Bilan express de quatre années de Macronisme, dont une d’enfermement…

Au terme de quatre années de Présidence macronienne, dont une d’enfermement, et à la veille de l’échéance électorale de 2022, le moment est venu de faire un rapide bilan, « objectivement subjectif », dans lequel certains abonnés de Médiapart se retrouveront peut-être…

Près de onze mois se sont écoulés depuis mon dernier billet.

Onze mois d’un mutisme volontaire, dû à la volonté de me comporter en citoyen responsable et de prendre dans toute la mesure du possible du recul par rapport à une situation sanitaire, économique et sociale dégradée, potentiellement explosive à mes yeux en raison de la politique menée par nos dirigeants, manifestement contraire aux intérêts de nos concitoyens les plus fragiles, les plus démunis, ceux-là même qui avaient participé en grand nombre au mouvement des Gilets jaunes, tous ceux aussi, les mêmes en partie, qui, de plus en plus, élection après élection, font le choix de l’abstention pour manifester leur défiance à l’égard du monde politique en général et du pouvoir en place en particulier.  

Onze mois : une éternité, une misère !

Pour quels résultats ?

Bien des événements se sont produits dans l’intervalle mais en définitive, que s’est-il réellement passé ?

Rien !

Nous en sommes toujours au même point, à l’arrêt !

Toujours le même virus, même s’il a fâcheusement tendance à se diversifier. Après les variants anglais, sud-africain et breton auxquels nous nous étions habitués, Santé publique France a en effet confirmé, hier, l’existence en Ile-de-France d’un nouveau variant, détecté à Meaux, classé « variant à suivre »...

Toujours les mêmes responsables politiques, même si plusieurs têtes ont changé, dont celle de notre premier Ministre, Jean Castex ayant succédé à Edouard Philippe ! Changement certes, du genre « barbe blanche, blanche barbe », à moins que ce ne soit « barbe blanche et barbe noire en même temps », avec toujours le même profil, celui d’énarque, et, en la circonstance, un petit plus qui en dit long sur l’endogamie propre à nos élites : Secrétaire général adjoint de la Présidence de la République de février 2011 à mai 2012, Jean Castex a pour Directeur de Cabinet Nicolas Revel, son successeur immédiat à ce poste de mai 2012 à novembre 2014, en binôme jusqu’en juillet 2014 avec un certain… Emmanuel Macron, ce dernier devenant alors Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique dans le Gouvernement Valls II.

Le cœur du pouvoir central de notre pays ne serait-il donc que le produit du recyclage d’anciens Secrétaires généraux adjoints de la Présidence ? Voilà qui devrait aiguiser l’appétit des futures générations de diplômés de l’ENA pour ce poste d’adjoint ! Sauf bien sûr si la disparition de cette prestigieuse école est annoncée cet après-midi par son ressortissant le plus capé, le Président de la République en personne, afin de satisfaire, nous dit-on, une promesse faite dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes… Fausse solution pour un vrai problème, une fois de plus !

Toujours, parmi les médias censés nous informer, les réseaux dits sociaux et diverses officines au service de la désinformation et de la propagande d’Etat, celles aussi dont l’objet principal est d’être à l’affût de tout ce qui doit permettre de « faire le buzz », d’accroître les audiences, et, en fin de compte, d’augmenter les ressources publicitaires et de faire grossir les bénéfices, la volonté d’informer étant reléguée au second plan !    

Toujours les mêmes petits soldats clonés de la Macronie, omniprésents sur les plateaux télévisés pour assurer la promotion et le service après-vente de la pensée présidentielle, tellement complexe qu’elle nécessite d’être expliquée à l’antenne pour être comprise de tous ces Français incultes qui peuplent notre pays, « le Macronisme pour les nuls » en quelque sorte !

