L'heure a sonné de l'offensive pour intimider, dissuader et régler ses comptes

D'actions pour revendiquer en actions contre la répression, les organisations contestataires doivent faire face à une offensive répressive d'ampleur en utilisant Police et Justice pour casser la dynamique revendicative qui dure et trouve de nouvelles formes d'expression. Le Pouvoir tente de limiter l'action syndicale à une vocifération inconséquente et d'exercer un chantage sur les personnes.

L'audition libre avant la convocation et la possible garde à vue devient la forme que prend maintenant la répression pour faire payer la peur et entraver l'action syndicale sous tous les prétextes. C'est une politique délibérée d'intimidation, de dissuasion après les violences policières qui ont mutilé depuis novembre 2018. Elle veut entraver l'action syndicale et bien au-delà d'autres formes d'organisation en enfermant celles-ci dans la défense des personnes mises en cause, de plus en plus nombreuses. Peu importe le prétexte, il faut punir et faire peur, exercer un chantage masqué à la judiciarisation des "délits-prétextes" faute de rester à la maison.

Karine : poursuivre pour l'exemple

Karine a signé avec deux autres personnes la manifestation du 21 septembre déclarée légale. Ce fut une manifestation pour le climat des plus réussie, joyeuse et illustrée. Mais Karine a été appelée pour une audition libre de deux heures et demie voilà quelques semaines. Qu'a-t-elle donc fait ? Pourquoi si longtemps après ?

Deux chefs d'accusation sont retenus contre elle en tant que co-responsable de la manifestation du 21 septembre : Les affiches l'annonçant ne mentionnaient pas les mentions légales "Imprimé par nos soins - ne pas jeter sur la voie publique", premier grief. Quatre ficelles tenant une affiche sur un panneau de signalisation (sans l'occulter) sont restées après la manifestation. Karine (et elle seule), ayant signé pour demander l'autorisation de manifester est tenue pour responsable. Après l'audition libre, cette fois un cran de plus, elle est convoquée ce 31 janvier. A son issue, son avocate, Maître Dardat, précise que le premier grief peut être considéré comme un délit, le second peut valoir une amende de cinquième catégorie. Le commissaire va transmettre son rapport au procureur qui décidera des suites éventuelles à donner.

Devant le commissariat principal, l'avocate de Karine précise les motifs et leurs conséquences © GeorgesAndrePhotos Devant le commissariat principal, l'avocate de Karine précise les motifs et leurs conséquences © GeorgesAndrePhotos

Deux constats : les motifs présentés, déconnectés du thème (climat) et du déroulement de la manifestation (des plus joyeuses et détendues), sont des prétextes et sont sortis au moment qui leur paraît opportun après la mobilisation massive de l'année écoulée. Cette procédure amorcée bien après les faits exerce une sorte de chantage en pressant de faire profil bas et de rentrer dans le rang, celui qui ne proteste pas.

Pourquoi Karine ? Gilet Jaune, posée et réfléchie, elle dérange et a pris la parole à plusieurs reprises en manifestation pour ces Gilets jaunes. Pourquoi elle seule ? parce qu'elle seule est en ligne de mire. Pour le moment les deux militants "climat" signataires avec elle ne sont pas susceptibles d'être inquiétés pour ces mêmes motifs... jusqu'à ce qu'ils dérangent eux aussi. Après les violences policières, la chasse est ouverte aux Gilets jaunes : il faut leur faire payer l'affront et la peur.

Ecouter ici la déclaration de Karine en sortant du commissariat. Vous comprendrez dans celle-ci combien pour un prétexte quelconque Police et Justice peuvent être utilisées par ce gouvernement, comment la loi n'est pas faite ici pour protéger le citoyen mais écraser une personne par une machinerie qui lui échappe (une procédure, un motif vite qualifié en délit, des poursuites engagées ou non à discrétion du procureur) .

Déclaration de Carine à sa sortie du commissariat

Cinq personnes mises en cause par une plainte du Recteur

Ce 24 janvier, cinq enseignants, deux étudiants et un lycéen de 17 ans sont convoqués au commissariat principal de Clermont-Ferrand pour répondre de « infraction d’intrusion non autorisée dans un établissement d’enseignement » sur une plainte du rectorat via la proviseure qui ne peut que s'exécuter.

