Un titre de séjour pour tous les jeunes majeurs ex-ASE

Les Jeunes Majeurs Etrangers d'Auvergne en manifestation pour obtenir enfin la carte de séjour, sortir de la précarité et les récépissés à répétition, pour travailler et vivre. La lettre ouverte des chef.es d'entreprise et sous le soleil la plage.

Vous trouverez dans ce billet :

- la chronique de la manifestation "Jeunes majeurs étrangers" à Clermont du 26 mars à 15h avec avec des nouvelles de Madama et à la fin de cette partie, le témoignage en direct de deux jeunes majeurs étrangers

- Le texte complet de la "Lettre ouverte des chef.fe.s d'entreprises au préfet en faveur de leurs apprentis étrangers",  initiative révélatrice par son argumentation d'une possible intégration à laquelle s'oppose, quoi qu'il en coûte, l'idéologie de la chasse aux migrants.

- enfin, une nouvelle (peut-être) rubrique :  "Dernières heures avant fermeture" qui vous montre la flashmob de cet après-midi 27 mars suivie d'une danse, initiatives des occupants de "La Comédie" (Lire ici)  sur cette place inondée de soleil.


laughing  Symbole de l’aide aux migrants en France, Cédric Herrou relaxé définitivement

 

La manifestation "Jeunes majeurs étrangers"

Vous arrivez mineur en France après des mois de galères itinérantes, ayant laissé au pays son histoire, sa famille, ses ami.es, le retour, par nécessité. Vous avez parcouru un itinéraire inconnu, incertain de tous les dangers (viol, vol, esclavage, noyade, épuisement, incarcération, mort...)  Chance ! Ouf ! vous voilà rescapé.e d'une difficulté, une simple difficulté comme certaine.es pourraient le penser ! … Vous croyez vraiment que ce périple puissent se tenter sans une raison vraiment, vraiment très sérieuse ? Que feriez-vous, vous ?

Après plus ou moins de difficultés, vous êtes reconnu.es mineur.es, parmi beaucoup qui ne le sont pas, avec un test osseux des plus incertain, si ce n'est fantaisiste pourtant tenu pour preuve.Vous entrez dans le quota de mineur.es autorisé.es : Chance ! Oui une vraie chance puisque ce test osseux sert surtout à tenir un pourcentage de migrants à déclarer mineurs comme un quota à respecter, mineur ou pas, C'est pas le problème, mais pas trop n'en faut !

Parapluie ou arbre à textes © Georges-André

Cette fois encore, la troisième, la roue de la chance tourne en votre faveur, l'Aide sociale à l'enfance vous prend en charge. Ils et elles font ce qu'elles et ils peuvent alors pour vous accueillir le mieux possible et même si c'est pas toujours terrible – vu les budgets – c'est beaucoup mieux que pas d'ASE du tout. Chance, vraie chance, même si c'est un droit qui devrait être de fait et pas d'abord ou seulement de principe. Le respect du droit est un vraie chance en somme ! Hélas oui  à l'échelle du monde. Bien peu respecté à l'échelle du pays.

Vous coulez donc des "jours heureux" angoissé.e dans la précarité à vous reconstruire, vous former, apprendre la langue, découvrir ce beau pays. On vous a dit de vous former (« on » c'est le discours institutionnel donc des autorités), vous vous formez donc. Vous passez un diplôme professionnel, généralement pas de secteur où les né.es français.es aiment se former. En premier lieu, l'acquisition du français est votre fierté autant que nécessité. Vous pouvez en être fier (moi après des années d'anglais en scolarité sans interruption dont certaines à étudier Shakespeare et « Seven Ages » en suit encore à peu de choses du départ).

Sur Jaude, rassemblement, slogans et difficulté avec la sonorisation © Georges-André

Donc reconnu.es mineur.es, pris en charge par l'ASE, vous avez satisfait.es aux conditions d'intégration énoncées : papiers d'identité, français acquis, diplôme, vous pouvez raisonnablement vous attendre à un avenir en France à votre majorité. Vous êtes devenu.es jeunes majeur.es étranger.es et devez déposer une demande de carte de séjour pour prétendre à un travail et travailler pour avoir une carte de séjour. Un travail qui ne manque pas aux travailleurs : CDI  souvent de secteurs de main d'oeuvre difficile à recruter tant certains travaux ne sont plus dans l'air du temps.

Cette carte de séjour est un sésame qui ouvre droit au travail, à la sécurité, à la CAF au BSR, à vivre en France. A votre demande de dépôt de demande de carte de séjour, vous recevez un récépissé valable six mois puis, si pas de décision pour la carte de séjour, c'est tous les trois mois. Un jeune majeur étranger du Puy-de-Dôme a eu droit à dix-sept récépissés sans décision sur sa carte de séjour. Vous écouterez la précarité psychique que cette non-réponse entraîne, cette impossibilité de se projeter à plus de trois mois dans l'angoisse d'une OQTF (ordre de quitter le territoire) toujours possible comme Madama !