Toujours aussi le même Président, plus sûr que jamais de sa supériorité, assénant, avec la hauteur de vue (certains parlent d’arrogance et de mépris) que nous lui connaissons et dont nous ressentons les effets depuis ses quelque quatre années de monarchie absolue et bien plus encore d’appartenance à l’« énaristocratie », les mesures que lui dicte la nouvelle lame ajoutée à son « couteau suisse » ou plus exactement au couteau suisse qu’il est à lui seul[1], en personne : celle d’épidémiologiste, assurément promis à un avenir éclatant pour les remarquables avancées que nous lui devons dans la lutte contre la pandémie, rendues possibles par la puissance de sa réflexion, la magie de son verbe et la force de son action…

Je n’invente rien : ce sont, entre autres courtisans, le Ministre de l’Education nationale et le Président de l’Assemblée nationale qui l’ont assuré : le premier en affirmant que « le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n’est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne et au regard du temps important qu’il y consacre depuis plusieurs mois » ; le second en se risquant à un pari pour le moins audacieux : « Un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie ». J’irais plus loin encore dans ce concert de louanges : le prix Nobel de Médecine est pour bientôt !

Toujours le même Président, cela signifie également toujours les mêmes petites phrases assassines, généralement lancées de l’étranger, particulièrement à l’occasion de conférences de presse. On en trouve un recensement très complet dans un livre publié récemment aux Editions du Seuil, « Qu’ils viennent me chercher, citations présidentielles à l’usage des Gaulois réfractaires »[2], dont je recommande la lecture à tous ceux qui suivent avec affliction et même désolation les saillies verbales de notre Président, dont les « bons mots » sont, comparés aux ana d’illustres prédécesseurs tels Georges Clemenceau, Tristan Bernard, Alphonse Allais ou… Pierre Dac, ce que les romans-photos sont à la Littérature ou les blagues de cour de récréation à l’Esprit d’un Raymond Devos ou d’un Coluche !

Toujours le même Président, c’est aussi et toujours cette fâcheuse propension à se comporter comme le maître du monde, se permettant de porter des jugements, parfois justifiés (heureusement !), je le reconnais, mais trop souvent maladroits ou déplacés, sur d’autres pays et leurs dirigeants, d’Europe bien sûr, dont il serait une sorte de « co-monarque » ou de « co-gérant » (avec le succès que l'on sait dans la stratégie de lutte contre la COVID 19), mais aussi d’ailleurs, comme le Liban, l’Irak ou divers pays d’Afrique, pour ne citer que quelques exemples de la période 2020-2021.        

Onze mois donc que je me tais, comme une large majorité de mes compatriotes, appliquant avec sérieux les gestes barrières, respectant le port du masque et la distanciation physique et sociale, me lavant les mains comme jamais auparavant, au point de m’en user la peau, renonçant aux bises et à toutes marques d’affection susceptibles de répandre le mal, me pliant aux heures de couvre-feu et renonçant en fin de compte à une vie normale, mon appartement s’étant transformé de fait en Ehpad avant l’heure…

Ce qui n’est apparemment pas le cas de tous, si l’on en croit les récentes « révélations » sur certaines agapes dispendieuses organisées dans des restaurants clandestins…

Se taire aussi longtemps n’est pas synonyme de perte de la parole et encore moins de perte de tout sens critique.

Se comporter en citoyen discipliné, respectueux de l’intérêt collectif, ne signifie pas être un béni-oui-oui.

Un récent sondage a montré que, très majoritairement, à hauteur de 70 % au total, les Français étaient soit résignés face à la situation et aux mesures imposées par le Gouvernement, soient opposés à la politique gouvernementale.

Mais résignation ne vaut pas soumission !