Qui sont-ils ? Didier Pagès, co-secrétaire du syndicat à SUD éducation, Frédéric Campguilhem, secrétaire académique CGT Educ’action, Anna Mendez et Paco Bellouche militants UNEF et un lycéen de 17 ans. De plus, le même Frédéric Campguilhem, les responsables départementaux du SNES, Patrick Lebrun et Fabien Claveau, Frédéric Abrioux, secrétaire du syndicat FO du second degré, ont reçu un courrier du rectorat les informant d’une menace de sanction disciplinaire.

Pourquoi ? Le 18 janvier, une manifestation a eu lieu dès 7h30 devant le lycée Blaise Pascal avant les premières épreuves dites E3C ( épreuves communes de contrôle continu). La suite vous pouvez la lire sur le site de La Montagne.

Les portes étaient ouvertes, certains sont rentrés. Finalement la proviseure a annulé ces épreuves. Immédiatement le recteur a clairement écrit vouloir engager des « suites » à cet événement ce qui veut dire des poursuites.

Ce qui fut et qui est intolérable c'est que le lycée Blaise Pascal est le premier lycée de France à avoir annulé ces nouvelles épreuves issues de la réforme du bac voulue par Blanquer. Il s'agit de taper fort pour éviter la contagion des annulations en série. Ce Bac doit, aussi, passer en force.

Ce 22 janvier, La Montagne fait le point de la situation à Blaise Pascal.

Le mercredi 29 janvier, jour de convocation au commissariat, a d'abord été celui d'une neuvième manifestation contre la loi retraite mais aussi cette fois, contre la répression qui s'abat sur les responsables et militants syndicaux (Lire sur Médiacoop). Le 30 janvier, une nouvelle manifestation a eu lieu devant le rectorat. Lire l'excellent hebdo de Guillaume Chaudet-Foglia

Devant le rectorat pour la levée des poursuites

Malgré une petite pluie, l'Intersyndicale Education et plus de deux cents personnes se sont retrouvées pour la quatrième fois devant les grilles fermées du rectorat de Clermont sur fond de Comité Technique Paritaire académique boycotté par les représentants FSU et FO. Au même moment, les administratifs du rectorat exprimaient leur propre colère. Au centre de la manifestation, la levée des sanctions et la fin des poursuites, la dénonciation de la criminalisation du mouvement social. Les dotations horaires globales des établissements secondaires étant connues depuis quelques semaines, des collèges ruraux, un contingent important des enseignants du collège de la La Tour d'Auvergne, est venu en force et dynamisme pour refuser la suppression d'une classe (sur cinq !).

Protestation devant les grilles du rectorat © GeorgesandréPhotos

Les images de cette manifestation :

30-01-20 Devant le rectorat © GeorgesAndréPhotos

Ce collège de La Tour d'Auvergne nous rappelle que les collèges ruraux font face à de multiples difficultés et pourtant jouent un rôle essentiel pour garder ce service public dans les campagnes et les montagnes au lieu de balader nos gamins dès onze ans, levés bien trop tôt le matin avec les risques du transport en car.

Lire aussi : "la coupe est pleine"

Les enseignants du collège La Tour d'Auvergne sont venus en nombre © GeorgesAndréphotos Les enseignants du collège La Tour d'Auvergne sont venus en nombre © GeorgesAndréphotos

Ce collège a cinq classes dont deux en sixième. Le rectorat veut fermer une de ces deux classes, manipulant les chiffres de la future rentrée (de 34/35, il devient 29 donc pas de deuxième classe de sixième), sans considération pour les élèves, les activités du collège (par la perte de trois heures d'autonomie pour la classe supprimée) qui en seront affectées, les services partagés entre plusieurs établissements lointains pour les profs. Avec cette suppression, c'est simple, à la rentrée prochaine,  il n'y aurait plus qu'un seul professeur avec son temps de travail sur ce seul établissement. Ecoutons-les :

 1 - Collège et ruralité 

2 - Des professeurs sur plusieurs établissements, conséquences :

Pour chanter et mieux clamer pour se faire entendre, il faut aussi s'entraîner. Avec un tambour c'est mieux !

Chanter © GeorgesAndréPhotos

Will : pour Wissam

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Wissam El-Yamni est ce jeune homme interpellé dans le quartier de la Gauthière à Clermont-Ferrand, mort dans les locaux du commissariat dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1 janvier 2012. Après huit ans de procédure, de fausses déclarations et de mensonges peu à peu démontrés, d'expertises et de contre-expertises,  le 4ème rapport du collège d'experts mandaté par la cour d'appel a levé le voile en notifiant à la famille le 2 février 2019, un élément central des circonstances de ce décès : l'intervention d'un tiers est reconnu élément déclenchant du coma et du décès. L'instruction reste en l'état, malgré cet élément enfin reconnu qui devrait étendre celle-ci.

