20 juin: non aux expulsions - régularisation des sans-papiers

20 juin, journée mondiale des réfugiés. Clermont-Ferrand crie non aux expulsions, réclame la régularisation de tous les sans-papiers. Les associations dénoncent la fabrique à sans-papiers que les obstacles juridiques et administratifs dressent devant la route des réfugiés pour interdire l'accueil à ceux et celles qui fuient pour préserver leur vie dans un parcours des plus redoutable.

20 juin, journée mondiale des réfugiés et demandeurs d'asile. Décrétée en décembre 2000 par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, elle veut rappeler le droit des personnes qui ont dû fuir leur pays. Ils et elles fuient la guerre, le terrorisme, les persécutions, la haine qui assassine. Vivre c'est partir ou mourir dans leur pays parfois après la torture. Parce qu'il n'y a pas d'autres solutions, c'est chercher ailleurs une vie à reconstruire dans la sécurité d'un pays qui protège en vertu du droit international.

A Clermont-Ferrand, à l'appel de R.E.S.F, ces associations ont pris la parole devant une centaine de personnes, place de Jaude. avec D.A.L, L.D.H., CIMADE, AFPS, avec le soutien de Solidaires, FSU, UNEF, LFI (en campagne municipale), NPA et plusieurs témoignages.

 © Georges-André Photos © Georges-André Photos

Comme l'écrit Amnesty International, « ces réfugiés, ont des droits spécifiques :
- Ne pas être renvoyés dans leur pays : Le droit international, en particulier la convention de 1951 relative au statut des réfugiés, interdit aux États de renvoyer une personne vers un pays où elle serait exposée à des violations graves de ses droits humains. C’est le principe de non-refoulement.
- Pouvoir demander la protection d’un autre État : Privée de la protection de son État d’origine, une personne a, comme le prévoit la Déclaration universelle des droits de l’homme, le droit de demander la protection d’un autre État : il s’agit du droit de demander l’asile.
- Pouvoir franchir, même sans document, une frontière pour se mettre à l’abri : Pour pouvoir demander l’asile à un État, il faut pouvoir entrer sur le territoire de celui-ci. La convention de 1951 prévoit que ces personnes qui, demandant l’asile, puissent franchir une frontière sans visa, ni passeport.
Sans le respect de ces trois principes fondamentaux, les réfugiés ne peuvent pas être protégés. » 

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Depuis cette date, partout, des obstacles législatifs et administratifs, des manquements graves sur le terrain à ces principes ont laminé ces droits et inventé la catégorie des « sans-papiers », sans droit, destinés aux centres de rétention, aux conditions de vie indignes, précaires, dans la rue ou en squat en particulier les mineurs isolés. Les associations pallient ces carences autant que faire se peut.

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Des papiers pour tous © Georges-André Photos
Tous les intervenants décrivent ces obstacles sans cesse renforcés, cette "fabrique des "sans-papiers", leur action au quotidien, la situation précaire des réfugiés, esquissent une autre politique, toutes et tous sur le refus des expulsions et la régularisation des sans-papiers.

Martine pour R.E.S.F (Réseau Education Sans Frontière) ouvre le rassemblement. Elle explique comment concrètement, tout est fait pour décourager les réfugiés, les précariser, comment l'augmentation des délais d'attente, délais de carence, temps de rétention, majoration des âges de jeunes mineurs, laissent dans des conditions indignes ces demandeurs d'asile et réfugiés menacés dans leur pays (condition souvent contestée par les autorités) avec des problèmes d'hébergement, sans-papier, des mineurs en squat. Elle précise les interventions des associations pour combler les manques de l'état, du conseil départemental et de l'assurance-maladie notamment dans le suivi des dossiers et les recours. « ... Les réfugiés sont très mal accueillis à Clermont. Heureusement, il y a les associations... »

R.E.S.F © Georges-André Photos

Alice pour la CIMADE 63 (Comité Inter-mouvements auprès des évacués) réclame une large et durable régularisation des sans-papiers, qui en grand danger, ont fui leurs pays. Elle dénonce la « défiance et exclusion » , maîtres-mots des politiques actuelles, la stigmatisation des personnes avec des enfants parquées dans les centre de rétention, rétention au délai rallongé.

