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Billet de blog 30 décembre 2025

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Eva Illouz, Le Monde et l'éthique

retour sur une tribune éhontée.

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Hugues Jallon avait déjà très bien répondu à Eva Illouz sur Mediapart : 
https://blogs.mediapart.fr/hugues-jallon/blog/271225/comment-oublier-gaza

Pierre Khalfa a mis à disposition sur le blog de Mediapart en accès libre la réponse de personnalité juives publiée par Le Monde
https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/291225/antisemitisme-et-sionisme-les-confusions-deva-illouz

L'antisémitisme doit être combattu partout et tout le temps. Certains usent de l'antisionisme comme masque à leur antisémitisme. Mais prétendre que l'antisionisme est l'antisémitisme est un contresens multiple. Sauf à nier la judéité des juives et juifs antisionistes, l'affirmation que tout antisionisme est antisémite est absurde. Feindre d'ignorer qu'il y a différentes formes et différentes interprétations de l'antisionisme est problématique quand on veut traiter précisément de ce sujet. Et, de plus, l'antisémitisme traditionnel non antisioniste se porte malheureusement trop bien. Beaucoup de chrétiens étatsuniens sont antisémites et sionistes. Identifier les deux et prétendre que celleux qui luttent pour le respect du droit humanitaire, les droits humains et internationaux des palestiniens et l'arrêt des massacres par Israël sont antisionistes donc antisémites relève plus de la propagande pamphlétaire que la théorie sociologique ou de la tribune et Le Monde aurait pu s'abstenir de publier cela.

Je reviens ici en détails sur les affirmations du texte original d'Eva Illouz qui brille par une malhonnêteté intellectuelle décomplexée. Madame Illouz est chercheuse, directrice de recherche. Ses amalgames, glissements rhétoriques et mensonges sont donc volontaires. Aucune chercheuse (en sociologie pour elle) ne peut ignorer que ces procédés sont pervers et interdits dans toute publication scientifique sérieuse. Elle signe pourtant ce texte anti-scientifique en tant que « directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris » prétendant donner à sa tribune une caution scientifique. Si elle essayait de la publier dans un journal scientifique à comité lecture on aimerait bien lire ce qu'en diraient les rapports demandés par les éditeurices qu'elle recevrait en retour.
Ça commence par le chapô dont le monde a la totale responsabilité :
« Après l’attentat de Bondi Beach, à Sydney, en Australie, l’universitaire franco-israélienne analyse, dans une tribune au « Monde », l’évolution de l’antisémitisme. Cette haine religieuse puis raciale est devenue une haine politique. Propagée dans le monde entier sous le couvert de l’antisionisme, elle épouse un projet antisémite ancestral : priver les juifs de foyer. »
L'antisémitisme serait donc devenu « une haine politique » ?
Non !  L'antisémitisme reste (même si le mot est mal formé) une haine religieuse et raciste. On note que la totalité du chapô est une affirmation péremptoire du Monde assénant à ces lecteurices les thèses contestables de l'autrice comme des vérités absolues. Le deuxième paragraphe de la section intitulée «  Inversion accusatoire » est factuel et vise juste :
« Il existe une culture de l’antisémitisme, de la même manière qu’il existe une culture du viol. Elle est enracinée dans des schèmes de pensée qui dévalorisent et méprisent un groupe. Cette culture rend ses membres coupables des crimes commis contre eux, et exonère a priori les auteurs des mêmes crimes. La culture de l’antisémitisme – comme celle du viol – est fondée sur le déni et sur l’inversion accusatoire. »
Il est cependant important de remarquer que c'est largement une caractéristique de tous les racismes. On peut remplacer antisémitisme par racisme anti-arabe, anti-noir ou racisme anti-chinois et l'énoncé reste vrai. De façon intéressante vu la fusion que l'autrice opère entre antisémitisme et anti-sionisme, la phrase 
Il existe une culture de l'antipalestinisme, de la même manière qu’il existe une culture du viol. Elle est enracinée dans des schèmes de pensée qui dévalorisent et méprisent un groupe. Cette culture rend ses membres coupables des crimes commis contre eux, et exonère a priori les auteurs des mêmes crimes. La culture de palestinophobie – comme celle du viol – est fondée sur le déni et sur l’inversion accusatoire
obtenue en remplaçant antisémitisme par le racisme visant les palestiniens, décrit précisément l'attitude d'Israël comme État et d'une large partie de la société israélienne vis à vis des palestiniens.
L'exemple de ce comportement cité par l'autrice est un communiqué de quelques organisations étudiantes locales dont un groupe nommé Harvard Undergraduate Palestine Solidarity Committee. Il semble que si celleux qu' Eva Illouz accuse d'être antisionistes par antisémitisme étaient aussi proéminent et puissants parmi les critiques des actes israéliens, elle aurait pu trouver d'une organisation un peu moins locale avec une base un peu plus large que quelques étudiant.es de Harvard. Par ailleurs le texte ne relève pas exactement de l'inversion décrite puisque l'État israélien a bien une très large responsabilité dans la situation qui a permis au Hamas de commettre des attentats de masse et crimes de guerre abjects et insoutenables. 

