A trois jours du premier tour de cette présidentielle, les résultats du premier tour sont des plus incertains. Personne n'a gagné, personne n'a perdu des quatre candidats en tête dans les sondages, largement devant tous les autres candidats.

Le constat aujourd'hui : érosion des deux favoris (Macron et MLP), progression des challengers (Mélenchon et Fillon) avec près d'un quart des électeurs qui ne sont pas sûrs de leur vote [lire]. Bref, ces quatre candidats sont dans un mouchoir de poche. Hors certitude béate ou feinte de militants pour qui leur champion va gagner, bien présomptueux qui peut dire quelle en sera l’issue, quels seront les qualifiés pour le second tour.

Par contre, la probabilité de voir Benoît Hamon au second tour s’est évanouie. Torpillé par son propre camp, pris en étau par ceux qui ont voulu la peau du PS et et un attrape-tout qui a fait irruption, il n’a pas pu éviter une probabilité de finir en-deçà des 10%. Le rassemblement de la gauche avec l’axe Hamon-Mélenchon n’a pas eu lieu. Pas d'annonce de ticket (Président/Premier ministre) non plus.

Hamon ne sera pas au second tour, Mélenchon peut être au second tour. Voilà la donne de ces derniers jours. Dans ces conditions, il me paraît bien nécessaire de préciser les enjeux d'un vote de tous les dangers, de toutes les illusions.

 Qui est le candidat Benoit HAMON ?

          Dès le début de sa campagne, j'ai voulu porter Hamon au second tour, d’abord parce je vois en lui, un successeur lointain de Pierre Mendès-France par son «   parler vrai   », ses idées réellement novatrices, sa personnalité ouverte au dialogue. Il est le seul, à mon sens, à lier la construction d'une société plus juste et plus humaine à ce refus d'un langage d'exclusion, de discours haineux ou vengeurs. Le seul à lier la construction de cette société à une éthique politique plus exigeante d'abord par une exemplarité minimale qui n'existe plus depuis … longtemps (si elle a jamais existé !), la moralisation de la vie publique, urgente autant que nécessaire, à une ouverture aux autres réflexions, aux autres idées, aux autres choix tant il est vrai que personne, ni aucun parti ou groupement n'a, à lui seul, les éléments et les choix pour construire cette société de la solidarité et de la fraternité   : La fermeté, la nécessité de décider et l'éthique. Les deux candidats qui ont aujourd'hui des démêlés sérieux et documentés avec la justice, la morale politique, qui se montrent prêts à tout et d'abord au mensonge, ne sont-ils pas prêts à se servir de celui-ci pour eux-mêmes en parlant d'intérêt de la France   ?

Le programme de Benoît Hamon avec la première marche du revenu universel pour les 18-25 ans est le plus novateur. Il permettrait d’améliorer la situation de deux générations (enfants et parents) en même temps et ceux des revenus les plus modestes. C'est le seul à porter cette novation qui réduit réellement les inégalités. L’infléchissement de la politique de l’UE est l’autre grand volet de ce candidat     : tout faire pour sortir l’UE de ce carcan ultra-libéral en construisant les alliances nécessaires, en proposant une assemblée de la zone euro et non de jeter euro et UE par dessus bord (comme le plan B de Mélenchon, comme l’extrême-droite et les petits candidats qui tournent autour, le préconisent). Ce programme réduit ici à sa plus forte expression ne sera pas mis en œuvre. Jean-Luc Mélenchon n'a repris aucune des dispositions de ce programme. C'est un signe d'ouverture à l'envers dans un contexte de ralliement exigé.

L'échec de Martine Aubry à la primaire socialiste de 2012, en permettant la victoire de Hollande, a pesé lourd dans le déroulement de ce quinquennat désastreux qui aboutit à ces choix extrêmes dans une tension extrême d'aujourd'hui. L'échec de Benoît Hamon en 2017 pourtant vainqueur de la primaire socialiste et de l'accord avec Yannick Jadot (ex-candidat EELV) pèsera lourd dans le quinquennat qui s'annonce. Son programme, sans aucun doute pour moi, le seul à la fois novateur, progressiste et réalisable ne sera pas mis en œuvre par ce candidat à la personnalité ouverte et tolérante. Peut-être était-il le seul à pouvoir remettre la France et sa population dans le chemin du partage et de la solidarité loin de ces boucs-émissaires désignés à la vindicte publique. Peut-être sauver notre démocratie qui fout le camp sans tambour ni trompette.