Elle dénonce le le « règlement de Dublin » : « Les exilé·e·s ne peuvent pas choisir le pays dans lequel ils et elles souhaiteraient demander l'asile. Le Règlement dit Dublin III prévoit qu'une demande d'asile doit être examinée dans le premier pays européen où les empreintes du demandeur d'asile ont été prises. Les demandeurs d'asile arrivant principalement dans les Etats à la frontière sud de l'Union Européenne (Italie, Grèce, Espagne, Bulgarie...), leurs empreintes y sont prises de façon plus ou moins forcée : ils sont automatiquement soumis à ce règlement.

L'Europe a fait le choix de répondre à la crise migratoire en créant une véritable crise de l'accueil. Le système Dublin nie la solidarité entre les Etats... n'est pas une politique d'asile. Il permet aux pays du nord de l'Europe de renvoyer les demandeurs d'asile, essentiellement dans les pays du sud qui doivent assumer la gestion de presque toutes les demandes d'asile. Le système Dublin est coûteux, absurde et inefficace. Il empêche l'intégration des réfugiés [en allongeant] le temps avant de pouvoir demander l'asile et obtenir une protection internationale... dans l'angoisse d'un renvoi, en errance ou à la rue. Le demandeur d’asile doit avoir le choix du pays où déposer sa demande : en conséquence le règlement Dublin III doit être abrogé. »

Cimade © Georges-André Photos

Mohanad pour la LDH (Ligue des Droits de l'Homme): Déclinant la devise républicaine, il montre comment les étrangers, demandeurs d'asile et réfugiés, en sont exclus : sans papier, pas de liberté. Ni égalité : le CESEDA, code spécifique aux étrangers, de loi en loi, ajoute des obstacles pour délivrer ces papiers indispensable pour bénéficier de ces droits. Il parle de « dés-intégration ». Le droit est celui du centre de rétention, lieu de privation de liberté. « L'état est une fabrique de de clandestin ». le regroupement familial devient impossible, l'aide médicale d'état (AME) est soumise à prouver sa présence en France depuis six mois … impossible quand on n'a pas d'adresse.

[En droit français, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou CESEDA, est le code regroupant les dispositions législatives et réglementaires relatives au droit des étrangers].

Ligue des Droits de l'Homme © Georges-André Photos

 Didier pour Solidaires avec force et conviction : « ...Et ici à Clermont-Ferrand comme dans plusieurs dizaines d'autres villes il y a des gens comme vous, comme nous, qui manifestons aujourd'hui.
A Clermont-Ferrand, ça fait vingt-trois ans que ça dure, sans discontinuité, ça fait vingt-trois ans. Alors, il y en avaient d'autres qui manifestaient et ça c'est arrêté, mais depuis vingt-trois ans où des Guinéens à qui on refusait des papiers ont décidé d'occuper une église pendant six mois, et bien depuis l'activité de solidarité avec les migrants, avec les sans-papiers et les demandeurs d'asile, elle existe à Clermont-Ferrand, elle réunit parfois plusieurs centaines, des fois jusqu'à un millier de personnes, aujourd'hui c'est un peu plus de cent mais en tout cas, elle est sans discontinuité cette activité, et pourtant en vingt-trois ans, les gouvernants se sont succédés, les couleurs de gouvernement se sont succédés, et toujours, toujours, toujours, on a fragilisé le statut de réfugiés et on a toujours fragilisé le statut de réfugiés, c'est comme ça ceux qu'on appelle aujourd'hui, qu'on a fabriqué les sans-papiers.

