centrafricaine parce qu’il n’est pas possible d’envisager un avenir dans des régions touchées par une guerre civile permanente. Pour les mêmes raisons, on part du Cameroun, du Nigeria, de l’Ouganda, du Kenya.

« Maiduguri, Nigeria, le 23 mars 2016. Gbenga a été enlevé par Boko Haram dans son village natal de Kirenowa, au nord-est du Nigeria, avec son cousin Mohammed. Pendant huit mois, il a été obligé d’assister à des décapitations de masse, d’étudier le Coran et de travailler dans leur camp. Gbenga vit maintenant avec son frère à Maiduguri, tandis que leurs parents sont toujours portés disparus. La situation à Kirenowa reste instable, ce qui l’empêche de rentrer chez lui. » © Andy Spyra - ‘En mer, pas de taxis'

  Et tandis que nous abandonnons les gens en mer, que nous acceptons qu’en Libye plus d’un demi-million de personnes soient détenues illégalement et réduites en esclavage pour notre compte, que nous exportons des armes vers l’Afrique et contribuons à son instabilité politique, il y a tant d’Afrique dans notre vie quotidienne, même si aucun chef d’Etat ou de gouvernement n’aura l’honnêteté de l’admettre. Dans les goûters que nous mangeons, il y a du cacao africain, du coltan dans nos smartphones; nos parquets sont en iroko, le bois des forêts africaines; les plantes italiennes poussent grâce aux engrais importés d’Afrique; la bauxite qui sert à construire les avions dans lesquels nous voyageons et les canettes dans lesquelles nous buvons est à 100% africaine. Les biens qui nous permettent de vivre peuvent circuler : pourquoi les personnes ne pourraient-elles pas en faire autant ? Et le court-circuit se produit lorsque, avec un simple téléphone portable, un jeune Libérien du Togo ou du Bénin se rend compte qu’ailleurs dans le monde, il n’y a pas simplement plus de possibilités, mais les seules possibilités. Que faire alors de la seule vie qu’il a ? Que feriez-vous à sa place ? »

— ‘En mer, pas de taxis’, de Roberto Saviano, ed. Gallimard — 

* voir aussi : l’interview de Roberto Saviano dans ‘À l’air libre'

&

- ‘Mur Méditerranée, de Louis-Philippe Dalembert. Naufrage collectif'

- ‘La route des Balkans, de Christine de Mazières. Nous y arriverons' 

- ‘La Migration des Murs’, de James Noël. Cœurs de ciment' 

                                   — Deci-Delà — 

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