Lille, municipales, ce que disent les sondages de la ville

Le résultat d’une élection municipale est surtout important pour les candidats, les décisions majeures pour les habitants se prennent à la métropole, inaccessible au scrutin direct. Dans les sondages, les journalistes commentent la course des petits chevaux, il y a pourtant beaucoup plus à lire dans les résultats détaillés.

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Parmi les enquêtes récentes pour les élections municipales de Lille, les résultats détaillés suivants sont publics, que peut-on en apprendre sur la ville ?

La fiabilité de ces enquêtes locales est beaucoup plus faible que pour les études nationales. La précision d’un sondage ne résulte pas seulement de la taille de l’échantillon et de la rigueur d’un institut, elle dépend aussi de la rentabilité des investissements, notamment, dans un panel régulier en ligne, ou dans des modèles statistiques de correction. La faible importance du marché lillois ne permet pas d’espérer une grande précision.

Le sondage Ifop de février indique par exemple : « Lenquête a été menée auprès dun échantillon de 602 personnes, représentatif de la population de Lille âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales ». Cette représentativité de la population est calculée selon les statistiques de INSEE, qui caractérisent les résidents, mais ceux-ci ne votent pas nécessairement sur place. Sans connaître les procédures de redressement des instituts, on peut craindre un risque d’erreur sur l’importance du vote des jeunes. Lille est une ville universitaire, beaucoup d’étudiants y habitent mais n’y votent pas. Les chiffres doivent être pris avec prudence.

Les candidats

Les humains sont joueurs, ils aiment les courses et les paris, aussi dans un sondage électoral, on ne se demande pas ce qui est à gagner (pouvoir réel de l’élu), mais qui va gagner. Pour deviner le résultat d’une  élection, il faudrait une connaissance parfaite de la population, service que n’arrive pas encore à vendre FaceBook.  Si on ne s’intéresse pas aux résultats, mais à la population, un sondage apporte une information plus intéressante qu’un chiffre provisoire. Un candidat politique est une notion subtile qui permet de caractériser son électorat. Présentation des protagonistes, en ordre d’espoirs électoraux :

  • l’abstention, ???
  • « Lille en commun, Lille en confiance », socialistes,  Martine Aubry, maire sortante
  • « Lille verte », écologistes, Stéphane Baly, conseiller municipal délégué aux énergies et enseignant chercheur
  • « Faire Respirer Lille », macronistes, Violette Spillebout, ancienne directrice du cabinet de Martine Aubry de 2008 à 2013, puis cadre à la SNCF
  • « Lillois, Reprenez le Pouvoir », lepénistes, Éric Cattelin-Denu, avocat
  • « Tous pour les lillois », républicains, Marc-Philippe Daubresse, ancien maire de Lambersart
  • « Décidez pour Lille », insoumis, Julien Poix, professeur d’histoire

Les sondages ne donnent pas d’indications sur l’abstention, les personnes qui ne votent pas ne sont pas les plus enclines à répondre aux enquêtes, voici dont pour mémoire la carte de l’abstention aux présidentielles 2017 par bureau de vote, qui est l’occasion de situer les quartiers de la ville.

Fabien Desage & Tristan Haute, le 02/06/2017, Lille : quand l’effondrement du PS ravive le vote de classe Fabien Desage & Tristan Haute, le 02/06/2017, Lille : quand l’effondrement du PS ravive le vote de classe

Green washing Au siècle dernier, on disait que la droite pensait à La France, tandis que la gauche pensait aux Français ; dans le Nord, la droite pense aux lillois,  le centre et la gauche pensent à Lille. Les écologistes donnent la couleur, c’est vert, c’est clair. La liste macroniste joue la métaphore de l’étouffement, la candidate se présente comme un bol d’air, au risque de passer pour la copie d’un original écologiste.

