Autisme : Echec annoncé du 4° plan autisme

Est-il vraiment utile que Madame Cluzel tombe dans le travers habituel, des ministres chargé(e)s de l'autisme, la posture anti-psychiatrique ? La Ministre, si elle ne démissionne pas, doit se ressaisir, accepter la factualité, la réalité, les chiffres, les preuves, et refuser les rêveries idéologiques et les théories issues de compilations à charge aussi séductrices qu'elles paraissent

 Madame Cluzel, à ce que j'en ai lu, aurait déclaré que  «Avec notre plan, il s’agit de ne plus placer des enfants autistes devant des psychiatres.» et que, dans l'autisme, la psychiatrie, c'était terminé", aussi et surtout pour le diagnostic et l'intervention précoce.

Mise à jour 09/04/19

Une écoute de la totalité de l'interview avec JJ Bourdin montre que c'est ce dernier, du haut de son omniscience, qui aborde Mme Cluzel par un «alors, dans l'autisme, la psychiatrie c'est fini ?», et il réitère peu après son argument sur le ton d'une docte évidence.

Mais Cluzel se laisse embarquer, ne nuance en rien, et se sert de ce tremplin pour vanter son action. Elle prétend même que, grâce à «l»'intervention précoce, chaque enfant autiste pourra être inclus à l'école, ce qui parait un vœu pieux

Elle termine maladroitement l'interview en reprenante le slogan de Bourdin, dans l'autisme la psychiatrie c'est fini.

Maladresse, légèreté, utilisation du kit anti-psy standard des associations de parents, mais pas une doctrine.

Erreur politique, c'est certain, mégalomanie peut être, mais pas d'attitude butée. Elle s'est juste appuyée sur le discrédit mediatique de la psychiatrie dans l'autisme sans le nuancer ni le démentir.

Le surplus de mon billet me semble néanmoins valable.

La réalité de la pédopsychiatrie dans l'autisme

Je consultai tantôt un petit article, écrit par un mystérieux confrère, le docteur  BB dans le blog qu'il tient., et qu'un ami m'avait conseillé de lire, et j'y trouvai l'histoire qu'il rapportait de l'un des jeunes autistes dont il s’occupait.

"Partons d’un exemple concret. Celui ed’un enfant à la symptomatologie autistique évidente, sans langage, suivi sur le CMPP depuis l’âge de 2ans, et que nous appellerons Adam. Outre, les consultations régulières avec la famille, Adam avait bénéficié sur notre centre de bilans d’évaluation orthophonique et psychologique (certes peu approfondis), et il était suivi en groupe thérapeutique travaillant sur les interactions et le jeu, en thérapie individuelle, en groupe de rééducation orthophonique utilisant la méthode Makaton (programme d’aide à la communication et au langage constitué d’un vocabulaire fonctionnel utilisé avec la parole, les signes et/ou les pictogrammes), puis en rééducation orthophonique individuelle. En parallèle, nous avions mis en place un accompagnement spécifique à sa scolarisation, en concertation étroite avec l’école et la MDPH (réunions régulières, aménagements pédagogiques, accompagnement par AVS). De surcroît, nous avons soutenus cette famille au niveau éducatif et social, en accompagnant notamment les démarches de relogement. Le suivi médical sur le plan pédiatrique s’était organisé en concertation avec la PMI (vérification de l’audition notamment). Enfin, nous avons initiés des démarches d’orientation à destination des HDJ, SESSAD et IME spécialisés, dès que nous avons estimé qu’une prise en charge institutionnelle plus intensive allait être nécessaire pour garantir la meilleure évolution possible de cet enfant.

En parallèle, nous avons sollicité une évaluation neuropédiatrique et génétique hospitalière, dans le cadre du bilan étiologique (car il faut systématiquement éliminer une causalité ou une éventuelle implication organique lorsqu’un enfant présente des troubles du spectre autistique). Suite à notre demande, le dossier de cet enfant a été basculé sur la consultation pédopsychiatrique hospitalière, faute de places en neuropédiatrie, « les délais de traitement des dossiers étant trop longs » – et même si cela n’était pas notre indication (cependant, nous en avons été informés par courrier, ce qui est déjà appréciable).."

A vrai dire c'est le devenir hospitalier de cette demande qui est le propos de ce billet, mais là n'est pas la question.