Les sans-papiers comme le disait Mohanad c'est une fabrique de l'Etat par manquement au respect du statut de réfugiés. Et dans les médias, on nous explique sans arrêt, que nous, on exagère forcément, parce qu'il y a les bons réfugiés et il y a les mauvais ; il y aurait les bons car il y a la guerre chez eux, à condition qu'on considère que la guerre chez eux, elle est réelle et que la France n'a aucun intérêt dans cette guerre.

Et puis il y a les mauvais, c'est ceux qui viendraient parce qu'ils ont vu qui avait de l'eau chaude... comme si, au Mali, quand on crève la dalle, on regardait quelles sont les lois qui vont nous permettre en France de vivre bien ! Non, les gens, ils sont chassés de chez eux par la violence la misère et la guerre et ils viennent essayer de se réfugier là où ils pensent pouvoir s'établir pour avoir une vie meilleure.

Pendant longtemps la France a été cet asile, elle pouvait s'enorgueillir de ça, des gouvernements continuent à s'enorgueillir de ça, mais aujourd'hui c'est un mensonge, c'est un mensonge et c'est ce qui justifie le fait qu'une organisation et un collectif comme RESF continuent dans de nombreuses villes en France - et dans d'autres villes, c'est d'autres collectifs - à maintenir cette activité de solidarité avec les sans-papiers ; et cette activité, elle ne s'arrêtera que le jour où cette question sera résolue, et cette question elle commencera à être résolue que le jour où le gouvernement aura en face de lui assez de monde pour lui dire : il faut régulariser tous les sans-papiers ! »

Solidaires © Georges-André Photos

 Fabien pour la FSU (Fédération Syndicale Unifiée) : « Tu sais petit, c'est important d'apprendre
                        mais je n'ai rien dans le ventre
                        Tu sais petit, c'est important d'apprendre
                        oui mais madame, la nuit on l'a passé dans la rue et j'ai très mal dormi … »

FSU © Georges-André Photos

Paco pour l'UNEF, avec un débit de cheval au galop dénonce les guerres par procurations, les conséquences d'un système économique toxique qui tue l'emploi et les éco-systèmes, précipitant des millions de personnes sur les routes, vers l'exil, dans ou hors leur pays.

Il décrit le parcours de malheur des réfugiés : la peur de tomber aux mains des trafiquants d'êtres humains, le silence coupable de la communauté internationale, l'arrivée aux portes de l'Europe-forteresse qui entasse à l'est [et au Sud], empêchent les ONG de secourir ceux qui se noient en Méditerranée. En France, Macron a aggravé cet accueil avec sa loi « Asile et émigration » qui durcit encore les obstacles pour obtenir des papiers... criminalise ceux qui leur viennent en aide. Ils et elles subissent la violence raciste des institutions, se retrouvent en centre de rétention avant l'expulsion souvent arbitraire ...

UNEF Clermont © Georges-André Photos

José et J.D. pour le D.A.L.(Droit au logement) : L'association s'occupe des familles qui ont un titre de séjour mais une difficulté à trouver un logement ou sous le coup d'une expulsion possible. Faute de proposition de logement (non de logement), il a soutenu les squats et après d'autres sur Clermont et aux alentours, participe à la gestion du squat dit 5E (« 5 étoiles ») géré par un collectif de citoyens et d'organisations. Le vécu des habitants est des plus précaires, expulsables d'un jour à l'autre, dépendant de dons pour payer l'énergie.

JD, profondément scandalisé, dénonce un choix arbitraire qui laisse de jeunes enfants dans la rue : l'an dernier ne pouvait rentrer dans la catégorie des familles à loger que celle ayant un enfant de moins de trois ans. Les autres ont pu attendre dans la rue avec leurs jeunes enfants de trois ans et plus. La préfecture n'a pas dit que des logements manquaient, mais que ces familles ne rentraient pas dans les critères pour en bénéficier.