Benoît Hamon doit jouer un rôle politique de premier plan après cette présidentielle. Il peut être le rénovateur d’un nouvelle gauche sans exclusive.

L'offre des quatre candidats en tête

Chacun des quatre candidats en tête représentent, à mon sens, un extrême   :

MLP et Fillon, tous deux impliqués dans des faits délictueux, menacent nos libertés, menacent les plus modestes, sont capables de tout pour mener leur sale politique au service des puissants ou du racisme. Il s’agit bien de faire barrage à ces deux là.

Une part des électeurs sont disposés à voter pour ces candidats, tenant ces actes et attitudes pour détails dont on peut s'accommoder en les niant alors qu'une autre France (qui recoupe en partie la première par désespérance) hurle sa rage de la fracture entre des actes inadmissibles, de plus en plus exposés au grand jour grâce à une presse investigatrice et des lanceurs d'alerte (malgré toutes les pressions et les rétorsions !) et les paroles mensongères et lénifiantes que les discours nous servent comme une drogue anesthésiante.
La liste est longue de ces ministres, secrétaires d'état, responsables politiques, de droite et de gauche qui prônent la droiture, qui demandent au peuple de se serrer la ceinture avec une argumentation de communicants et montrent dans l'ombre une face de profiteurs, de jouisseurs, de menteurs, de sans-scrupules, de prêt-à-tout dans l'impunité, une face contraire à ce qu'ils affichent dans les discours formatés avec un aplomb sans limite   ! La démocratie en crève   ! Les extrêmes se nourrissent de ce climat délétère. STOP   ! Le peuple ne réclame pas des responsables politiques parfaits mais une éthique de responsabilité et d'exemplarité, une éthique qui lie discours et acte. La fin ne justifie pas (tous) les moyens. Bien au contraire   : Les moyens conditionnent la fin. Les discours de haine amènent une société où chacun hait son voisin ou le quartier voisin ou la ville voisine ou le pays voisin ou la planète entière   !

La construction d'une société solidaire exige une éthique de responsabilité et d'exemplarité non en discours mais en actes donc en dispositions légales et réglementaires exigeantes.

Macron sorti de la boîte à Hollande est soutenu par bien des socialistes (et d’abord Valls, premier ministre de Hollande) qui ont mené la politique lamentable du quinquennat nous conduisant à cette déliquescence. Il représente ce social-libéralisme qui courbe servilement l’échine face aux puissances financières et les grandes sociétés. Regarde tes soutiens, je te dirai qui tu es. Le risque est grand de nous conduire à une impasse plus grande encore que celle de Hollande, impasse ouvrant la victoire au FN en 2022. Macron non, pas un Hollande bis   !

Voter Hamon ou Mélenchon   ?

  • Faut-il voter Mélenchon non par conviction mais par vote nécessaire pour qu'il accède au second tour   ? Sera-ce suffisant pour qu'il accède au second tour   ?
  • Faut-il au contraire soutenir Hamon par conviction profonde en dépit de la configuration du moment   ? ce faisant, n'est-ce pas s'avouer vaincu dès maintenant avec la perspective probable d'un président extrême   ?

Chacun décidera pour lui-même comme je déciderai pour moi-même, mais le dilemme, le choix pour les électeurs de Benoît Hamon est bien là.

          Voter Jean-Luc Mélenchon c'est risquer  :

  • la sortie possible/probable de l’UE et de l’euro par échec de son plan A peu convaincant  [Lire ici]
  • la négociation possible des frontières de l’est européen avec Poutine,
  • la démesure de « L’avenir en commun » qui est un catalogue du souhaitable, pas un programme avec ses priorités réalisables.
  • le risque immense de désillusions sur ce catalogue après les enthousiasmes d'une campagne où la dynamique incite à l'illusion et au « tout est possible » (je ne partage ni l'un, ni l'autre) qui peuvent, secondairement, alimenter des passerelles vers d’autre extrêmes,
  • dans ce journal et ailleurs, des commentaires binaires, simplificateurs, dogmatiques qui tiennent l’insulte pour argument, l’affirmation pour preuve, le ton supérieur de celui qui prend les autres pour des aliénés ou des soumis, dans un langage qui flirte avec la haine, le mépris et les procès d’intention coutumiers d’une extrême-gauche enfermée dans ces certitudes, ces répulsions et ces oukases (1). Cette attitude a bien empêché un dialogue entre soutiens de Mélenchon et soutiens d’Hamon. Encore une fois, la fin ne justifie pas les moyens même si je sais que pour certains, parler d'éthique c'est une autre planète.