Je pars de ce récit, c'est à dire d'un cas réel d'un enfant réel. Et je vous faire remarquer plusieurs point

  • l'enfant a été vu jeune (2 ans)
  • le diagnostic, évident à vrai dire, d'autisme a été fait  quasi-immédiatement, et est donc précoce, il a été partagé avec la famille (il faut lire plus loin dans le billet pour le comprendre)
  • des bilans ont été faits, avec les moyens propres à l’institution (CMPP)
  • l'inclusion de l'enfant a été recherchée et soutenue auprès de l'école.
  • une large concertation avec tous les interlocuteurs ayant à voir avec l'enfant a été mise en place, incluant la MDPH, l'école
  • une prise en charge relativement intensive a été initiée, qui comportant
    • un soutien parental, attentif
    • une prise en charge de l'enfant tant sur le plan des échanges communicationnels entre pairs qu'au niveau de l’orthophonie, avec utilisation de stratégies de communication alternatives, et aussi de l'inter-relation avec une psychothérapie, à un rythme relativement intensif, pour la structure (un CMPP)
  • des investigations médicales complémentaires ont été projetées puis demandées dans un service de neuro-pédiatrie et de génétique
  • devant les besoins propres de l'enfant, un passage de relai est recherché , SESSAD, Hôpital de Jour (maudit hôpital de jour, bien entendu, parce qu'ils sont mauvais, partout, et toujours, étant psychiatriques MDR), ou autre ?

 Je me tourne aussitôt vers Madame Cluzel : peut-elle me dire où et comment, cet abord précoce et intensif d'un jeune enfant autiste diagnostiqué serait fautif, et justifierait qu'à l'avenir, un tel médecin pédopsychiatre s'abstienne d'agir comme il l'a fait, ou bien qu’on s’arrange qu'un tel enfant ne rencontre jamais un tel pédopsychiatre ? Je demanderais à ceux qui ont son oreille de bien vouloir lui transmettre cette question.

Ce que ce médecin pédopsychiatre fait, d'autres, nombreux, le font, dans bien des lieux, services ou institutions tels des CAMSP, des CMP et CMPP, et bien d'autres, ce que j'ai écrit voici peu.

Une bévue politique

Que fait donc Madame Cluzel en généralisant aussi abruptement l'idée instillée, devenue maintenant lieu commun, qui fait partie d'un nouveau dictionnaire des idées reçues, que l'autisme étant «neuro-développemenl» n'aurait rien à faire avec le psychisme et la psychiatrie, médecine de ce psychisme, laquelle, de surcroît n'aurait accumulé sur ce sujet qu'erreurs et/ou maltraitances.

Un article récent du blog de Jean Vinçot fait le service après vente de ces âneries, n'en déplaise à la ministre, car c'est toujours une ânerie de dire de manière définitive de simples contre-vérités. Il y rajoute une histoire naturelle, si je puis dire, du pourquoi de la chose  : la psychiatrie, dont la pédopsychiatrie, française est corrompue par la psychanalyse, cette hydre aux têtes sans cesse renaissantes de leurs moignons que des coups de glaive de tant d'audacieuses ministres avaient laissé. La fable de la psychanalyse tentatrice, séductrice, destructrice, corrosive, invasive, toute puissante, occulte et corruptrice réapparaît là, poncif éternel revivifié pour l'occasion. Ça ne me fait rien qu'un citoyen colporte cette idée, ça me chagrine davantage de penser que, pour des raisons difficiles à cerner, la ministre, après tant d'autres, se lance à la course à l’échalote dans cette ligne d'eau.

Madame Cluzel, comme ses prédécesseurs, court à l'échec certain, non en raison du pouvoir maléfique du complot psychiatro-psychanalytique, mais simplement parce ce qu'elle dit est contraire à la réalité, au réel, au factuel, au mesurable, à l’observable, au concret. Des pédopsychiatres, de services ou institutions liées à la psychiatrie, travaillent journellement avec des enfant autistes, avec de très jeunes autistes tout aussi bien, et, grosso modo, interviennent tôt, font un diagnostic qu'ils communiquent aux parents, soutiennent l'inclusion, pratiquent une intervention relativement intensive tous azimuts, utilisent parfois des outils de communication alternative, soutiennent les parents, base indispensable d'une bonne intervention, et singulièrement d'une bonne intervention précoce.

Que leur reproche-t-on au fait, bien que la Ministre s'abstienne de le préciser ?