Com de partis de gouvernement — Le slogan des Républicains, sous son apparence berlusconienne et sportive, pose des problèmes logiques. «Tous pour les lillois», mais quels lillois, juste ceux qui gagnent ? Et qui sont les tous qui sont pour nous, juste les candidats ? L’attelage de circonstance associe en effet LR (Daubresse) à une macroniste qui n’a pas eu l’investiture (V. Petit), et à un centriste non soutenu par ses collègues (T. Pauchet). Les socialistes persistent avec les mêmes agences de communication aux idées éculées, on regardera avec nostalgie le clip de campagne de Hollande 2012 (la chorégraphie n’a pas eu le succès qu’elle méritait) : le changement, c’est maintenant.

Populismes Il y a une certaine symétrie populiste, entre ceux qui veulent reprendre le pouvoir (RN), et ceux qui veulent décider (FI). Il suffit de regarder le taux d’abstention ou la faible participation à une réunion politique publique pour savoir que le problème n’est pas la mauvaise volonté des élus mais le désintérêt des citoyens.

Selon ce CV très rapide, les têtes de listes populistes sont les seules à ne pas sortir de l’administration métropolitaine en place, avec l’exception « en même temps » de V. Spillebout, qui pantoufle à la SNCF (elle est cadre de la fonction publique territoriale), mariée à Olivier Spillebout, fondateur de la maison de la photographie à Fives, où le couple loge. La subvention municipale de ce projet est évidemment inquiétée, il y aura des intérêts très concrets à négocier au soir du premier tour.

Ipsos, décembre 2019

Comme à son habitude, l’Ipsos ne détaille pas le tableau socio-économique de son échantillon, mais par contre, il met les résultats locaux en perspective d’une enquête nationale. 63% des français ont une opinion bonne (55%) ou excellente (8%) de leur équipe municipale sortante. Les lillois sont un peu plus positifs (65%), mais deux fois moins enthousiastes (excellent : 4%). L’opinion sur les élus de 2014 n’est bien sûr pas égale selon l’intention de vote pour 2020.

Lillois, opinions sur le bilan de Martine Aubry, excellent–bon–médiocre–mauvais, selon intention de vote au premier tour (Ifop, 2019-12) Lillois, opinions sur le bilan de Martine Aubry, excellent–bon–médiocre–mauvais, selon intention de vote au premier tour (Ifop, 2019-12)

RN — Le vote RN est le plus grognon, mais 22% pensent tout de même que le bilan du PS sortant est bon. Quelle est la motivation de ces votes ? Réaction raciste dont on ne tient pas la mairie pour responsable ? Énervement contre la politique nationale ? La cohérence idéologique n’anime pas tous les électeurs.

Autres droites — La droite rassemble les mécontents, mais dès lors que Jean-René Lecerf (LR), chef de l’opposition municipale annonce qu’il votera Aubry au second tour, il est impossible de faire au PS un procès pour incompétence, le résultat des autres partis ne sert pas à gagner mais à orienter la politique municipale plus à gauche ou plus à droite.

PS — 8% d’enthousiastes de la politique de Martine Aubry s’apprêtent à revoter pour elle, c’est logique. Par contre, 16% d’insatisfaits de son action pensent aussi revoter pour elle. Leurs motivations sont mystérieuses. Espèrent-ils qu’elle fera mieux si on lui donne une autre chance ? Ou bien pensent-ils qu’elle est mauvaise mais que personne n’est mieux ?

Autres gauches — Écologistes, comme insoumis, sont globalement d’accord avec la politique Aubry, ce qui laisse beaucoup de latitude à la maire sortante pour choisir avec qui gouverner au soir du 1er tour. Point étonnant, on trouve plus d’écologistes que d’insoumis très opposés à la politique Aubry. Ce serait à élucider.

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Relativement aux autres urbains de France, les lillois sont un peu moins préoccupés par la sécurité et la circulation, un peu plus par la propreté et les transports en communs (compétences métropolitaines) ; mais l’ordre global des préoccupations est le même. Plus intéressant, les motifs varient selon les intentions de vote.