Je ne cautionne pas ce texte, ne le défend pas, mais comme aucune référence n'est donnée sur le texte incriminé le voici :
 Joint Statement by Harvard Palestine Solidarity Groups on the Situation in Palestine
il est conforme à celui publié sur  de la page " The World Sides with Gaza " sur le site de l'université de Birzeit, Palestine. Il ne dit pas explicitement ce que l'auteur prétend. Apparemment rédigé le 9 octobre 2023 et publié le 10, il est très ambigu et problématique mais ne mentionne pas explicitement les violences du Hamas. On peut reprocher au texte des associations étudiantes de ne pas mentionner la responsabilité première du Hamas dans les crimes commis par des palestiniens probablement majoritairement membres du Hamas le 7 octobre. Je le fais aussi. Cependant le texte ne mentionne pas le 7 octobre explicitement mais les violences en train de se dérouler  (le 9 ou 10 octobre ("unfolding violence") apparemment). Ce texte local étudiant traite essentiellement des violences en cours à ce moment là contre des palestiniens et des « massacres » à venir. Il en rejette l'entière responsabilité sur Israël. Cela peut-être discuté mais ces violences là sont bien la responsabilité première et principale d'Israël et les massacre se sont très largement réalisées dans les années qui ont suivi. On peut dire que texte est fautif et penser qu'il impute implicitement à Israël  la responsabilité (totale qui plus est) des crimes du Hamas mais il reste que ce n'est pas un texte majeur et s'il peut être interprété (et je ne doute pas qu'il l'ait été par l'autrice, peut-être à juste titre) comme exonérant le Hamas de la responsabilité de ses crimes, il entre mal dans le schéma stricte d'inversion accusatoire qu'il est sensé illustrer.

« On la retrouve [la culture de l’antisémitisme] dans les manifestations qui se sont propagées à travers le monde. » écrit E. illouz.
Si je ne doute nullement de la présence de certains cris ou slogans antisémites dans certaines manifestations contre les massacres de palestiniens dans le monde, affirmer qu'on retrouve la culture de l'antisémitisme dans les manifestations à travers le monde est pour le moins tendancieux et factuellement faux. L'usage systématique des articles définis (le, la, les) qui englobe tout, en lieu et place des articles indéfinis (de,des) tout au long de la tribune participe des amalgames infondés que l'autrice pratique. J'ai participé à de multiples manifestations où l'on ne retrouvait pas « la culture de l'antisémitisme », contrairement à E. Illouz je ne fais pas l'amalgame et ne prétend pas que les manifestations étaient dénuées de tout comportement antisémites. Je ne peux pas affirmer cela car je ne peux pas témoigner que toutes les manifestations ont été exemptes d'antisémitisme (je suis convaincu que certaines n'en furent pas exempte et ne le conteste pas). Je ne suis pas sociologue, mais il me semble que c'est fâcheux qu'une sociologue utilise se genre de subterfuge rhétorique.  Rappelons que ces manifestations revendiquaient le respect du droit humanitaire et s'opposaient aux massacres israéliens de civil palestiniens, ce que l'autrice n'arrive visiblement pas à admettre. 

L'autrice cite ensuite des slogans entendus lors de certaines manifestations et soi-disant reprises dans des manifestations étudiantes sur tous les campus du monde entier et reprises par toutes « les élites intellectuelles et artistiques de ces mêmes campus ».  Parmi ceux-là "globalize the intifada" (pas entendu dans les manifestations auxquelles j'ai participé), et le fameux "from the river to the see". Elle prétend que "globalize the intifada" est un « appel au meurtre indiscriminé de civils juifs partout dans le monde » au motif que « la seconde Intifada fut une série d’attentats terroristes contre plus de 1 000 civils israéliens ». Tout est nauséabond dans ce passage à commencer par le glissement d'intifada à seconde intifada, puis à victimes juives de la seconde intifada.
La seconde intifada (soulèvement) fut bien plus que « des attentats terroristes contre plus 1000 civils israéliens » et la réduire au nombre de victimes israéliennes (wikipédia dit 727 morts de civils israéliens tués par des palestiniens) est malhonnête, ce que l'autrice ne peut ignorer. Il y eu plus de 3000 palestiniens tués lors de la seconde intifada. La répression israélienne du soulèvement fut brutale et criminelle elle permit l'extension de la colonisation et du contrôle arbitraire des palestiniens, c'est très bien documenté partout. Que l'autrice omette les victimes palestiniennes et les crimes israéliens et prétende en déduire que l'appel a un soulèvement global est un « appel au meurtre indiscriminé de civils juifs partout dans le monde » en dit long sur son humanisme, sa rigueur et son honnêteté intellectuelle.

Je ne peux pas revenir ici en détail sur l'instrumentalisation du slogan "from the river to the sea" interprété comme un appel à jeter tous les juifs israéliens à la mer. Je veux bien entendre que le slogan soit antisioniste et perçu comme agressif par les juives et juifs israéliens pas antisionistes. Mais son utilisation ici et dans toute la propagande israélienne est un bel exemple d' « inversion accusatoire ». C'est en effet Israël qui occupe et opprime les palestiniens, du Jourdain à la Méditerranée. C'est Israël qui colonise et massacre les palestiniennes et palestiniens dans les « territoires occupés » sensés être ceux qui reste de la Palestine mandataire pour ce peuple. Ce sont le gouvernement israéliens et l'armée de ce pays qui envahissent des pays voisins et ce sont des ministres du gouvernement israélien et la Knesset qui sans cesse étendent la prétention d'Israël à un territoire de plus en plus grand qui inclut Gaza, la Cisjordanie et les deux rives du Jourdain. C'est Israël qui tente de faire disparaître les palestiniens "from the river to the sea" de toute toute le Palestine historique, pas l'inverse. C'est donc bien à cette inversion accusatoire dénoncée par elle qu'Eva Illouz s'adonne aussitôt.

À suivre ...

Isola, censurée

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