Mais dans quel pays vivons-nous ? Quel temps vivons-nous ? Dans quel mépris sont tenues ces personnes ? La préfecture fait ce qu'on lui demande, au zèle près de préfet.es en manque de carrière. Point Goldwin me guette.

Voilà la situation qui a amené la création d'un collectif Jeunes majeurs étrangers dans le Puy-de-Dôme et la manifestation devant la Préfecture du département.

De la place de Jaude à la nouvelle Préfecture © Georges-André Photos

C'est-y pas une chance d'être né.e Français.e et de pas devoir s'en émigrer ? A refuser de voir le problème, les migrations de l'intérieur - comme vendredi dernier celle de parisiens chanceux en mal de confinement ont pu migrer sur la côte normande ou bretonne – pourraient bien susciter le même rejet xénophobe : les occasions ne manqueront pas, même après cette pandémie : Ca chauffe la planète !

Les rayons du soleil illuminent ces jeunes majeurs © Gedorges-André Photos

Devant la Préfecture plusieurs jeunes majeurs étrangers prennent la parole

Le jeune Alpha : "...La migration existe depuis longtemps mais c'est un tabou depuis la création de ce monde... il faut une solution durable par l'application de la loi de 1951.L'accueil des réfugiés est au programme de l'ONU créée en 1950 mais en 1957 avec l'indépendance de la plupart des pays colonisés, les experts de l'Europe réunis en Italie ont trouvé une « loi » pour empêcher la régularisation des migrants dans le monde... L'argent consacré aux migrants ne vient pas de la « poche » de l'Italie, ni de la « poche » de l'Europe mais de la Banque mondiale, il y a très peu de migrants régularisés...

Pour le logement Il y a une injustice flagrante dans la situation des migrants, on se retrouve chez des copains, on se retrouve dans une famille mais pas … Si nous avons abandonné derrière nous tout ce que nous possédions c'est pour avoir une vie meilleure... Il y a ceux qui travaillent parmi nous, qui avons un CDI ou un CDD, quand on fait le calcul on voit qu'on participe au développement de la société...

sans titre de séjour on n'est pas vivant
sans titre de séjour, pas de dignité,
sans titre de séjour, pas de solution "

Le jeune alpha © Georges-André

Un deuxième jeune majeur prend la parole : " Vous vous êtes déplacés pour nous soutenir avec un cœur ouvert. Nous vous remercions... Bon nombre parmi nous sont dans des situations pas possibles... Pourquoi on est immigré ?quand on se sent pas bien chez soi, on se barre. La seule solution était de partir.... Depuis 2 ou 3 ans on est là, nous essayons de nous intégrer, on aime la France, on a appris le français...Depuis qu'on est petit on a appris que le France était le pays ds droits de l'homme.... Un homme dont je ne me souviens plus le nom a dit : « Chaque génération doit choisir son combat, le conquérir ou le trahir. » ...

Personne ne veut quitter son chez soi, je ne pouvais pas avoir un lendemain meilleur, mais même ici on ne peut pas avoir un lendemain meilleur.... On a fait beaucoup d'efforts pour venir, quoiqu'il arrive on reste ici, on lutte ensemble pour la liberté"

Intervention d'un jeune majeur étranger © Georges-André Photos

Des nouvelles de Madama écrite par sa famille d'accueil

(Voir notre billet du 12 mars)

De la part d'Eric et Véronique © Georges-André Photos

Martine Roussel exprime l'opposition de RESF 63 à la création de quatre nouveaux centres de rétention administrative (CRA) décidé récemment. Lire ici

L'UNEF avec Paco puis la LDH avec le fraternel Mohanad expriment leurs engagements :

UNEF avec Paco © Georges-André Photos

LDH avec Mohanad © Georges-André Photos

A l'issue de la manifestation qui s'est déroulée avec tous les codes citoyens respectueux et sans surveillance excessive, nous avons recueilli le témoignage de deux jeunes majeurs : un témoignage direct qui porte la parole de tous ces jeunes, de leurs espoirs, de leur galère, de leur énergie vitale. Prenez le temps de les écouter pour les entendre.

Deux jeunes majeurs s'expriment © Georges-André Photos


Lettre ouverte des chef.fe.s d'entreprises au préfet en faveur de leurs apprentis étrangers

Nous sommes chef.fe.s d'entreprises. Notre but est de faire vivre nos entreprises et par chance, certain.e.s d'entre nous s'en sortent sortent malgré un contexte économique compliqué.