  • De ne pas toujours utiliser le langage codé de l'époque, celui des spécialistes auto-proclamés de la spécialité, rapide import des États Unis,; De ne pas parler de neuro-développement en commençant chaque phrase, de ne pas assurer mordicus que tout ça n'a rien à voir, à aucun moment et pour personne, avec l'esprit des êtres humains, les enfants, leurs parents, la société toute entière, ce qui, comme disait Charcot, "n'empêche pas d'exister".
  • D'apprécier leur manière à eux d'aborder le problème des autismes, non seulement par l'observation extérieure de comportements, mais au travers aussi des relations, et en se représentant ce qu'il se passe à la fois chez les autres (les parents, les enfants, l'école....) et aussi chez eux, la question de leur propre théorie de l'esprit, "qu'est-ce que je pense et ressent de ce qui se trame chez l'autre, et chez moi en retour, et que puis-je en faire pour apporter aide et réconfort ?"
  • De ne pas avoir mis, comme certains l'ont fait, genou en terre devant le tribunal de la Grande Inquisition de l'Autisme, avouant son erreur, adoptant les usages de la nouvelle religion de l'autisme, et de son catéchisme, qui commence par celui des dénominations, de ses classifications et des théories absconses qu'elles véhiculent. Ils n'ont pas toujours cru pouvoir sauver leur âme des enjôlements des voix voluptueuses des nouvelles sirènes du temps.

On voit là que ce qu'on leur reproche, c'est de ne  pas faire allégeance à la partie simpliste de la présentation neuro-développementale des choses, celle qui susurre qu'une réduction au corps seul, débarrassé de tout relent d'esprit, ou de relation inter-humaine, qu'on dénomme maintenant sous le vocable de "relation sociale", est LA réponse à TOUS les problèmes posés, tant par l'autisme que par les autres "troubles" rencontrés chez les individus de notre race humaine.

Faire Capoter le 4° Plan Autisme ?

Je crains que Mme Cluzel n'ait fait définitivement capoter le 4° plan Autisme, pourtant parti sous de meilleurs auspices de les précédents. Elle s'est fait rattraper par la maladie chronique et incurable des responsables ministériels de l'autisme. Quelle bévue politique, ruiner par une petite phrase un patient effort de deux années.

 Donc si Madame Cluzel persiste, peut être pour complaire, comme l'ont fait avant elle Mmes Carlotti et Neuville, à ceux dont la planche de salut a toujours été l'anti-psychanalysme primaire, elle continue donc cette dénégation d'une chose évidente : qu'elle le veuille ou pas, de nombreux pédopsychiatres travaillent quotidiennement  et, voyez l'exemple cité, pas toujours  de manière incohérente, avec un nombre important  d'enfants voire de très jeunes enfants autistes. Prétendre qu'il faille extraire immédiatement lesdits enfants de ces griffes maléfiques m'amènent à lui demander comment elle compte faire. Je demanderais à nouveau à ceux qui ont son oreille de bien vouloir lui transmettre cette autre question. 

 Si j'étais en charge aujourd'hui d'un service de type CAMSP, CMP ou CMPP, d'un secteur de psychiatrie infanto-juvénile, comment pourrais-je apporter ma collaboration à ces nouvelles "plateformes d’orientation et de coordination dans le cadre du parcours de bilan et d’intervention précoce pour les enfants avec des troubles du neurodéveloppement." si, par principe, on m'indique a préalable que ma strcture ne serait  pas légitime à s'occuper des très jeunes enfants autistes ?  Non, logiquement je la fuirais, et ferait tout pour n’y pas participer, même du bout des lèvres.

Politiquement, elle doit être démentie par sa Ministre, qui devrait accepter (ou refuser) sa démission, pour sauver ce 4° plan, qui, sinon, se réduit à un nouveau 3° plan, comme je le craignais naguère,

Choisir entre le Rêve et la Réalité Factuelle

Le 4° plan Autisme  doit accepter la réalité, qui mène effectivement le diagnostic et l'intervention auprès des enfants autiste, faire l'inventaire de cette réalité, en bien comme en mal, et appeler ce réel, même celui qu'on n'aime pas, ou qu'on aimerait ne pas voir, à l'action convergente. C'est l'impératif de la gouvernance d'une politique publique en matière d'Autisme

La victoire des illusions réductrices, comme la geste anti-psychiatro-psychanalytique, agrégation quasi paranoïaque et souvent malveillante de faits, de suppositions, d'interprétations, d'à peu près, d'ignorance, de cécité sélective, et j'en passe, compilées en une légende noire. Si tout cela fait plaisir à certains, dont les associations de parents les plus importantes, mais cet effet est bref, car ces associations ne croient prospérer qye dans la critique, ce qui est au fond une de leurs finctions, mais c'est un arrêt de mort de tout progrès réel, ce qui fait la difficulté d'une politique publique qui se tienne debout, et non à plat ventre devant un lobby qu'elle craint.

La voie Carlotti-Neuville(1) d'attiser les passions triste des plus sectaires est sans issue, qui a été la cause de l'échec cinglant des précédents plans autisme

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1 - Mmes Carlotti et Neuville ont été des Ministres/secrétaires d’État en charge du dossier de l'autisme dans les gouvernements précédents sous le Président Hollande.

 

 

 

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