D.A.L. © Georges-André Photos

Yves pour l'AFPS (Association France-Palestine solidarité) précise que, selon l'INU, en 2019, 80 millions de personnes ont fui la guerre et les persécutions, soit deux fois plus qu'il y a dix ans. Trente-quatre millions ont quitté leur pays dont 8 millions de réfugiés palestiniens. Il poursuit : "Israël n'a jamais respecté le droit au retour voté par l'ONU... l'épuration ethnique de la Palestine se poursuit... vie précaire dans les camps surpeuplés malgré l'aide de l'ONU". Les conditions se sont aggravées cette année avec la gestion du Covid.
Depuis 2018, les manifestations à Gaza pour le droit aux retour ont fait des centaines de victimes de jeunes et des milliers de blessé.es souvent amputé.es. Aujourd'hui, l'annexion de la Palestine est en cours, soutenu par Trump. Il est urgent de faire pression sur les gouvernements pour cesser la collaboration avec Israël et le sanctionner. avec le mouvement-citoyen BDS (Boycott, désinvestissement, sanction)... Il dénonce l'utilisation de drônes mis au point et testés sur la répression des palestiniens contre les migrants au lieu de mener des opérations de secours. Elle doit cesser.

Appel est lancé pour le samedi 27 juin à 16 heures place de Jaude pour dénoncer l'annexion de la Palestine et développer le BDS comme un moyen citoyen, non-violent, antiraciste participant du droit des réfugiés.

Association France-Palestine Solidarité © Georges-André Photos

Jean-Claude, membre du CADA d'Ambert se présente comme militant associatif, politique et syndical. Il dénonce le management du directeur nouvellement nommé à sa tête qui a provoqué le départ de multiples personnes (travailleurs sociaux, administrateurs...). Dans le secteur, la situation s'est dégradée depuis quatre ans. Pendant le confinement, un demandeur d'asile débouté a été arrêté et conduit au centre de rétention de Lyon pour expulsion. Il a été relâché sous 48h devant la forte mobilisation locale d'une centaine de personnes et l'intervention du maire amenant le déplacement de la préfète sur le secteur.
Une autre menace d'expulsion est en cours : une jeune ivoirienne avec un bébé de 7 mois déboutée est menacée d'expulsion. Le collectif se mobilise et Jean-Claude avec une autre personne au sein du CADA s'efforce de lutter pied à pied pour l'éviter. Il fait appel à notre solidarité si besoin dans un bref délai.

[Un Centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) est un foyer spécialisé pour l’hébergement des demandeurs d’asile durant le temps d’examen de leur demande. Les missions et le régime juridique du CADA sont définis aux articles L. 348-1 et suivants du CASF. Les CADA relèvent de l'action sociale et sont à ce titre financés par l'État à travers les préfectures de région qui en assurent la tarification. Enfin, la gestion est déléguée à une association ou une entreprise choisie au terme d’une procédure d’appel d’offres.]

Livradois-Forez © Georges-André Photos

Ana pour LFI (La France Insoumise) en campagne municipale, liste Maximi : « … A Clermont-Ferrand, c'est la même chose ! 7000 logements vides et au lieu de réquisitionner, la préfecture et la mairie laissent chaque année ou presque des camps de réfugié.es, gérés dans l'urgence et sans moyens par RESF et des associations et syndicats, se monter à Jaude, à la fac de Lettres ou place du 1er mai.
Ca n'est plus possible de fermer les yeux. Nous ne voulons pas d'une ville qui abandonne une partie de ses habitants.es, les plus fragilisés, dans des camps de fortune bien souvent sans même un accès à l'eau... Nous voulons une ville qui protège malgré des lois inhumaines, telle que la loi « Asile », qui mette les moyens pour accueillir l'ensemble de ses habitant.es, quelque soit leur couleur de peau et leur statut...
 »

L.F.I. © Georges-André Photos

Intervention du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste)

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 Intervention de deux mineurs (squat 5E)

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