Dans ce cadre, nous nous attachons à ce que les relations avec nos salariés soient les plus simples et transparentes possible, que chacun sache quelle est sa place pour que tout fonctionne bien, que les relations entre collègues soient sereines.

La France a la réputation d'être une terre d'asile et d'accueil pour les ressortissants étrangers qui tentent de fuir des situations souvent douloureuses et parfois dramatiques.

Notre pays, dont vous êtes le représentant, accueille tous les ans des mineurs pour lesquels leur arrivée sur notre territoire est synonyme d'un nouveau départ dans la vie.

Nous accueillons certains d'entre eux dans nos entreprises en tant qu'apprentis. Notre objectif est de leur dispenser une formation qui leur donnera les outils nécessaires à leur intégration dans le monde du travail. Notre engagement à leur côté est le même que celui que nous accordons à un ressortissant français.

Nos entreprises ont besoin de collaborateurs motivés et engagés dans leur travail. Nos apprentis ne sont pas des salariés de seconde zone. Ils participent à l'avenir de nos entreprises.

Monsieur le préfet, soyez assuré que lorsque nous engageons du temps au côté d'un apprenti, c'est que nous souhaitons qu'il trouve sa place sur le marché du travail et bien souvent même au sein de l'entreprise qui lui a dispensé sa formation. Nous ne fabriquons pas des chômeurs, nous formons les forces vives de demain. Nos apprentis étrangers sont méritants et déterminés à être des acteurs de nos entreprises.

Pour être en règle, tous les 3 mois nous devons faire une demande d'autorisation de travail à la Direccte [Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] Cette situation est due au fait que l'autorisation de travail est limitée à la durée de validité des récépissés qui sont le plus souvent de 3 mois. Ces démarches représentent l'exact contraire de ce qu'on veille à leur enseigner : ne pas refaire les choses mais les faire une fois pour toute correctement. Parfois, les renouvellements des récépissés, nécessaires pour l'autorisation de travail, traînent alors que les demandes ont été faites dans les temps, ce qui met nos salariés en situation illégale.

De même, il est pesant pour nous, dirigeants, de savoir que les conditions d'existence de nos salariés sont compliquées. Ne pas pouvoir demander les APL implique une insécurité permanente dans l'accès au logement. Ne pas pouvoir prétendre au permis de conduire implique des difficultés d'organisation dans le travail et ferme les portes à certaines activités.

Nous aimons savoir que nos collaborateurs sont impliqués et qu'ils sont assurés que leur travail leur permet de vivre sereinement, se loger, se nourrir sans être inquiets de ce qui va leur arriver le jour d'après.

Quel message la France veut faire passer à celles et ceux qui travaillent avec sérieux en étant relégués au ban de la société parce qu'ils n'ont pas les papiers nécessaires à l'obtention d'un permis de conduire ou d'un complément financier leur permettant de se loger ?

Quel message envoyez-vous aux entreprises lorsque, dans cette période de crise sanitaire, notre pays étend à juste titre les droits au chômage partiel de certains bénéficiaires alors même qu'on refuse à de jeunes apprentis méritant le droit de travailler sereinement ?

Monsieur le préfet du Puy-de-Dôme, nous savons que vous comprenez les problèmes que suscitent cette situation de précarité administrative pour nos salariés ainsi que le surcroît de taches administratives qu'elle entraîne dans nos entreprises et la perte de productivité qui en découle.

Avec le plus grand respect, vous vous rappelons qu'au titre de l'article L6221-1 du code du travail , le contrat d'apprentissage est un contrat de travail.

C'est pourquoi nous vous demandons de rendre possible l'obtention d'un titre de séjour d'une durée équivalente à celle du contrat d'apprentissage pour tous nos salariés qui peuvent y prétendre.

Recevez, Monsieur le Préfet, nos salutations les meilleures.

Premiers signataires : V. Delorme – Timatec, R. Ferrier – SEG, T. Geisler – Geisle, P-E. Lebigue – Les 4 Couronnés, F. Lechartre – Restaurant L'air 2 rien, N. Louro – BM Finition peinture, D. Roux – David électricité et maintenance Industrielle, N. Rudel – Ets RUDEL, J. Sampaio – Sampaio Construction, L. Slama – BBS Développement, L. M. Tessonnière - CPS.

Pour signer également, merci d'envoyer un message à : soutien.apprentis@gmail.com


Dernières heures avant fermeture

HK a encore frappé : Flasmob proposée par les occupants de La Comédie

La danse encore et encore ... dans un autre style et avec énergie

Artistes ou pas mais solidaires : danser © Georges-Anndré Photos

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