Dès les premiers jours le "Comité Justice et Vérité pour Wissam" s'emploie sur tous les plans par de multiples manifestations et débats, des reportages, concerts et campagnes de sensibilisation à faire connaître et reconnaître la vérité des circonstances de la mort de Wissam.

Dans un article d'Eloïse Lebourg sur Médiacoop (média indépendant  de Clermont-Ferrand) "Will, antifasciste, en procès le 30 janvier pour un Tag", elle fait toute la lumière sur ce qui est une fois encore, un règlement de compte pour un prétexte futile : "Will est bien connu du milieu militant clermontois. Il est l’homme sur lequel on peut compter lorsque les fascistes font des menaces, il est là aussi quand il faut rassembler, écouter et tenir les slogans. Le 5 décembre, il a été intercepté alors qu’il graffait le prénom Wissam sur un passage piéton. Il raconte pour Mediacoop la terrible garde à vue et les pressions exercées sur le milieu militant clermontois." La suite, impressionnante est ici.

Nous étions devant le tribunal ce 30 janvier. Ci-dessous, dans l'attente de sa sortie.

 © GeorgesAndréPhotos © GeorgesAndréPhotos

 

 Avec son avocat Maître Borie

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Ci-dessous, Guy Dumoulin du Comité Wissam, fait une déclaration, en voici un extrait :

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Le juge a maintenu le contrôle judiciaire de Will : pointer chaque semaine au commissariat, interdiction de manifester.... pas un peu cher pour un tag rappelant que vérité et justice pour Wissam ne sont pas obtenues ?

Un peu d'humour par Claude

En décembre 2019, le quotidien régional La Montagne, titrait et diffusait sur un cas très particulier des informations (d)étonnantes : "L’époux de la préfète du Puy-de-Dôme, auteur des tweets détonants révélés dans nos colonnes, s’est ménagé une place qui outrepasse son simple statut de « mari de »". Voici ces deux articles, pour comprendre la lettre humoristique de Serge.

Publié le 6/12/2019 : "Propos anti-immigrés, anti-Europe et anti-fonctionnaires : quand le mari de la préfète du Puy-de-Dôme se lâche sur Twitter"

Publié le 9/12/2019 : "Tweets polémiques du mari de la préfète du Puy-de-Dôme : un époux décidément très encombrant".

"Un conte de Noël pour la nouvelle année (en forme de lettre à Mme la préfète).

D’après la Constitution française, la République a comme principe le gouvernement du peuple, pour  le peuple et par le peuple. Pour ce faire, le peuple a besoin de lieux où il peut construire son unité afin d’exercer sa pleine souveraineté.

Nous avions, faute de mieux, occupé les ronds-points, vous les avez fait dégager ; nous avions construit des cabanes, vous les avez fait détruire. Ils étaient des lieux de convivialité et d’échanges exceptionnels, nouveaux et indispensables. Ils permettaient aux personnes venant de tous horizons et de toutes classes sociales de préparer les changements pour une société plus juste, plus respectueuse de l’environnement et pour un monde meilleur.

Nous venons d’apprendre qu’un local vient de se libérer au 3ème étage de la Préfecture, l’occupant ayant été congédié.  Situé en plein centre ville, disposant d’une vue sur le boulevard, confortable, en parfait état, chauffé et nettoyé régulièrement par le personnel de la Préfecture, équipé de façon moderne avec téléphone et accès à internet, le tout pris en charge intégralement par le contribuable, ce lieu nous convient parfaitement.

Nous estimons correspondre aux critères nécessaires pour occuper un lieu comme celui-ci. Notre moralité et notre sens du service public sont appréciés et reconnus par tous. Nous ne passerons pas notre temps à envoyer des messages de haine et de discrimination, nous resterons bienveillants à l’égard du personnel de la Préfecture qui fait preuve de beaucoup de dévouement. Nous ajoutons que nous oeuvrerons pour l’intérêt public exclusivement.

Claude Gilet Jaune du 63"

NDLR : Ne riez pas jaune c'est pas la peine mais rire oui !

 

 

 

 

 

 

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