Sans étonnement, la sécurité et les impôts sont de droite, ce que confirme l’enquête de 2017. Le soutien à l’emploi – qui n’est pas a priori une compétence municipale – intéresse très peu LREM. Un entretien qualitatif aurait certainement révélé des visions très différentes entre insoumis (emploi municipal ?), écologistes (tiers lieux ?), et droite (petit commerce).

Voiture — Plus subtil, la droite LR défend la voiture, beaucoup moins le RN, ce qui peut s’expliquer pas la géographie lilloise de cet électorat, qui est périphérique (Hellemmes et Lomme), avec plus de places pour se garer, moins gêné par les zones 30 que la bourgeoisie du centre-ville. L’enquête de 2017 confirme cet arc politique de la grogne automobile de droite, qui est en partie géographique. Les meilleurs soutiens au nouveau plan de circulation sont dans les quartiers pauvres (Lille-sud et Fives), les communes associées sont dans la moyenne, les plus opposés sont les résidents du centre-ville avec prix au m2 élevé.

Écosocialisme ? — Le programme insoumis est théoriquement écosocialiste. À Lille, l’électorat FI est celui qui est le moins préoccupé par l’environnement, il se distingue plutôt par les sujets des transports publics, du logement, de l’action sociale, et des écoles, dont le PS ne se désintéresse pas pour autant, ce qui explique pourquoi ils sont moins opposés que les verts au bilan Aubry (une minorité écologiste lui reproche violemment la bétonisation de la friche Saint-Sauveur). La FI lilloise ne semble pas perçue comme une affirmation politique originale mais relève plus d’un symptôme, le vieillissement du PS et du PCF, et donc l’embourgeoisement et le désengagement militant.

Les électeurs qui habitaient déjà Lille en 2014, contrairement à beaucoup de candidats FI, se souviennent du Front de gauche aux municipales, alliant le PCF au parti de Mélenchon de l’époque (le parti de gauche, toujours à la manœuvre sous la FI). La liste avait fait 6%, dont la majorité municipale a préféré se passer. Depuis, les communistes lillois se sont réconciliés avec le PS (une 14e place éligible sur la liste municipale), ils ont mis une petite feuille à leur étoile pour faire écolo. Par contre, la FI a perdu la responsable de son programme écosocialiste, Corinne Morel Darleux (avec l’hémorragie de départs des FI/PG depuis 2017). L’électorat lillois n’a probablement pas suivi tous ces psychodrames politiciens, mais globalement, il a sa conclusion, la FI, c’est un genre de communistes qui ne mangent pas (encore ?) à la soupe socialiste.

Ifop, février 2020

Les résultats détaillés de l’Ifop développe leur habituelle grille socio-économique. Les intentions de votes aux différentes listes lilloises sont ventilées selon : genre, âge, profession (PCS+ = Professions et Catégories Socioprofessionnelles supérieures, PCS– = inférieures, moyen = professions et classes intermédiaires), vote aux présidentielles 2017 (ainsi que vote aux municipales 2014 qui apporte peu d’information ici). On regrettera de ne pas avoir une information sur le niveau de diplôme, de revenu, l’orientation religieuse, comme l’Ifop sait le faire parfois (sur des échantillons plus grands), mais l’information est déjà riche à interpréter.

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Genres — Le déséquilibre des genres est très important entre gauche et droite. Cette donnée électorale est à la fois importante et volatile, il faudrait une série plus longue pour en savoir plus sur les femmes lilloises, mais on peut proposer des hypothèses à vérifier.

Le RN national a féminisé son image avec Marine Le Pen, mais l’électorat lillois urbain semble sensible à la réaction masculiniste que ce parti incarne.

La droite classique est surtout soutenue par l’électorat âgé, qui est plus féminin, suite à l’espérance de vie plus faible des hommes ; on notera ainsi la popularité de gendre idéaux comme Wauquiez, ou Baroin ; Daubresse ne semble pas plaire aux vieilles dames.