Le nouveau confinement national, qui en est un sans l’être tout en l’étant, en place depuis exactement trois jours, me conduit à reprendre la plume pour dire mon ras-le-bol (que je sais partagé par une majorité de Français comparable à celle citée dans ce sondage, alors même que la popularité du Président est paradoxalement annoncée aux alentours de 40 %), face à « la succession d’informations erronées, d’ordres, de contre-ordres, d’allers-retours, de volte-face, de demi-vérités et de vrais mensonges de l’Etat, relayés scrupuleusement par ses serviteurs les plus zélés, médias pipeul en tête », comme je l’avais écrit, il y a près d’un an déjà, dans mon avant-dernier billet, En Macronie, avant leurre c’est pas l’heure, après leurre c’est plus l’heure !, daté du 1er mai 2020…

Déjà écrit ? Evidemment ! Comment pourrait-il en être autrement puisque rien n’a changé depuis un an !

Ou plutôt si, en complétant ma formulation : rien ou si peu qui aille dans le bon sens, ou, pour être encore plus précis, rien ou si peu qui soit vraiment à la hauteur d’un pays comme la France, sixième puissance économique mondiale et berceau de la démocratie, incapable d’affirmer sa Souveraineté, en raison de ses renoncements coupables face aux effets de la politique ultralibérale et ultra financiarisée caractérisant l’économie mondialisée de ce début de XXIème siècle, qui l’ont conduite à accepter et parfois même à encourager la désindustrialisation massive des 20 dernières années, largement responsable de certaines des carences inadmissibles révélées par la crise sanitaire ; incapable également de porter haut les valeurs de la Démocratie, sans lesquelles les idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité ne sont que des coquilles vides.

L’ampleur de la crise économique et sociale que nous subissons et qui pourrait s’amplifier encore dans les mois à venir provient pour une (large) part de l’hyper-concentration du pouvoir entre les mains de celui qui en est aujourd’hui le détenteur, peu enclin à en discuter le principe et les résultats, et encore moins à le partager avec quiconque.

D’autant que les élections présidentielles sont pour bientôt, dans un an exactement, c’est-à-dire demain, et que, même si elles ne sont pas, officiellement du moins, en tête de l’agenda d’Emmanuel Macron, elles l’emportent en réalité sur toutes ses autres préoccupations. Et ce, depuis le jour même de son élection, en 2017 !

Certains de ses prosélytes les plus acharnés l’ont bien compris et le font savoir dès maintenant. Comme l’a écrit le JDD le 6 avril dans Présidentielle 2022 : le mouvement Les Jeunes avec Macron dans les starting-blocks, « Précurseur en 2017, le mouvement les Jeunes avec Macron compte entrer en campagne dès septembre pour la présidentielle. Prenant de l'avance sur leurs aînés du parti macroniste, ils se préparent dans un premier temps pour les élections locales. »

Les élections locales ? Personne ne sait encore si elles auront bien lieu aux dates prévues. Il est vrai que les précédentes élections, européennes en 2019 et municipales en 2020, se sont soldées par un double fiasco pour la République en marche. Pas sûr que notre Président ait vraiment envie d’y ajouter une nouvelle déconvenue avant les élections présidentielles de 2022.

Les JAM seraient-ils plus royalistes que le Roi ? Et aveugles au point de ne pas percevoir le degré actuel de rejet de leur champion ? Pour l’heure, dans ce domaine comme dans de nombreux autres, la situation demeure incertaine. Le Conseil scientifique s’étant refusé à assumer la responsabilité que lui avait « refourguée » le Premier Ministre, ce dernier a confirmé devant le Sénat qu'il privilégiait « à ce stade » le maintien des scrutins les 13 et 20 juin mais…

Qu’en sera-t-il exactement ?

Nul ne le sait encore.

Demain peut-être. Ou après-demain…

Ainsi va le monde à la mode macroniste, en avançant et en reculant.

En même temps, cela va de soi !

[1] J’avais utilisé cette formule pour la première fois dans Macron à la campagne et en campagne : entre itinérance et ras le bol…, billet publié le 3 novembre 2018. La preuve que, décidément, rien ne change.

[2] « Qu’ils viennent me chercher, citations présidentielles à l’usage des Gaulois réfractaires », livre de Joseph Confavreux et Laura Raim ; illustrations signées Thibaut Soulcié. Editions du Seuil, mars 2021.

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