Ces points les plus importants sont, à mon sens, des raisons sérieuses de voter pour ses convictions et celui qui les représente : Benoit Hamon.

L'heure est grave, les lendemains incertains, au-dessus du vide

          Pourtant, l'heure est grave, les lendemains incertains au-dessus du vide : nous sommes dans un moment de bouleversement profond et dangereux de l’ordre républicain, de la légitimité démocratique. Partout, les politiques se tournent vers les solutions aussi extrêmes que dangereuses pour l’avenir de l’Europe et de la France en particulier. Cette Présidentielle peut être l’abîme ou le renouveau   : J’ai le sentiment qu’il n’y a plus grand-chose entre les deux. La modération n'a plus court. La voix de la bienveillance et du dialogue est étouffée, celle de la violence verbale (dans le ton et/ou dans le fond des propositions) exacerbée. Faut-il nous résoudre à un avenir sombre et violent   ?

Nous ne pouvons pas voter sans prendre le risque de nous tromper dans un sens ou dans l'autre, sans prendre un risque tout court, pour sauver notre République en danger, notre démocratie, dans les faits, mise à mal.
Le pire n’est pas certain mais il est devant nous. Le vote utile serait-il voter Mélenchon, pour qu'il accède au second tour et si finalement président, il prenait en main un redressement possible malgré tout ? Voter Mélenchon pour se donner une chance malgré tout de sortir de ce cancer de la haine, de la division et avancer dans la société solidaire, ouverte et tolérante  ? Pas certain mais possible avec une certaine probabilité   ?

Trois jours avant le premier tour pour apporter, à la suite de ce billet,  dans vos commentaires – notamment les indécis – vos réflexions.

Il nous faut voter utile et risquer.  Sans risque, nous aurons le pire, aujourd'hui ou demain. Alors ensemble pourrions-nous échanger et décider si «Voter utile ou nécessaire» c'est Hamon ou c'est Mélenchon.  Pour ma part, je déciderai en temps utile. Je prendrai toutes vos réflexions dans ce temps suspendu face à l'abîme qui menace. Chacun pourra se nourrir de toutes ces réflexions.

En ligne de mire des législatives inédites

Autre bataille seront les élections législatives. Il est possible que, quelque soit le président, il ne puisse réunir une majorité à l'Assemblée nationale ce qui lui imposera une alliance entre les groupes parlementaires. Paradoxalement, l'Assemblée Nationale pourrait retrouver une nouvelle vigueur et limiter de fait les marges de manœuvre d'un président qui devrait composer. Bien des scénarii sont envisageables, y compris une dissolution immédiate ou à plus ou moins brève échéance. La bataille des législatives sera rude et pas gagnée d'avance pour le président contrairement aux précédentes depuis la mise en œuvre du calendrier inversé.

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21 - 04 - 2017 21 - 04 - 2017

 1) merci à tous les autres avec qui il est possible de dialoguer avec des arguments sachant que nous cherchons ensemble dans l'à peu près des conséquences des choix et les convictions de chacun.

Pour mieux comprendre :

https://www.mediapart.fr/journal/france/210417/hamon-les-premices-dune-renovation-inaboutie?onglet=full

https://www.mediapart.fr/journal/france/180417/rennes-les-hesitations-des-electeurs-de-gauche

https://www.mediapart.fr/journal/france/160417/eric-fassin-la-strategie-du-populisme-sera-inefficace

https://blogs.mediapart.fr/cecile-canut/blog/180417/reponse-eric-fassin-de-quoi-melenchon-est-il-le-signe

https://blogs.mediapart.fr/c-est-nabum/blog/190417/examen-de-conscience

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/190417/un-autre-monde-est-possible-avec-jean-luc-melenchon

http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/19/melenchon-les-ressorts-d-une-percee-spectaculaire_5113528_4854003.html

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