Le soutien féminin à Macron a beaucoup varié depuis 3 ans, on peut en tout cas constater que le charme indéniable de V. Spillebout opère plus sur les lillois que les lilloises. Cette remarque est indiscutablement sexiste, mais parce que la communication de V. Spillebout est sexiste.

Le soutien plus féminin aux écologistes et aux socialistes est plutôt vérifié nationalement ; le scrutin présidentiel de 2017 ayant été très atypique, on l’observe plutôt sur les baromètres de personnalités, ou Hulot (vert ?), Aubry (PS) ou Jadot (vert) sont à la fois populaires, et plus chez les femmes que les hommes.

L’électorat FI est très instable, mais nationalement, on n’observe pas de vote spécialement genré, ni un soutien plus masculin à Mélenchon ; ce mouvement qui se revendique féministe a un problème d’image auprès des lilloises.

Âges — Les lillois sont à gauche à l’âge actif, et s’inquiètent en vieillissant, conformément au mouvements électoraux nationaux. Le pic de jeunes à droite s’explique par la Catho, ses écoles privées, notamment de commerce, qui sont dans le cœur de ville tandis que les universités publiques sont à Villeneuve d’Ascq. On remarquera le pic RN des hommes à la crise des 50 ans, qui correspond à l’épidémiologie des divorces et dépressions ; mais le vote RN national est plus étalé de 18 à 65 ans, il baisse surtout pour les retraités (réticence à l’aventurisme politique). Pour les scrutins nationaux, le soutien aux insoumis diminue avec l’âge, il y a à Lille un pic pour de 35-49 ans à expliquer. À noter aussi, l’écologie lilloise n’est pas juste un élan de la jeunesse, mais un engagement qui dure jusqu’à l’âge d’avoir des enfants. Cette écologie pour les enfants est un ressort politique autrement plus fort que le racisme dépressif sans projet.

Classes — La stratification sociale du vote de droite est classique, les professions supérieures (PCS+) ne votent pas RN, préfèrent LaRem, contrairement aux ouvriers et employés (PCS-). La stratification à gauche est plus singulière. 

Les verts lillois semblent assez également répartis selon les classes sociales, ce n’est pas ici un parti de bobos. C’est une information très intéressante qu’il faudra vérifier avec les résultats par bureaux de vote.

Le PS de Lille semble conserver une grande fidélité populaire, contrairement au reste de la France, ce que confirme l’enquête de 2017. À l’époque, le souhait d’une victoire de Martine Aubry était plus fort à Lille-sud (70%) et Fives (65%), quartiers populaires par ailleurs avec beaucoup d’abstention, ou Hellemmes (48%) et Lomme (49%), communes associées, qu’à Wazemmes (44%) et Moulins (41%).

Ces quartiers populaires dans les anciens remparts partagent l’abstention des quartiers pauvres derrière les périphériques, et se distinguent du reste de la ville par un fort vote Mélenchon 2017. C’est aussi là qu’on trouve le plus de bars associatifs. Cela confirme que la FI lilloise intéresse beaucoup plus les étudiants et professions intellectuelles (PCS+) que les classes populaires (PCS-). Les militants FI sont pourtant vraiment sincères, mais les personnes concernées par leur engagement ne semblent pas y croire. Dans le slogan (décidez), ou la culture du mouvement (méthode Alinski), les insoumis promeuvent la fédération et l’auto-organisation des colères. Or, les figures les plus importantes sont localement des fonctionnaires nationaux, notamment des enseignants mutés, ils sont certes indépendants de la fonction publique locale, mais ils ne sont pas familiers de l’initiative économique et sociale. Les concernés, comme il se dit dans ces milieux, semblent plus compter sur le pouvoir de l’administration PS en place pour redistribuer la richesse du centre-ville vers l’extérieur, bâtir ou réhabiliter des logements, ou simplement faire avancer un dossier HLM. Ce paternalisme socialiste ambiant n’est pas un rêve d’émancipation, mais pour qui vit dans une barre humide avec le chauffage en panne, le plus urgent est-il d’organiser une association de locataires, ou de déménager vers de meilleures écoles pour les enfants ? La posture FI conviendrait mieux à une ville plus à droite, où la pauvreté serait niée et exilée, mais le fait local de sa dispersion géographique oblige même la droite à en tenir compte.

