Dérives du pouvoir : les analyses du Club

«Un effondrement éthique d'une ampleur sidérante»: la formule de Patrick Chamoiseau est inscrite sur une carte postale éditée par la Maison des Passages, et à adresser au président de la République. Des expulsions de Roms au vote de la réforme des retraites, de l'affaire Woerth-Bettencourt à la suppression des allocations familiales, le Club et les invités de Mediapart cherchent à comprendre, démontent, s'emportent... contre un pouvoir en pleine dérive.

«Un effondrement éthique d'une ampleur sidérante»: la formule de Patrick Chamoiseau est inscrite sur une carte postale éditée par la Maison des Passages, et à adresser au président de la République. Des expulsions de Roms au vote de la réforme des retraites, de l'affaire Woerth-Bettencourt à la suppression des allocations familiales, le Club et les invités de Mediapart cherchent à comprendre, démontent, s'emportent... contre un pouvoir en pleine dérive.


Pourquoi les Roms? Eric Fassin apporte une réponse: «On n’imaginerait pas d’expliquer l’antisémitisme par quelque propriété des Juifs. De même, ce ne sont pas les musulmans qui sont la clé de l’islamophobie, ni les homosexuels de l’homophobie, ni les femmes de la misogynie. Il ne faut pas prendre l’objet de la phobie pour sa cause. Comme toujours, l’explication de la politique est d’ordre politique.»

 

Quelle politique? Michel Tubiana, Président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, la trouve dans la désormais fameuse circulaire du ministère de l'Intérieur à destination des préfets, en date du 5 août dernier. Et constate «que d'auvergnats en maghrébins, de musulmans français forcément « accueillis » dans le pays où ils sont nés en Roms pique-assiettes de notre système social et gens du voyage forcément délinquants, se dessine le portrait d'une politique qui n'hésite pas à s'en prendre à des communautés entières sur la base de leur origine ou de leur religion».

 

Ivan Villa cite Alexandre Romanès, du cirque du même nom: «Nous les tziganes, on nous accuse de tout et notamment d’envoyer nos enfants faire la mendicité et voler ; il faudrait une bonne fois pour toutes savoir ce que l’on veut : je demande aux parlementaires français de ne pas jeter mes enfants dans la rue et de leur permettre d’apprendre et d’exercer le métier qu’ils ont choisi.»

 

Jean-Luc Bennahmias, député européen et vice-président du Modem, souligne que «le Parlement européen a été unanime dans sa condamnation» du traitement réservé aux Roms par la France puisque la résolution adoptée «l'a emporté contre une autre résolution, celle de la droite européenne (PPE) qui ne comportait pas cette nomination de gouvernement mais qui condamnait néanmoins les expulsions».

La circulaire du 9 août est mise en ligne par Rimbus, qui souligne: «Un encadré met en exergue l'aspect primordial du document : "donner lieu à un écho médiatique". Tout le sarkozysme est dans cet encadré, et même si la circulaire émane du cabinet de Brice Hortefeux, c'est bien les méthodes de Nicolas Sarkozy qui sont appliquées.»

 

Le sociologue Luc Boltanski, lors de son intervention publique du samedi 11 septembre à Montreuil (93), pointe du doigt une «nouvelle forme de propagande, qui a assimilé les techniques de provocation, et vise aussi à prendre la critique en tenaille»: «L'objectif n'est donc pas de supprimer la discussion, comme dans les vieilles formes de totalitarisme, mais de substituer un thème de discussion à un autre, étant entendu que l'espace de discussion est limité. Cela est évident pour ce qui est de l'espace médiatique. Mais cela vaut aussi pour l'espace de temps que chacun d'entre nous peut consacrer à la réflexion et à la discussion, et aussi, plus profondément, pour ce qu'il en est de notre attention elle-même.»

 

C'est que « "les paniques morales" de l'Europe dont l'objet apparent est "la délinquance des jeunes", "les violences urbaines", "les désordres multiples des quartiers sensibles" dissimulent en réalité un autre enjeu : " la redéfinition des missions de l'Etat qui, partout, se retire de l'arène économique et affirme la nécessité de réduire son rôle social et celle d'élargir, en la durcissant, son intervention pénale"», explique Oblomov en présentant les travaux du sociologue Loïc Wacquant.

 

Pascale Fautrier interroge cette «volonté délibérée de restreindre le champ politique démocratique pour permettre à une oligarchie d'imposer une gouvernance soi-disant technique et en réalité autocratique». «Une droite nouvelle, gestionnaire d'un ultra-capitalisme, (qui) se veut populiste et apolitique»: c'est aussi le constat du linguiste italien Raffaele Simone, dont fait part Jacques Dubois.

 

Corinne Lepage, après avoir vu sur Canal+ (dimanche 5 septembre), le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, indique «qu'aucune infraction pénale, aucune incrimination n'était en cause concernant M. Woerth», rappelle quelques dispositions du Code pénal au ministre du Travail . «S'agissant plus précisément de la vente de l'hippodrome de Compiègne, l'acte semble totalement illégal», précise l'avocate et députée européenne.

 

«Alors que le quotidien "Le Monde" fort du recoupement de ses propres informations, décide de porter plainte contre "X" pour violation du secret des sources, on n'omettra pas de connecter cette nouvelle affaire dans l'affaire Woerth-Bettencourt à celle de la très curieuse intervention de l'Elysée cet été auprès de la direction d'un autre grand quotidien national», se souvient Pierre Peyrard.

 

«Le gouvernement prend des lois liberticides et il persévère. Il organise la ségrégation raciale au mépris des droits de l'homme et du droit de l'Union. Il instrumentalise la justice dans laquelle les syndicats de magistrats comme les avocats ne protestent pas avec la véhémence que cela justifierait. Il démolit et brade les services publics et la protection sociale au milieu de scandales et de la confusion d'intérêts sans que les syndicats ne témoignent d'une grande détermination», s'inquiète POJ.

 

 

Démonstration avec Gérard Filoche, inspecteur du travail, membre du Bureau national du Parti socialiste, qui démonte point par point les mensonges de l'intervention télévisée du Premier ministre sur les retraites, le 9 septembre dernier. Autre exemple avec Sokolo et la suppression des allocations familiales pour les parents des enfants qui sèchent trop l'école. Raphaël Jornet constate le décès de la médecine du travail, quand Patrick 44 endosse le costume présidentiel: «A ma demande expresse, c’est mon copain Squarcini qui au début de la semaine a volontairement laissé fuité que le niveau d’alerte anti-terroriste avait rarement été aussi élevé. Et toc ! Et vous ne pouvez pas de pas avoir remarqué qu’après avoir foutu le bazar au sommet européen, j’ai immédiatement convoqué un conseil de sécurité car, comme nous l’avons programmé, la menace va se faire de plus en plus précise, de plus en plus proche. »

 

A Hervé Fell la conclusion:

 

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