Votes 2017  — Le report des voix de 2017 confirme la triste chute de la France Insoumise. Seule une minorité des électeurs lillois du Mélenchon présidentiel comptent voter insoumis pour la mairie. Cet électorat, très latéralisé, s’arrête avant l’extrême-droite, mais peut s’égarer jusqu’aux droites lilloises.

L’administration socialo-verte mène actuellement une guerre des potelets dans les quartiers denses, notamment Fives, qui est vécue par une partie des classes populaires locataires ou propriétaires comme une stratégie de gentrification. En effet, ces potelets empêchent les gens de se garer devant chez eux, ce qui dévalorise les logements pour les familles et favorise le rachat de rapport pour des collocations étudiantes. Le développement du trafic de drogue contribue à dévaloriser les logements, et à expliquer cette colère populaire qui nationalement a pu être séduite par le Mélenchon présidentiel, mais qui localement vote pour la sécurité et la voiture.

Les ménages populaires ont besoin de leur véhicule pour aller travailler à l’extérieur de Lille, car la capitale régionale s’est tertiarisée. Ils n’ont pas intérêt à habiter en dehors du centre géographique du bassin d’emploi, car avec la précarité, ils peuvent travailler dans toutes les directions, et chaque kilomètre qui les éloigne de Lille pour un garage s’ajoutera à leurs embouteillages quotidiens. Ce n’est pas le cas des diplômés du tertiaire, qui peuvent habiter dans toutes les directions, par exemple les Weppes, le Pévèle ou le Mélantois, parce que leur foyer d’emploi restera à Lille. Diminuer le stationnement est un calcul électoral dont on peut être certain qu’il est réfléchi par la technocratie locale.

Lille, métropole, répartition des revenus par carreaux de 1km, rouge = + riche Lille, métropole, répartition des revenus par carreaux de 1km, rouge = + riche

Les écologistes, qui avaient dû se partager entre Mélenchon, Hamon et Macron, retrouveront leur premier choix électoral en 2020. Comme sur les enquêtes nationales, on observe que LaRem perd à gauche et gagne à droite.

Plus étonnant, des anciens électeurs de Fillon peuvent voter Aubry, qui à Lille est une forme de conservatisme, mais la tentation insoumise est exclue, montrant bien l’axe de leur détestation mutuelle, tel que le décrit Jean Rivière dans « L’espace électoral des grandes villes françaises ».

Rivière J., 2017, Inscrire l’espace électoral dans l’espace social des grandes villes Rivière J., 2017, Inscrire l’espace électoral dans l’espace social des grandes villes

Conformément aux enquêtes nationales, on constate une très grande fidélité des électeurs RN à leur parti d’un scrutin à l’autre. les données réunies sous la direction de Rivière ont été interprétées par Desage & Haute pour Lille. le tableau montre que les corrélations les plus fortes du vote Le Pen à Lille sont d’y habiter depuis plus de 10 ans 0,77 (« on est chez nous »), ce qui est spécifique du RN lillois, et le niveau scolaire CAP-BEP 0,88 (mais pas sans-diplôme qui est beaucoup plus corrélé à l’abstention).

On notera que les électeurs lillois de Marine Le Pen 2017 peuvent localement voter à gauche, et faire plaisir aux progressistes qui dénoncent les extrêmes. Ces belles âmes bien nées feraient mieux de s’inquiéter de ce que représente le vote Marine pour les classes populaires du Nord, qui y voient surtout la défense d’un État qui protège, presque gaullien, affirmé aussi par la gauche.

Par contre, les sympathisants lepénistes sont très peu tentés par le vote macroniste. Emmanuel Todd constate ainsi une corrélation très forte dans la variation géographique des votes 2017 Le Pen et Macron, qui sont l’envers et l’endroit d’un même phénomène démographique : la massification universitaire. On peut ajouter un autre constat, les électeurs de Marine Le Pen votent encore moins écologiste, la bête noire de leur candidat local est le bobo, qui n’est jamais soi et toujours l’autre.  L’écologie est peut-être la véritable affirmation idéologique de l’époque, le lepénisme est une réaction à l’écologie, le macronisme.est une réaction à la réaction lepéniste. Négation de la négation de l’écologie, il ne reste plus à Spillebout à se mettre sur un fond vert, qui fait bien ressortir ses cheveux roux.

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Conclusion

Droites — Le RN lillois est une sinistre petite boutique électorale qui excite toujours les mêmes insinuations fétides, dans un style moins flamboyant que Éric Dillies, passé chez Dupont-Aignan. La droite lilloise a généralement pour rôle de rappeler les socialistes à la raison financière. Le candidat Daubresse n’étant pas réputé pour sa frugalité comptable, son opposition sera fantoche. La candidature Spillebout est une aventure qui va lui coûter cher. Si elle gère la ville comme ses comptes de campagnes, elle va grossir la dette de la ville, au profit de qui ? Elle parie peut-être pour l’après Aubry. Avec le RN elle partage l’intérêt électoral de désasscocier les communes populaires de Hellemmes et Lomme — qui votent beaucoup « on est chez nous » — et devenir l’élue de la Catho.

Insoumis — La France insoumise, mouvement présidentiel pour Mélenchon, forte de 2 députés, ne semble pas s’être enracinée. Elle touche des classes instruites arrivées à Lille pour les études, mais moins les classes populaires natives (être natif de Lille, y être attaché, n’empêche pas d’être racisé, au contraire). Ils sont face à l’alternative suivante, revenir au bercail socialiste dont sort par exemple la tête de liste Julien Poix, ou jouer le ministère de la parole et les lives Facebook sur un strapontin à 287 € bruts au conseil municipal.

Verts — L’électorat écologiste lillois a un profil particulier, pas spécialement jeune, avec une sympathie notoire des classes populaires. Ils ont une expertise concrète et sociale de l’environnement, par exemple sur l’isolation des logements ou les transports en communs gratuits (cf. Dunkerque). Leurs divisions avec le PS ne sont pas de la communication symbolique, il y a des différences importantes dans leur sociologie professionnelle. Mais cela semble le couple le plus probable pour Lille 2020.

Socialistes — Quel que soit le dépit contre les trahisons du PS national, par exemple Straus-Kahn, ou la loi travail, il faut convenir que la technocratie socialiste de Lille conserve une confiance populaire. Qui a besoin de l’école publique, de garderies, de l’aide sociale ? Ce ne sont pas les parents qui mettent leurs enfants dans le privé ou les célibataires sans enfants, eux veulent moins d’impôts, des armes pour la police municipale, et des caméras.

Martine Aubry a astucieusement gardé le totem de la piscine de Saint-Sauveur (pour les jeux olympiques 2024 de sa collègue de Paris), qu’elle abandonne à ceux qui n’avait que cela comme programme pour la contester. Elle a aussi céder au bon moment sur les caméras, pour couper la branche à tous ceux qui s’y accrochent comme la solution miracle à l’insécurité bien réelle à Lille. Elle reste officiellement opposée à l’armement de la police municipale, laissant un totem pour les suivants.

L’opposition électorale à Lille a une furieuse tendance à se limiter aux os qu’on lui jette, ou à promettre beaucoup de dépense sans préciser les recettes, on aimerait des idées plus générales sur le projet urbain, sur la métropolisation (cf. Sociologie à Lille (2017) ou contre Euralille (2019)).

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